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Billet de blog 28 juin 2010

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Finkielkraut: ce que l’échec des Bleus révèle

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Dans Le Matin d’hier Alain Finkielkraut revient sur la défaite des bleus au Mondial et sur sa lecture de cette défaite. Il tente de tirer un enseignement au-delà de l’anecdote. Je sais qu’Alain Finkielkraut est considéré par certains comme un gogo de droite et à ce titre peu crédible. Mais comme je ne juge pas une pensée sur l’appartenance politique de son auteur mais sur son contenu, cela n’importe pas.


- le doigt d’honneur de William Gallas adressé à un journaliste, après le match France-Mexique;
- l’insulte d’Anelka à son entraîneur;
- le putsch débile de joueurs solidaires avec cette agression verbale de l’entraîneur;
- le refus incroyable de Domenech de serrer la main à son homologue qui entraînait l’équipe d’Afrique du Sud, refus dont il n’a pas voulu répondre alors qu’il était public;
- l’incroyable phrase du capitaine de l’équipe de France, Patrick Evra, disant: «Le problème, ce n’est pas Nico», – comme ils disent avec cette suffisance mêlée d’infantilisme –, «le problème c’est le traître (celui qui a parlé aux médias, ndlr.) qu’il faut éliminer». Là, ce n’est plus de l’incivilité, c’est de la violence, c’est une morale de gang.»
Sur l’équipe elle-même il cite Le Monde et met en évidence des clans qui ont sapé l’unité et l’enthousiasme du collectif:
«...Il y était écrit dans un éditorial, antérieur aux dernières goujateries de cette équipe, qu’elle était dominée par des ego tourmentés et des salaires de stars, fractionnée en de multiples clans: Noirs d’origine antillaise, Noirs d’origine africaine, blancs, musulmans, expatriés de luxe ou restés en France, issus des cités de banlieue ou venus de modeste province.»
Alain Finkielkraut constate que la violence verbale et l’irrespect sont devenus monnaie courante, à tous les échelons de la société. De «Casse-toi pauvre con» à l’enculé d’Anelka et aux «connard» et autres «salope» des cours de récré, c’est toute la société qui est en train d’abandonner un certain nombre de règles, dont les bonnes manières et la politesse.
Au nom d’une libre expression et du refus de la langue de bois, doit-on renoncer au respect et à des manières utiles pour fonctionner en société? On peut garder les deux: langage direct et formes respectées. Mais je ne partage pas l’entièreté de la vision de Finkielkraut, en particulier quand il affirme:
«… l’esprit des cités est en train de dévorer l’esprit de la cité.»


Sur ce point l’analyse de Finkielkraut me semble courte. Les causes sont multiples. La politesse a été perçue comme une valeur bourgeoise et jetée avec l’eau du bain dès les années 70. Il incrimine aussi Stéphane Guillon et d’autres humoristes au langage peu châtié. On peut alors remonter à Coluche!
Il y a aussi la course à l’argent dès les années 80, soutenue en France tant part la gauche au pouvoir que par la droite, et qui a relativisé ou fait passé pour ringardes certaines formes de respects dans les relations. Le culte de l’anti-héros tel qu’on la vu à l’époque, ou tout ce qui était chevaleresque ou authentiquement héroïque était moqué, n’a pas amélioré l’ambiance sociétale.
Les années 70 ont permis de changer un certain nombre de choses, comme la soumission passive à une autorité souvent abusive, comme la confiscation de la parole par quelques élites ou tenants du pouvoir, entre autres. Il y a eu un vrai vent de liberté. Mais, rien n’étant parfait, il y a eu des pertes entre autres dans le respect mutuel entre les personnes.
Je trouve donc la réflexion de Finkielkraut intéressante et prenable jusqu’à un point, mais il faut faire attention de ne pas tomber dans le «C’était mieux avant».
Qu’il y ait besoin de redéfinir les règles sociales et le cadre des relations dans plusieurs domaines, comme le sport et l’éducation, oui. Mais gardons-nous des retours à une vie trop parfaite et trop surveillée, à un néo-puritanisme que l’on voit déjà en partie dans les moeurs (comme la volonté d’interdire la prostitution par exemple).

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