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Billet de blog 30 décembre 2011

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Egalité, symétrie et noix de coco

En France le débat sur la prostitution et le projet de loi criminalisant le client continue à soulever des questions. Le quotidien Libération analyse la situation de fait et reproduit certaines critiques quand à l’application d’une telle loi.

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En France le débat sur la prostitution et le projet de loi criminalisant le client continue à soulever des questions. Le quotidien Libération analyse la situation de fait et reproduit certaines critiques quand à l’application d’une telle loi.


Rappelons d’abord que logiquement la pénalisation du client devrait aller de pair avec une pénalisation des prostituées. La criminalisation du seul client est anti-démocratique. On ne peut déclarer criminel celui qui consomme un service, et ne rien dire à celle qui propose ce service. Juridiquement il y a une inégalité de traitement. A tout le moins si le client est poursuivi pour un crime, la prostituée devrait être considérée comme complice ou incitatrice. Elle contribue en effet activement au passage à l’acte. Elle propose l’action criminelle, y souscrit, donne les conditions de sa réalisation. La prostituée est donc complice du client et devrait, dans la logique abolitionniste, être dénoncée et poursuivie à ce titre. L’égalité devant la loi serait préservée et l’on pourra alors considérer que les abolitionnistes en veulent bien à la prostitution en général et pas aux hommes en particulier.
On peut bien sûr être opposé à la prostitution, pour des raisons religieuses, morales ou sanitaires. On sait que la sexualité est un des domaines les plus problématiques pour l’humanité et qu’elle est souvent l’objet de peurs, de désirs, de condamnations comme aucune autre activité humaine. L’affaire Strauss-Kahn aurait soulevé moins de passions et d’anathèmes s’il n’était qu’un meurtrier et pas un libertin. C’est dans le cadre de l’impact de la sexualité sur les sociétés humaines que deux autres arguments sont avancés: il y a une traite des humains, une prostitution forcée. On est là dans un crime grave pour lequel on ne voit pas d’empressement à l’éradiquer. L’autre argument est la notion tirée du code civil français: la non-patrimonialité du corps humain. Le corps n’est pas un patrimoine que l’on peut vendre ou acheter, ni louer.
On est à nouveau devant l’interprétation des mots et des faits. Une chose est claire: on ne peut vendre ses organes. Mais qu’est-ce qui différencie le fait de louer son temps disponible pour une relation sexuelle ou pour prodiguer un massage? Louer ses mains pour construire une maison comme le fait un maçon est légitime et légal. Louer ses jambes, les assurer même très cher pour une danseuse, est légal. Où est le principe fondateur à l’égard de la prostitution? Où est la différence? Elle est bien de deux ordres: d’une part la contrainte possible dans le cas des réseaux mafieux. On n’a aucun chiffre vérifiable sur le sujet et les plus de 90% de femmes contraintes avancé par certains député n’est fondé sur aucune étude sérieuse et démontrable, mais seulement sur des estimation et extrapolation. L’époque ne se soucie plus de vérité ni de réalité, elle se contente, comme pour les chiffres sur la violence conjugale, d’approximation. L’important n’est pas de décrire le réel mais d’en appeler à l’imaginaire du citoyen. Néanmoins la contrainte est punissable, sans hésitation.
L’autre différence est bien sûr le fait que ce que l’on loue ce n’est pas le temps disponible de ses mains mais de son sexe. Je conviens que le sexe est plus chargé que les mains. Mais où est la ligne de démarcation entre les mains et le sexe? A part la contrainte, elle est morale. Or notre système culturel et juridique se fonde sur le libre consentement. S’il se fondait encore sur la morale, l’adultère serait toujours puni, ainsi que

l’homosexualité. La loi projetée ne devrait donc s’appliquer qu’aux prostituées qui ne pratiquent pas librement mais sous la contrainte d’un proxénète. La contrainte économique est hors sujet puisque les 99% des humains travaillent sous la contrainte économique. Et celles qui choisissent sans contrainte physique doivent être considérée comme adultes et libres de leurs décisions. Car aujourd’hui certains disent qu’elles sont aliénées. Et demain, qui donc l’Etat traitera-t-il d’aliéné? Quelle est cette société qui considère certains de ses citoyens comme incapables d’autodétermination et qui pense à leur place? On ne peut pondre des lois sous le coup d'émotions: elles doivent être fondées sur des principes non émotionnels.
Le journal Libération donne encore la parole à des juges et policiers qui craignent les déplacement de la prostitution en zones moins sécures, ou vers des salons de massage. Cette prostitution sera incontrôlable comme c’est déjà le cas en Suède.
Enfin le dernier argument est l’égalité homme-femmes. Le fait que les prostituées soit très majoritairement des femmes et les clients très majoritairement des hommes montrerait une inégalité. On est bien évidemment dans la notion d’asymétrie hommes-femmes. L’égalité ici voudrait imposer une totale symétrie des rôles et fonctions. La symétrie est l’une des dérives égalitaristes. La sexualité, dans ses conséquences par exemple sur la maternité, montre bien qu’hommes et femmes ne sont pas symétriques. D’ailleurs la symétrie n’existe nulle part. Il n’y a pas d’égalité de rôle ni de symétrie quand nous achetons des fraises chez le marchand. Il n’y a pas d’égalité ni de symétrie entre un président et un citoyen, entre un pilote d’avion et un passager, etc.

L’égalité, rappelons le, est de droit et de valeur, pas de fonction ni de rôle. Si le droit et le respect sont les mêmes pour tous et sont préservés, nous pouvons occuper des fonctions et tenir des rôles différent. Dans la notion de symétrie, l’égalité serait totale par l’égalisation quantitative des prostitutions: autant d’hommes que de femme, autant de clientes femmes que de clients hommes. Là serait donc l’égalité?! La symétrie n’est qu’un illusion d’égalité. Le concept d’égalité de droits et de valeur ne se justifie que parce que nous sommes différents dans nos personnalités, fonctions et choix d’existence. La symétrie n’est pas l’égalité, elle est une comptabilité du même.
Pour ce qui est de la morale, je propose aux abolitionnistes de réunir des fonds pour aider les prostituées qui souhaitent se recycler, et d’aller dans la rue les convaincre de leurs idées. Ils pourraient aussi aider la police dans la chasse aux réseaux mafieux afin en effet d’éradiquer la contrainte.
Dans cette affaire où certains lobbies féministes sont très actifs on peut se questionner sur la capacité de certains députés à réfléchir hors d’une vue électoraliste. A moins qu’une noix de coco leur soit tombée sur la tête.

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