Egalité, symétrie et dissymétrie

Il y a dans la symétrie quelque chose qui saisit, quelque chose d’hypnotique. Voir deux éléments semblables et inversés éveille une résonance très intime. Peut-être notre cerveau est-il physiologiquement préparé à cette résonance par les deux hémisphères qui sont eux-mêmes symétriques.

Il y a dans la symétrie quelque chose qui saisit, quelque chose d’hypnotique. Voir deux éléments semblables et inversés éveille une résonance très intime. Peut-être notre cerveau est-il physiologiquement préparé à cette résonance par les deux hémisphères qui sont eux-mêmes symétriques.

symétrie2.jpgLa symétrie est un effet de miroir. Si l’on pose un miroir verticalement et légèrement de biais au milieu de l’image ci-contre la même image sera à nouveau présente. Les formes régulières captent l’attention plus que les autres. Le carré, le cercle, l’étoile à six branches sont particulièrement prégnantes pour l’esprit.

Pourtant la symétrie n’est pas la représentation la plus fréquente dans notre monde, même si les espèces en ont des caractéristiques. Pris par le milieu dans la sens de la longueur le corps et le visage des mammifères présentent des formes assez symétriques, même si l’on y constate des différences morphologiques. Mais dans le sens de la largeur la symétrie est moins relevante. Les organes internes sont relativement symétriques mais pas tous. Certaines plantes et fleurs sont symétriques, beaucoup d’autres pas. Les arbres par exemple présentent une symétrie relative.

Dans le domaine de la reproduction, les sexes ne sont pas symétriques et leur fonctions ne sont pas identiques. C’est grâce aux différences que la reproduction est possible.

L’égalité aujourd’hui appelle régulièrement la notion de symétrie. Hommes et femmes doivent pouvoir être les mêmes, symétriques donc semblables et interchangeables. Comment est-ce possible si nous sommes fondamentalement dissymétriques? C’est en partie possible parce que, bien que chaque sexe ait ses pécifications, une grande part de notre existence dépend davantage de l’adaptation que de la programmation. Nous ne sommes pas finis à la naissance, moins encore que d’autres mammifères. C’est peut-être ce qui fait la grande vitalité de notre espèce: malgré sa complexité elle est plastique, souple, évolutive. Elle peut apprendre beaucoup. On sait aussi que des comportements sociaux induisent des modifications dites «épigénétiques», lesquelles génèrent des caractères non héréditaires mais cependant transmissibles. L’humain est donc profondément adaptable. Il n’est pas définitivement obligé à certains rôles, sauf dans le domaine de la reproduction.

Cette capacité d’adaptation ne signifie pas que les sexes deviennent ou deviendront semblables. Si l’égalité est entendue comme la similarité, alors nous sommes fondamentalement inégaux. Nous sommes inégaux entre les sexes, nous le sommes entre les individus de même sexe. C’est ce qui a possiblement été à l’origine de la différenciation et répartition des rôles.

L’inégalité et la dissymétrie ne sont pour autant pas automatiquement génératrices de domination ou de subordination. La répartition des rôles et des fonctions biologiques engendre une inégalité dans les deux sens. Aux hommes un domaine, aux femmes un autre.

Le domaine des hommes est-il si attractif, si formidable, si joyeux et facile, que tout pousse vers ce modèle? Car si beaucoup femmes veulent faire les mêmes choses que les hommes, l’inverse n’est pas vrai: peu d’hommes veulent faire les mêmes choses que les femmes.

Etrangement on attribue à des métiers masculins plus de prestige qu’à des métiers féminins. Président, juge, médecin, sont plus prestigieux que tisserande, caissière, infirmière. Mais pourquoi donner au critère du prestige tant de valeur? Pourquoi ne pas donner plus d’importance au critère d’utilité, d’humanité, de service aux autres par exemple?

Quand j’entends quelqu’un parler avec admiration d’un chef politique et ensuite mépriser une caissière, je me dis que ce monde-là est  détestable et à changer. Ne peut-on pas donner de la considération à tous les humains, quels que soient leur rôle et leur place?

 

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