Ces cris, nous les avons entendus. Ces larmes, nous les avons faites nôtres. Jours de cris dans le sang qui coule. Des torrents de sang jusques à nos genoux. Une histoire aussi longue que l’histoire de la Terre.
Jours de larmes qui creusent nos joues comme des ravins. Larmes des vivants qui restent sans savoir où vont les morts. Larmes d’impuissance, quand les livres qui disent tout se taisent.
Cri de la bête affamée. Douleur du pieu dans le coeur.
Cri de l’enfant qui naît. «Je veux vivre! dit-il. Vivre! Et ne pas être la proie de vos appétits carnassiers». Mais devenu grand il criera en enfonçant lui aussi le pieu dans le coeur de l’innocence, car ses fureurs grandiront avec lui.
Larmes retenues de l’enfant qui voit le sang et la tête trouée sur un trottoir, dans une cour d’école. Les chevaliers qu’il imagine n’ont des épées que de papier. Ils ne tuent pas les papas. Ils ne tuent pas les enfants.
Les cours d’école du monde entier s’appellent Toulouse.
Cris de la mère en deuil pendant que de doctes savants exposent avec distance et certitude pourquoi le monde pousse à tuer. Ces professeurs tranquilles ont délaissé l’âme et sa conscience. On tue, disent-ils, parce que l’on est une machine produite par l’injustice du monde. Non: nous tuons parce que malgré nos cris et nos larmes, nous sommes incapables d’y mettre un peu plus de justice et d’amour. On tue parce qu’on est détraqué. Non: on tue parce que l’on chasse.
Nous sommes capables de si peu de choses: pleurer comme des enfants abandonnés quand Dieu lui-même est démasqué dans notre miroir, un trou rouge dans ses cheveux.
Parfois les larmes deviennent fureur. La fureur donne le sentiment d’exister et de dominer son destin. Alors qu’elle n’est que l’essence de la tyrannie.
Mais la fureur a besoin de sortir de nos corps et de nos têtes. Nous devrions danser plus souvent. La danse contient tous les livres saints et tous les traités de politique. Danser près des rivières, danser face à la mer: l'eau efface tout, un jour.