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John Goetelen: Auteur de "Féminista: ras-le-bol!", www.atypic.ch.

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Billet de blog 30 juin 2010

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Le père, limitant et structurant (deuxième partie)

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On peut trouver des fonctions père-mère inversées: des pères plus dans le maternant-soignant, des mères plus dans le limitant-structurant. Pour moi qui suis pourtant assez maternant, j'exclus de prendre cette fonction en premier rang. Je veux bien assumer le tendre, le soin et parfois un peu de maternant, mais pas trop. Je veux assumer surtout la fonction avec laquelle je me sens le plus dans mon énergie d’homme: celle de pousser l’enfant vers l’avant, de ne pas pleurer au moindre bobo - surtout les garçons: un homme doit prouver sa capacité à serrer les dents, à tenir debout, à reprendre l’initiative, à soutenir sans être étouffant, à dialoguer sans se laisser modeler ou formater par l’autre, à rester ferme sur sa ligne quand il la pense juste, à ne pas chercher à plaire ou à attirer trop d’affection sur lui, à maîtriser sa souffrance et sa violence et à préserver la justice, c’est-à-dire le dépassement de soi. Classique? Traditionnel? Peut-être, et pourquoi pas. Ou alors néo-moderne avec fin de la parenthèse pleurnichante des hommes.
Je suis conscient de ce qu’il y a d’archétypal dans ce propos, et à quel point l’archétype peut exercer une fascination qui va à l’encontre de la libre détermination. Il peut même être réducteur, si on le prend comme une fin en soi. L’archétype est pour moi davantage comme une couche du système d’exploitation de l’humain-ordinateur, une sorte d’interface. Il facilite l’usage des autres applications. Il est une forme vivante, modelable, évolutive. S’en priver serait comme de renoncer à l’interface des fenêtres pour revenir aux lignes de code C:.
Les archétypes et rôles ne se sont pas constitués par hasard ni sans raison. Tout mode d’organisation est supposé préserver et favoriser la survie d’une espèce. La remise en question des fonction est pour moi fondée sur deux questions: la question de leur rigidité et de leur non interchangeabilité, ce qui finit par en faire des rôles plutôt que de les laisser à l’état de fonction, et d’autre part celle de la comparaison des fonction ou des genres, comparaison qui survalorise l’un et dévalorise l’autre.
Les archétypes et rôles ne se sont pas constitués par hasard ni sans raison. Tout mode d’organisation est supposé préserver et favoriser la survie d’une espèce. La remise en question des fonction est pour moi fondée sur deux questions: la question de leur rigidité et de leur non interchangeabilité, ce qui finit par en faire des rôles plutôt que de les laisser à l’état de fonction, et d’autre part celle de la comparaison des fonction ou des genres, comparaison qui survalorise l’un et dévalorise l’autre.
Un exemple: la survalorisation du rôle de la mère, forcément meilleure éducatrice que le père (les clichés négatifs sur les hommes ne datent pas d’aujourd’hui), et les conséquences par exemple juridiques, à savoir que le domicile des enfants est confié à environ 90% des cas à la mère par principe en cas de divorce. Les statistiques de la Snatem (allo119) démontrent pourtant que la maltraitance envers les enfants est presque deux fois plus le fait des mère que celui des pères. Il suffit d’un conflit - en général un divorce n’est pas une partie de plaisir - pour que le père soit réduit au strict minimum de visite, quand il n’est pas totalement exclu. Non présentation de l’enfant, dénigrement du parent absent, tout est trop souvent mis en place pour évacuer le père de la vie de l’enfant, avec à la clé une perte éducative et un possible sentiment d’abandon aux conséquences multiples dans le temps. Quand on n’est pas dans la fausse accusation d’attouchement, arme absolue pour flinguer les pères et ses relations avec ses enfants et dont la croissance quantitative est devenue un problème de société. Dans la misandrie ambiante tout est permis contre les hommes, le plus souvent sans véritable et sérieuse vérification.
J’ai déjà lu sous la plume de féministes (Martin Dufresne) que le père n’est pas important et que sa fonction symbolique compte plus que sa présence réelle. Il peut ainsi aisément être remplacé par un beau-père. Dans ces conditions, je ne vois plus l’intérêt pour les hommes de faire des enfants, ni d’ailleurs de payer des pensions en cas de divorce: le beau-père n’a qu’à y pourvoir!… Ah mais non: le père reste juridiquement père pour la vie. Alors qu’on lui en donne les moyens. La garde alternée est une des solutions, et elle est - bien évidemment ai-je envie de dire - combattue par nombre de féministes (Hélène Palma par exemple qui ne voit en l’homme qu’un abuseur violent).

