La France abolira-t-elle la prostitution?

Le nouveau gouvernement français veut concrétiser l’intention votée en 2011 par la gauche et la droite. Il veut mettre en place une loi qui devrait abolir la prostitution en criminalisant le client, qui encourra jusqu’à deux mois de prison et plus de trois mille euros d’amende. Elle passera probablement puisque c’est une loi opportuniste et démagogique.

Le nouveau gouvernement français veut concrétiser l’intention votée en 2011 par la gauche et la droite. Il veut mettre en place une loi qui devrait abolir la prostitution en criminalisant le client, qui encourra jusqu’à deux mois de prison et plus de trois mille euros d’amende. Elle passera probablement puisque c’est une loi opportuniste et démagogique.

Prostitution-04.jpgJ’ai traité ce sujet il y a quelques mois déjà. Je rappelle ici les points d’opposition à cette volonté législative car il n’y a plus de débat sur le sujet. L’intention de lutter contre la traite des humains est louable et logique. Les Etats doivent garantir l’intégrité de la personne. Mais ici il ne s’agit pas que de cela. L’Etat, sous influence dogmatique, s’apprête à faire du déni de démocratie.

D’abord une partie des prostituées et des prostitués défendent leur métier. Ils n’acceptent pas qu’une loi les jette dans l'insécurité d’une prostitution qui deviendra illégale sans pour autant diminuer. En effet l’expérience montre que l’abolition ne marche pas.

«Les détracteurs de la résolution pointent également les enseignements de la Suède, qui criminalise le client depuis 1999. Si la prostitution de rue y a fortement baissé, une large partie de l'activité se déroule désormais sur Internet. Pas sûr, donc, qu'une loi pénalisant le client soit efficace face à la prostitution invisible, celle qui fleurit dans les salons de massage, les appartements et surtout sur Internet, et qui représente la majorité du marché.»

La précarité des travailleuses du sexe va augmenter avec cette prohibition. J’utilise le terme prohibition à dessein car il s’agit d’autre chose que de l’abolitionnisme. Les abolitionnistes comparent la prostitution à de l’esclavage. C’est le cas quand elle est contrainte et pratiquée sous la menace. Mais ce n’est pas le cas quand elle est librement décidée. Interdire crée de nouvelles formes de prostitution, de nouveaux lieux, avec moins de contrôles possibles. Les risques sanitaires et l’insécurité seront accrus.

«Défenseur de la prostitution librement choisie, le Syndicat des travailleurs du sexe (Strass) dénonce sa répression. Le syndicat a de nouveau manifesté à Paris début juin pour critiquer la proposition de loi, avertissant que pénaliser les clients ne ferait que précariser davantage les travailleuses du sexe: contraintes de se tourner vers des intermédiaires, donc des réseaux, elles seraient poussées vers plus de clandestinité et éloignées des associations de prévention.»

Quelle est la réalité de la prostitution forcée? L’Etat français la chiffre à 9 prostituées sur 10, sur un total d’environs 20‘000 péripatéticiennes dans le pays. J’ai déjà montré que cette estimation ne repose sur rien de concret. Pourtant c’est le rôle de l’Etat que d’enquêter et de fournir des informations fiables. Ce n’est pas le cas.

La pénalisation du client sera faite sur la base d’une loi absurde. En effet, si les prostituées ne risquent rien, si donc elles fournissent une prestation pour laquelle elles ne sont pas considérées comme criminelles, comment peut-on considérer ceux qui ont recours à cette prestation comme des délinquants? C’est comme si la vente d’héroïne était libre et sa consommation seule pénalisée. C’est le monde à l’envers, à l’envers de la démocratie. L’influence d’un certain féminisme tend, dans ce cas comme dans d’autres, à contraindre la société et à fabriquer des lois sexistes contre les hommes - puisque ce sont eux que l’on vise de toute évidence.

Sous un bon prétexte, on prépare un mauvais coup pour la démocratie.

Le client paiera pour ce que la police ne fait pas: démanteler les réseaux.

A voir ou à revoir: «Travailleuses du sexe et fières de l’être».

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