Le jeu Animanca fera peut-être les beaux jours des enfants en 2012. Il fera aussi recette pour les caisses d'une chaîne de distribution helvétique, du moins peut-on le supposer. Car si une nouvelle campagne est lancée c’est que l’ancienne a été satisfaisante, soit en image soit en recettes. Animanca prend donc la relève des nanos.
Le jeu Animanca consiste en pierres «magiques» sur lesquelles sont gravés des animaux totems. Le slogan du jeu dit: «Découvre l’animal qui sommeille en toi». Sur le site animanca.ch divers bricolages sont proposés, dont un attrapeur de rêve. Animanca est sans aucun doute inspiré du chamanisme et des pratiques spirituelles amérindiennes.
Cette campagne m’inspire plusieurs réflexions. La première concerne l’utilisation commerciale des enfants. La Migros nous a habitués à cela, alors que la Coop par xemple ne fait de promotions que vers les adultes. J’avais écrit un billet sur les nanos et je n’ai pas changé d’avis. Avec un bémol: rien n’oblige les parents à acheter plus pour satisfaire leurs enfants.
La deuxième a trait à la religion. Deux réactions irritées se sont exprimées suite au lancement de la campagne. La première vient de milieux évangéliques qui regrettent que l’on donne une telle place à une vision ésotérique et non-chrétienne du surnaturel. Le christianisme n’enseigne pas à donner pouvoir à une pierre mais à Dieu. Je reviens plus loin sur cette notion de pouvoir. La seconde vient d’une personne qui tient boutique sur l’univers du chamanisme. Elle regrette que l’on s’approprie ainsi une culture et une spiritualité encore vivantes. Sur ce point j’observe que la part «magique» de la culture amérindienne est déjà popularisée hors des cadres spirituels traditionnels. Cela a même fait beaucoup pour faire aimer les indiens en Europe. Je pense à la bande dessinée Yakari et à des films comme «Un homme nommé cheval», «Jeremiah Johnson» ou «Danse avec les loups».
Il faut préciser que le chamanisme n’est pas exclusif des amérindiens . Il est universel. Il ne s’agit pas d’une religion proprement dite. C’est d’abord une forme de relation profonde avec la nature, dans laquelle le chaman s’inclut. Il n’en est ni le maître ni différent. Les rituels chamaniques servent à rappeler ce lien et à le renforcer, ou à actualiser une force en sommeil dont la nature nous a faits dépositaires.
L’une des clés du chamanisme est l’identification. On peut s’identifier à un arbre, un animal, une puissance naturelle comme le tonnerre, aux 4 éléments. Porter un signe, un rappel visuel de l’objet de l’identification n’est pas de la magie. Il ne s’agit pas de donner le pouvoir à une pierre sur laquelle un animal est gravé. Le pouvoir est en soi. L’invocation puis l’identification à l’animal est un moyen de l’actualiser dans une forme spécifique en accord avec nos dispositions inconscientes. La pierre, comme n’importe quelle médaille, nous rappelle de nous focaliser sur la force représentée par l’animal.
J’ai animé pendant des années le «Jeu des animaux», où l’on prend un animal-totem pour un temps. Cette approche est compatible avec une religion ou une spiritualité. Le fait d’appeler en soi la force ou la qualité d’un animal ne remplace pas Dieu pour un croyant. Par contre le chamanisme procure un sentiment fort de notre unité avec le monde. Là où les théories humaines font de la nature une ressource à exploiter ou à protéger, le chaman en fait une partie de lui-même.
Les enfants apprennent très tôt à s’identifier, à un personnage ou un animal. Les rendre attentifs aux représentations symboliques des animaux, autant qu’à leur naturalité comme le font des sciences naturelles, est une démarche culturelle.
Une histoire d'amour en Haute-Provence: