Découverte de la pyramide du vizir Khay

 Le 20 février 2013 Mohammed Ibrahim le ministre d’Etat égyptien aux Antiquités a annoncé la découverte d’une nouvelle pyramide dans la région de Louxor. Les télévisions et les journaux gratuits se sont jetés sur ce scoop sensationnel, comme ils le faisaient du temps de Zahi Hawass, l’homme au chapeau d'Indiana Jones, tonitruant dans un anglais international assez amusant. On se dit alors qu’une fois de plus, l’Egypte essaye de relancer le tourisme en forte baisse. Et un mois plus tard on n’en parle plus.

Le docteur Mohammed Ibrahim ministre d’Etat égyptien aux Antiquités Le docteur Mohammed Ibrahim ministre d’Etat égyptien aux Antiquités

 

Le 20 février 2013 Mohammed Ibrahim le ministre d’Etat égyptien aux Antiquités a annoncé la découverte d’une nouvelle pyramide dans la région de Louxor. Les télévisions et les journaux gratuits se sont jetés sur ce scoop sensationnel, comme ils le faisaient du temps de Zahi Hawass, l’homme au chapeau d'Indiana Jones, tonitruant dans un anglais international assez amusant. On se dit alors qu’une fois de plus, l’Egypte essaye de relancer le tourisme en forte baisse. Et un mois plus tard on n’en parle plus.

Pourtant bien des choses ont changé en Egypte, à commencer par l’administration des Antiquités en proie à de grandes difficultés liées aux tensions politiques et sociales. Des menaces pèsent sur la conservation des monuments, après le pillage de plusieurs sites archéologiques. Mais, facteur positif, le docteur Mohammed Ibrahim est un égyptologue francophone qui a jadis soutenu sa thèse à l’Université de Lyon II, sous la direction du professeur Jean-Claude Goyon. Avant d’être nommé ministre d’Etat en décembre 2011, il était professeur d’Antiquités égyptiennes à l’Université du Caire. C’est à lui qu’il échoit maintenant de présenter les découvertes archéologiques, sans bluff et avec un visible effort de réalisme démocratique, comme le montre une récente interview dans l’édition en français d’Al-Ahram [1].

La découverte annoncée en février résulte des recherches archéologiques menées depuis plusieurs années par l’Université libre de Bruxelles et l’Université de Liège (Belgique), sur la colline de Cheikh Abd el-Gourna [2]. Il s’agit d’une partie infime de la vaste nécropole qui s’étend sur plusieurs kilomètres sur la rive occidentale du Nil, en face de la ville moderne de Louxor. Ce chantier avait été ouvert en 1999 par le professeur Roland Tefnin, décédé en 2006. Depuis les fouilles sont menées par les jeunes égyptologues Laurent Bavay (professeur assistant à Bruxelles) et Dimitri Labouri (maître de recherches à Liège).

 

Vue du Ramesseum, la cime thébaine et la colline de Cheikh Abd el-Gourna. Vue du Ramesseum, la cime thébaine et la colline de Cheikh Abd el-Gourna.

 

Au départ les travaux portaient sur la célèbre tombe aux vignes de Sennefer (TT 96) et sa voisine appartenant au vizir Amemenemopé (TT 29) qu’il s’agissait d’étudier et de restaurer. Ces deux personnages, d’ailleurs cousins, étaient de hauts dignitaires de la XVIIIe dynastie, sous le règne du pharaon Amenhotep II. Mais la colline est un véritable gruyère où s’enchevêtrent les tombes, sans cesse mutilées par de nouveaux occupants. Le site, plus tard squatté et largement endommagé par des ermites coptes, a été saccagé ensuite par la chasse aux trésors menée au XIXe siècle qui a rempli nos musées de beaux objets hélas sans provenance précise.

Mais en 2006, une nouvelle tombe est repérée à proximité du chantier archéologique. Elle s’avère bientôt appartenir à un couple de dignitaires, Amenhotep et Rénéna, toujours de la XVIIIe dynastie. Pillée dans les années 1880, cette sépulture baptisée TT C3 avait été depuis perdues sous les gravas. Lors du dégagement de la cour, les égyptologues découvrent des briques cuites estampillées avec le sceau d’un vizir Khay, bien connu par ailleurs à la XIXe dynastie ramesside. Voila de quoi relancer les recherches.

Bientôt des ruines massives en briques crues et les éclats d’un pyramidion en grano-diorite assurent qu’on se trouve en présence d’une superstructure de forme pyramidale assurant la visibilité extérieure d’une tombe, comme celles des artisans du village de Deir el-Medineh. Il ne faut donc pas imaginer une pyramide royale de l’Ancien-Empire. Ici les proportions sont moins imposantes et l’inclinaison estimée à 71° beaucoup plus aigue, selon le type ramesside déjà connu dans la nécropole thébaine. La sépulture souterraine doit se trouver dans le secteur en contrebas et elle fera l’objet de recherches dans les prochaines années.

Le vizir Khay a exercé ses fonctions pendant trente ans durant le très long règne de Ramsès II. Fils du chef des archers Haia, et non du vizir Paser son prédécesseur comme l’indique à tort Wikipedia, il a laissé de nombreux monuments (stèles, bas-reliefs, statues…). Il est souvent mentionné dans les ostraca de Deir el-Medineh qui révèlent la correspondance entre les artisans des tombes royales et leur chef. Responsable du Rameseum, ce « temple des millions d’années » de Ramsès II, il a choisi de construire sa tombe sur la colline qui domine ce site remarquable.

Mais n’espérons pas trouver ici un trésor, car la présence dans nos musées de nombreux ouchebti au nom de Khay et d’un linteau funéraire indique que la sépulture a fini par être pillée au XIXe siècle. La mise au jour d’inscriptions biographiques et de scènes aussi belles que celles de la tombe de son père située sur la même colline (TT 106) serait une réussite mémorable que nous souhaitons, tant pour l’égyptologie que pour le tourisme au pays des pharaons.

 


[1]  L’édition francophone de l’hebdomadaire Al-Aharam est disponible ici. L’interview se trouve dans le numéro 956 du 9 janvier 2013.

[2] Voir le primo compte-rendu scientifique, les très belles photos et les cartes sur le site du Centre de Recherches en Archéologie et Patrimoine de l’Université libre de Bruxelles.

 

 

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