Un point revient régulièrement dans les réflexions et discussions sur l’éducation. Il s’agit du lien possible entre la banalisation de la violence des enfants et adolescents, et la perte ou la diminution de cette autorité limitante et structurante du père, ou son excès d’ailleurs aussi, voire son application incohérente. Pour ma part je pense que ce lien existe sans prétendre qu’il soit la seule cause. De par sa puissance physique, le père s’impose à l’enfant. Il assume une part importante de rapport de force dans cette relation. (Le rapport de force est un mode habituel, par exemple attraper un enfant qui court partout dans un magasin pour l’en empêcher est un rapport de force). Le corps du père dit au corps de l’enfant: «Je suis plus fort que toi, si tu ne comprends pas la loi par la raison, mon corps te l’imposera par la force jusqu’à ce que tu sois en âge de la comprendre par la raison». L’enfant intériorise cette puissance qui reste imprégnée en lui comme une limite même en l’absence du père - car si l’enfant profite de cette absence pour bafouer la loi, le père saura le remettre dans le droit chemin à son retour. La mère aussi peut le faire. Mais dans la mesure où elle assume le rôle de nourricière par l’allaitement et sa fusion, il lui est plus difficile de devenir ensuite la «mère fouettarde». La séparation des rôles facilite les relations et les clarifie. L’enfant sait à quoi s’attendre avec chacun et il développe ainsi ses propres représentation différenciées, base de son autonomie mentale et affective. C’est la construction du «gentil» et du «méchant» indispensable pour identifier nombre de situations réelles dans le monde. Je ne pense pas que l’indifférenciation soit profitable. Toutefois les fonctions et rôles ne sont pas figés et une mère fusionnelle qui se fâche met ainsi une limite claire à l’enfant, ce qui est souhaitable.
C’est après beaucoup d’expériences, de questionnements, d’erreurs sur la pose des limites, d’oscillation entre le doux et le dur, d’observation et d’écoute des besoins des femmes et des hommes, de périodes trop accueillantes et maternantes de ma part, de questionnements sur ce qu’est d’être un homme, de lectures, de participations à des projets éducatifs et à différents espaces de débats, que j’écris tout cela aujourd’hui. Je pense que l’enfant a besoin de voir un père qui sait être ferme sans être agressif, qui sait montrer sa limite et sa différence personnelle, et aussi qu’il peut se tromper. Un père qui ne culpabilise pas devant la femme (phénomène fréquent), qui peut-être n’entend pas tous ses besoins, et qui donc n’est heureusement pas parfait. Un père dont on peut se détacher tout en gardant de lui la force de caractère.
Aux hommes de prendre leur place et de se définir. Aux hommes de décider de leur manière d’être, puis de négocier avec leur compagnes. Les femmes n’ont pas plus à modeler leur homme que l’inverse. L’homme qui pleure, qui montre ses émotions, n’est pas un modèle entier de l’homme. L’attente de certaines femmes sur ce point peut confiner à la volonté de contrôle sur l’homme (ce qui est aussi vrai inversément). Comme la maternité pour les femmes, la paternité est un domaine identitaire important pour les hommes. Aux hommes de l’investir par eux-mêmes, en oeuvrant pour que ni la justice ni une volonté sociale ou culturelle ne les en empêchent.
Il est possible bien sûr de balayer tous les concepts qui ont façonné l’histoire humaine, pour autant tous ne sont pas inutiles, loin de là, et dans la parentalité, la moindre honnêteté intellectuelle est de reconnaître que la différenciation des fonctions se pratique parce qu’elle a son utilité, mais qu’elle ne fige pas automatiquement le couple parental dans des rôles définitifs.

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