Je n’aime pas l’unilatéralisme. Quand tout le monde parle d’une seule voix, le bruit des bottes n’est jamais loin. Ne voir les choses que d’un côté sans tenir compte de la complexité des affaires humaines est une réduction de l’esprit. Et quand je vois une population unanime je prends parfois le contrepied rien que pour ne pas voir s’ouvrir l’abîme d’un totalitarisme intellectuel.
La critique, la dialectique, sont des instruments nécessaires et vitaux en démocratie. S’en priver c’est comme rouler en voiture sans freins.
Lors de l’affaire de la «flottille de la paix» j’avais mis en question l’attitude de la Turquie, dont le gouvernement de type confessionnel soutenait des militants islamistes. La Turquie a voulu passer pour victime dans cette incident. Mais la Turquie passe mal en victime à cause de la répression féroce des Kurdes qui ne lui permet pas de donner de leçons à Israël.
Je me suis élevé contre l’unilatéralisme de la réprobation anti-Israël, rappelant au passage comment le Hamas avait éliminé physiquement les représentants de l’Autorité Palestinienne. Le Hamas qu, soit dit en passant, ne respecte pas les conventions internationales sur les prisonniers de guerre en refusant toute visite de la Croix Rouge au soldat Gilad Shalit. Donc Israël n’a pas respecté des conventions internationales. Le Hamas non plus. Il y a de toute évidence un unilatéralisme anti-Israélien.
Mais je reviens à la Turquie. Je me demandais pourquoi personne ne s’émeut trop de la minorité opprimée des Kurdes, victimes d’atrocités. On se souvient entre autres du gazage de 5‘000 habitants par le clan Hussein, ami des pouvoirs de gauche et de droite d’alors. En moins de 20 ans il y aurait eu un nettoyage des kurdes quasi-génocidaire. La Turquie qui joue les victimes à propos de la flottille est le bourreau avec ses kurdes.
L’Iran d’Ahmadinejad tue aussi ses kurdes. Là non plus pas de réprobation. L’Iran veut jouer à la victime de l’occident, mais sait très bien être bourreau quand cela l’arrange.
Je continue avec les kurdes, qui sont donc victimes par dizaines, voire centaines de milliers. Mais qui sont pourtant aussi bourreaux. En particulier avec les femmes. Il suffit de se rappeler la lapidation de Doa Khalil Aswad le 7 avril 2007 à Bashiqa près de Mossoul. Doa était issue de la communauté religieuse des yésidis. Elle est devenue amoureuse d’un jeune homme musulman. Ce que les hommes de sa famille n’ont pas supporté: ils l’ont lapidée à mort.
Victimes, bourreaux, les lignes de démarcations ne sont pas si nettes. Ce serait plus simple de n’avoir que des victimes d’un côté et que des bourreaux de l’autre. Mais voilà, le monde ne fonctionne pas ainsi. Et l’unilatéralisme ne peut rendre compte de ce monde.
Un clip vidéo sur Doa Khalil Aswad en mémoire de sa mort et de toutes les lapidations de femmes ou d’hommes au nom d’une culture ou d’une religion. Ces victimes n'ont pas eu le temps d'être bourreaux.
Billet de blog 28 juin 2010
Victimes et bourreaux, ou la lapidation de Doa
Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.