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Billet de blog 4 févr. 2013

Django unchained de Quentin Tarantino

Django unchained de Quentin Tarantino est un film jubilatoire. Il s’avère d’ores et déjà comme son plus grand succès. Mais c’est probablement aussi son meilleur film jusqu’ici.

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Django unchained de Quentin Tarantino est un film jubilatoire. Il s’avère d’ores et déjà comme son plus grand succès. Mais c’est probablement aussi son meilleur film jusqu’ici.

Pourtant les critiques sont suspicieux. Quentin Tarantino est connu pour revisiter les films de série B de son enfance. Après le film noir, le kung fu et le sabre japonais, il s’attaquerait maintenant au « western spaghetti ». Cinéphile boulimique et virtuose, adepte de la violence extrême, tenant d’une esthétique sophistiquée, il trufferait ses films de références aux grands et petits maîtres dont aucun de ses opus ne saurait s’écarter, comme autant d’exercices de style. On note ses tics, ses manies, ses obsessions, son déluge verbal, comme pour dénier toute réelle originalité à un réalisateur réduit à un emportement monomaniaque, à peine capable de maitriser ses emprunts. Certain le trouve même « laborieux » !

Alors la jubilation ? Comprenne qui pourra. Tarantino s’obstinerait sans cesse à refaire l’Histoire à rebours, qui plus est en recyclant des sous genres à bout de souffle. Mais qui se souvient que le western classique était une forgerie idéologique masquant le génocide des indiens sous une morale confite destinée aux petits américains, blancs, blonds et mâles ?  Que les noirs, jusqu’à l’après-guerre, ne pouvaient incarner à l’écran que des rôles de larbins ? Que le racisme, la xénophobie, le nazisme ne pouvaient être abordés qu’avec un recueillement mortifère ?

Affiche du film © 

Et si, au contraire, loin de se complaire à des remakes, Tarantino était un véritable créateur, en osmose avec une époque qui révèle l’urgence d’un virage cathartique de notre civilisation. Comme si depuis Inglorious Basterds (2009) il avait pris la pleine mesure de ses talents matures. Car avec Django c’est d’un vrai et complet cinéaste dont il s’agit maintenant, assumant l’originalité de son scénario, de ses dialogues, de sa mise en scène et en images, avec une fougue et un enthousiasme qui emportent l’adhésion du public.

Chacun de ses films portent sa marque, son style, à l’égal des plus grands auteurs du cinéma. Après le nazisme, il s’attaque à l’esclavage, avec la même énergie implacable. La fable de Django tisse une histoire quasi linéaire, sur le mode de la comédie évoluant vers le drame. La maitrise du récit, les dialogues brillants, le cadre élégant ne font pas peser la longue durée du film (165 mn) qui permet d’entremêler les enjeux en une trame fluide. La provocation inverse les stéréotypes. L’humour ravageur tempère l'affrontement du bien et du mal. L’humanisme prospère avec l’idéalisme. Ici le grand cinéma transcende le sous-genre. Après le massacre d’Hitler et de sa bande dans l’incendie d’un cinéma de Paris occupé, la prompte déroute de la cavalerie du Ku Klux Klan, devient aussitôt une scène d’anthologie.

(1) Notons pour finir dans un tout autre registre que l’égyptophilie fait dans  Django unchained une discrète apparition anachronique. Le Cercle des colons s’appelle Cléopâtre, et on y voit trôner, en 1859, un buste de Néfertiti. Certes l’icône subliminale n’a été inventée qu’en 1912, mais aujourd’hui son authenticité est de plus en plus discutée. A l’image de cette société esclavagiste monstrueuse vouée aux convulsions de la guerre civile américaine sur le point d’éclater.

(2 ) Vincent Donzol a déjà écrit ici une bonne analyse de Django unchained.

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