Parti-pris ou diffamation ?

Le virulent « parti-pris » commis par Antoine Perraud et Fabrice Arfi sur Jean-Luc Mélenchon tient de la tribune à charge digne du Monde ou du Figaro. Ce pamphlet haineux est indigne de Médiapart. 

Le virulent « parti-pris » commis par Antoine Perraud et Fabrice Arfi sur Jean-Luc Mélenchon tient de la tribune à charge digne du Monde ou du Figaro. Ce pamphlet haineux est indigne de Médiapart. 

Il n’a pas sa place dans ce journal participatif dont je suis un heureux lecteur quotidien depuis le début. Mais ce brulot irresponsable a suscité un ras-de marée de commentaires indignés, confirmant la vigueur critique du lectorat. Plutôt que d’ajouter le 730° commentaire, je propose de mettre ici le meilleur en exergue. Il émane de Pascal Maillard et il est parfait.  

 

Aux auteurs et à la rédaction

La sévérité des commentaires et l'indignation des abonnés sont ici parfaitement justifiées. Ce très mauvais petit pamphlet - que je nommerais un rogaton - pose un triple problème relativement à l'éthique journalistique. J'avoue que je ne m'attendais pas à les rencontrer sous cette forme sur Médiapart, et j’en suis profondément attristé, aussi bien pour les auteurs – que j’estime – que pour la rédaction qui a validé une telle publication. 

Le premier problème est celui des limites du "parti-pris". La forme autorise certes une grande liberté, mais la malhonnêteté intellectuelle n'y est pas plus acceptable que dans tout autre article. Or, à l'évidence, les journalistes déforment leur objet, décontextualisent les propos et altèrent aussi bien la signification que la visée du billet de Jean-Luc Mélenchon. J’épargne aux auteurs l’analyse rhétorique de leurs procédés : ce serait très sévère et j’ai d’autres choses à faire. Je les prie seulement de relire, par exemple, le paragraphe où ils mettent en anaphore « La gauche autoritaire » et de bien mesurer les effets de la généralisation, des cinq répétitions et du lexique employé. On n’est pas très loin de la diffamation.

Le second problème est celui du contexte éditorial : pourquoi publier ce mauvais rogaton le jour d'une  grande soirée de "directs"? Qui plus est, dans un vis-à-vis avec l'extrême droite (article sur Le Pen et les extrémistes italiens) qui a pour effet de mettre en parallèle les « autoritaires » et pourquoi pas les « extrêmes ». Publier ainsi, et ce soir-là, cette chose détonante, c’est aussi prêter le flanc à une suspicion de « coup éditorial ». Le petit scandale était assuré et les 600 commentaires en quelques heures viennent attester de sa réussite. Je n’ose pas imaginer une telle intention, car un Médiapart à cette sauce-là, je n’en veux pas et je ne pense pas être le seul.

Le troisième problème est pour moi le plus grave. C’est celui de l’auctorialité. Un « parti-pris » est généralement la production d’un auteur unique. Il implique l’expression d’une subjectivité et l’assomption individuelle d’un propos. Les pamphlets à quatre mains sont chose exceptionnelle… Or nous avons ici affaire à deux auteurs dont les compétences journalistiques et les spécialités respectives sont assez éloignées. Les lecteurs identifient facilement le style d’Antoine Perraud qui a probablement rédigé la base, sinon l’essentiel du papier. Si bien qu’une seconde suspicion se fait jour : le rédacteur principal aurait-il refusé d’assumer seul son statut d’auteur ?

Bref, tout ceci me semble très éloigné des pratiques rédactionnelles et éditoriales auxquelles Médiapart a habitué son lectorat. Celui-ci fait bien de réagir vigoureusement, même si l’on sait que les majorités n’ont pas toujours raison. 

J’écris tout ceci d’autant plus librement et sincèrement qu’il m’est souvent arrivé de prendre la défense de journalistes de Médiapart contre des abonnés que je trouvais excessifs ou injustes. Tout comme il m’arrive d’adopter des positions critiques à l’endroit de Mélenchon. Et son billet est parfaitement critiquable. Mais en ayant un souci minimum de l’argumentation et du respect de l’intégrité de son propos. Ce n’est pas le cas du parti-pris d’Antoine Perraud et Fabrice Arfi dont la collaboration improbable autant qu’inédite restera comme une tache sombre et triste dans les annales de Médiapart. On n’aimerait pas voir de telles taches se multiplier.

Merci à © Pascal Maillard

 

 

 

 

 

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