Anne Sinclair: un contre-exemple pour les femmes?

Dans «LesQuotidiennes» les récentes déclarations d’Anne Sinclair au magazine Elle sont analysées par une journaliste suisse, Adélita Genoud. Journaliste qui tacle la nouvelle directrice du HuffingtonPost à la fois pour son attitude envers son mari et pour le fait d’assumer la direction du média sans rémunération.

Dans «LesQuotidiennes» les récentes déclarations d’Anne Sinclair au magazine Elle sont analysées par une journaliste suisse, Adélita Genoud. Journaliste qui tacle la nouvelle directrice du HuffingtonPost à la fois pour son attitude envers son mari et pour le fait d’assumer la direction du média sans rémunération.

sinclair-anne.jpgJ’ai à plusieurs reprise pu apprécier la plus alerte et originale d’Adélita Genoud. Mais cette fois je suis en désaccord avec son point de vue. Que dit-elle à propos d’Anne Sinclair et de son mari?
«Anne Sinclair assume. Elle l’a dit en long et en large dans une interview accordée au magazine français « Elle ». Mieux, elle envoie promener vertement toutes celles qui lui reprochent de s’être montrée si compréhensive face aux frasques de son mari. Soit. Que peut-elle dire d’autre?»
Aurait-elle dû dire autre chose? Est-elle tenue à un discours attendu? Il semble que oui:
«Après tout, si elle n’est pas responsable des excès libiniques de son époux quand celui-ci multiplie les conquêtes consentantes, que dire lorsqu’il s’agit de l’affaire Banon par exemple. Rappelons à toutes fins utiles que si l’ancien patron du FMI à échappé à la justice ce n’est pas parce que l’agression sexuelle dont Tristane Banon se dit victime est infondée mais parce que les faits sont prescrits. C'est ce qu'a retennu la justice française.»
En plus de l’intrusion dans la vie privée du couple, Adélita Genoud reprend à son compte l’avis de la procureure de Paris, qui estime qu’il y a bien eu agression sexuelle sur la personne de Tristane Banon. Désolé d’enfoncer le clou mais c’est inexact. Cela, c’est l’avis d’une procureure qui n’a pas défendu sa position lors d’un procès. Il n’y a pas eu de jugement, il n’y a donc aucune démonstration de culpabilité. L’avis de la procureure n’engage qu’elle-même. Il est d’ailleurs abusif de l’avoir mis en pâture au public alors qu’il n’y aura aucun moyen pour l’accusé de se défendre. Tirer sur un homme désarmé c’est du mauvais western, et la justice n’en sort pas grandie.
Que l’on aime ou non Monsieur Strauss Kahn ne m’intéresse pas. Je dis, et beaucoup d’autres le disent dont des hommes de loi, que l’on ne peut instrumentaliser à son bon vouloir une décision de classement qui n’a qu’une seule valeur: l’impossibilité de démontrer qu’il y a eu viol, contrairement à ce qu'affirmait haut et fort Madame Banon. Toute autre spéculation est de nature diffamatoire. La procureure parisienne peut donc aller se rhabiller.
Adélita Genoud ajoute:
«Si Anne Sinclair n’était pas un personnage public, son attitude qui dessert la cause des femmes et du journalisme, n’aurait qu’une faible incidence. Ce n’est pas le cas.»
Ainsi, Madame Sinclair serait tenue à représenter la cause des femmes? D’abord elle ne le souhaite visiblement pas. Elle n’est pas inféodée à une organisation féministe, ni à une généralité féministe. Ensuite, il faut se donner de l’air et ne pas avoir à toujours représenter une quelconque cause. L’on est d’abord soi-même, individu libre et responsable. C’est cette position qui est la meilleure défense de la cause des femmes et des hommes: l’insoumission à une organisation quelle qu’elle soit, la capacité à décider de sa propre vie sans avoir à rendre de compte, sans devenir porte-drapeau malgré soi parce que l’on serait connu-e publiquement.
Anne Sinclair ne représente qu’elle-même. Elle le dit haut et fort. Elle n’a pas de comptes à rendre. C’est le meilleur témoignage de femme indépendante qu’elle puisse donner. Dommage que, sous couvert de communautarisme féministe, cette attitude forte lui soit reprochée.
«Le fait qu’elle affirme qu’elle est libre et qu’elle fait ce qu’elle veut ne change rien à l’affaire. D’ailleurs cette riposte est même un peu simpliste. Pour une femme de tête cette ligne de défense est non recevable.»
Ainsi, après avoir fait la promotion de l’indépendance économique, intellectuelle et sexuelle des femmes, ce féminisme-là en serait-il aujourd’hui réduit à les mettre en ligne derrière ses cheffes? A leur imposer une nouvelle soumission? N’y a-t-il pas là comme une forme de racket intellectuel?

 

 

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