Mohamed Merah n'est pas un héros

Mohamed Merah a des admirateurs. Des milliers d’entre eux ont cliqué sur «J’aime» sur les différentes pages ouvertes en son honneur sur Facebook. Waow!... Du travail pour la police, là: relever tous les IP et les rattacher à des personnes physiques.

Mohamed Merah a des admirateurs. Des milliers d’entre eux ont cliqué sur «J’aime» sur les différentes pages ouvertes en son honneur sur Facebook. Waow!... Du travail pour la police, là: relever tous les IP et les rattacher à des personnes physiques.


Djamel-Bouras-1.jpgOn trouve aussi des commentaires élogieux sur le tueur sur certains forums.

Nous ne pouvons savoir d’où et de qui ils viennent. De France ou d’ailleurs, de français ou non, de personnes musulmanes ou non: tout est possible. Ce peuvent être des personnes frustrées contentes de voir un pays ainsi baladé. Ils se vengent par un clic de souris des petites vexations subies.

Il est possible que sur l’ensemble il y ait des gens prêts aux mêmes actes. Cependant je doute que la France soit assise sur une poudrière terroriste. Passer du rejet d’un pays ou d’une ethnie au meurtre de sang froid est quelque chose de rare. Mais on ne peut écarter totalement la possibilité qu’il y ait des candidats.

Ces commentaires, d’où qu’ils viennent, montrent une chose: la détestation qu’ont certains du modèle français de société - à tort ou à raison - et le contre-modèle représenté par la société de l’islam, ou par un nihilisme des valeurs quelles qu’elles soient. On peut être étonné que les valeurs démocratiques de la France soient aussi fortement déniées. Est-ce le miroir de ce que la société française envoie à certains? Ou s’agit-il de gens déconnectés et pris dans une idéologie de haine à cause d’un mal-être social ou d’un trouble psychique?

Personnellement je doute que cela puisse être imputé à une politique particulière. Nous ne sommes pas dans les années 1930. On incrimine le discours de la droite sarkozyenne, ou le laxisme mitterrandien des années 1980 sur l’intégration des banlieues.

Mais je ne vois pas en quoi cela peut conduire à une spirale criminelle. La contestation d’un mode de vie ne crée pas spontanément des tueurs. La rébellion n’est pas une attitude sans éthique. L’acceptation des lois du pays, le respect d’une culture et donc d’une certaine identification à des valeurs et modes de fonctionnement, l’appartenance à une communauté et à un territoire, sont des notions que l’on rencontre partout, dans tous les pays. Et cela vaut autant pour les natifs du pays que pour ceux qui y sont accueillis.

Mohamed Merah était d’origine algérienne. La loi française, celle qui interdit de mentionner l’origine ethnique en cas de crime, a volé en éclat sur nageuse.jpgce coup. La grand peur est évidemment que tous les musulmans soient mis dans le même sac. On pourrait alors trouver des excuses sociologiques à Merah, comme une prof l’a fait ce matin. Ce n’est pas une bonne idée à mon avis. La sociologie doit être évacuée au profit de la culture de la responsabilité et de la communauté. Cela doit s’appliquer à Merah, à Breivik, à tout le monde.

Donc soit on tient compte de l’origine ethnique et des raisons culturelles et économiques de la détestation d’une communauté et d’un pays. Dans ce cas la discrimination est normale. Soit on considère que l’origine ethnique n’a pas à jouer de rôle et l’on privilégie dans tous les cas la responsabilité individuelle. L’éthique transcende les différences de culture et de nationalité. Elle est fille de l’égalité.

En regard de la notion de responsabilité, la situation de Mohamed Merah, son origine, sa religion, son appartenance partielle au monde arabo-musulman, n’ont rien à voir dans ses choix. Il a choisi un camp. Il a choisi de se battre en tuant des innocents soigneusement choisis. Il n’est pas un héros d’une cause. Il n’est pas un héros seul contre des dizaines de flics. Il est un assassin particulièrement dangereux.

Les vrais héros sont ceux qui réussissent dans un sport, passent des diplômes, prennent leur vie en main, créent leur travail, nourrissent leur famille, éduquent leurs enfants dans le respect de l’autre, aident ceux qui en ont besoin sans différencier l’origine. C’est la majorité des européens, qu’ils soient musulmans, chrétiens, athées.

Par contre si certains veulent qu’ils soit le héros des palestiniens, des beurs ou que sais-je, alors ils admettent que l’origine ethnique et les particularismes culturels et religieux sont importants. Ceux-là ne doivent dès lors pas s’offusquer des statistiques ethniques dans la criminalité. Ils ne doivent pas s’étonner que la police fasse des contrôles au faciès.  Ils ne doivent pas reprocher que soient tenus des débats sur l’identité nationale.

Karembeu1.jpgSi l’on excuse le crime d’un individu parce que cet individu appartient à une communauté particulière, alors il est normal que ce soit sa communauté qui paie pour son crime. Mais dans l'autre sens si on le tient pour responsable, on ne peut accabler la communauté dont il vient. La responsabilité est la sienne, pas celles des musulmans de France.

Mohamed Merah avait fait le choix du communautarisme et du crime. Personne n’est contraint à ce choix. Tous ceux qui admirent Merah peuvent encore changer d’attitude et faire le choix de la citoyenneté et de l’éthique personnelle.


Ce matin donc, une prof de Rouen a demandé à ses élèves de terminale du lycée une minute de silence pour le tueur. Elle l’a présenté comme une victime. Les élèves ont pour moitié quitté la salle de cours. Les autres ont engagé un débat sur ce qui la motivait. Elle s’est justifiée de fatigue. Le ministre de l’éducation demande une sanction. Y a-t-il d’autres profs qui, sans aller aussi loin, vont distiller cette sociologie, faire passer un tueur pour une victime et relativiser la responsabilité individuelle?

Le débat sur la responsabilité pourrait-il inspirer un peu plus d’éthique? Il y a là une ligne de partage idéologique dans la société française. Même si la réalité est toujours plus nuancée que la théorie, cette ligne de partage de la responsabilité est aussi forte que celle qui sépare l’eau de la terre, ou la terre du ciel. Notre société, notre justice sont fondées sur la responsabilité individuelle. Quelle que soit notre appartenance politique ou culturelle, nous ne devrions pas tenter de saboter ce principe.

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