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Billet de blog 6 octobre 2015

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Un Alabastron gravé du cartouche de Xerxès

  Le British Muséum conserve un précieux vase en calcite au nom du fameux Grand Roi de Perse Xerxès. Tristement abandonné dans une vitrine de second plan, ce trésor antique exceptionnellement préservé cache pourtant une histoire qui brasse trois brillantes civilisations de la Méditerranée orientale, au cinquième et au quatrième siècle avant notre ère.

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  Le British Muséum conserve un précieux vase en calcite au nom du fameux Grand Roi de Perse Xerxès. Tristement abandonné dans une vitrine de second plan, ce trésor antique exceptionnellement préservé cache pourtant une histoire qui brasse trois brillantes civilisations de la Méditerranée orientale, au cinquième et au quatrième siècle avant notre ère.

UN TRESOR PERSE  ET EGYPTIEN :

Ce vase en calcite brune qui présente la forme d’un alabastre à la base ventrue porte le numéro d’inventaire BM 132.114. L’intérieur est soigneusement creusé au foret. La paroi extérieure parfaitement polie fait apparaitre des bandes horizontales colorées selon les différentes teneurs en minéraux de la calcite. Deux poignées émanent des épaules du vase. Lors d’une restauration deux larges cassures ont été atténuées au moyen d’une pate moderne. L’objet mesure 29 centimètres de haut, pour un diamètre maximal de 17,5 centimètres.

Cet artefact s’avère particulièrement bavard, car il porte quatre inscriptions en fines gravures. Il s’agit de  quatre écritures différentes : égyptien hiéroglyphique, cunéiforme babylonien, cunéiforme vieux-persan et cunéiforme élamite. La traduction est identique : « Xerxès, le grand roi ». Pour la version égyptienne, le nom du roi est écrit dans un cartouche vertical  que l’on représentera ici à l’horizontale et par convention à l’inverse de gauche à droite (les hiéroglyphes originaux se lisent de droite à gauche, sauf exceptions).

La mention du roi Xerxès (486-465) permet de dater la fabrication du vase. L’empire perse de la dynastie achéménide s’étend alors de l’Asie Mineure jusqu’au Pakistan actuel et au sud, de l’Irak jusqu’à la Lybie, intégrant la façade occidentale de la méditerranée et l’Egypte elle-même. Les inscriptions en quatre écritures différentes montrent bien le multiculturalisme de ce gigantesque empire. A noter que dans cet ensemble, les Grands Rois de Perse assument alors également les fonctions de Pharaon dans le cadre de la XXVIIe dynastie qui va durer 75 ans.

→ Cartouche du pharaon Xerxès © Joel Guilleux – site : antikforever.com

D’autres vases semblables sont détenus par les grands musées européens. Ainsi, au Kunsthistorisches Muséum de Vienne, le numéro d’inventaire 9922 est presque identique, avec les mêmes inscriptions relatives à Xerxès. Le Louvre possède un exemplaire similaire (AO 2634) gravé au nom de Darius I° (521-486), le père de Xerxès I°. La découverte de nombreux fragments identiques dans les ruines de plusieurs capitales antiques laisse penser qu’il s’agit d’une série de vases destinés au service du roi et à des cadeaux royaux de prestige.

Les vases en calcite sont une spécialité de l’artisanat lithique égyptien de haut niveau, produisant des objets de luxe comme les merveilleux exemplaires découverts intacts dans la tombe de Toutankhamon. L’alabastre ou alabastron désigne une forme de vase grec à panse allongée et col étroit contenant des huiles parfumées destinées aux cérémonies rituelles. Réalisé en calcite, avec une panse plus arrondie, c’est une production typique de la fin de la Basse Epoque égyptienne. D’où le nom grec d’albâtre donné ensuite à la pierre dans laquelle sont réalisés ces vases.

La calcite est le nom scientifique générique des minerais composés principalement de carbonate naturel de calcium.  La calcite pure est blanchâtre, quasi incolore. Mais la présence d’ions autres que le calcium lui donne souvent une coloration jaune, orange, rouge, verte, bleue, brune ou grise. Si la pierre n’est pas homogène, les teintes peuvent donner un effet irisé. Certaines variétés très pures sont transparentes. Le terme albâtre qui désignait en fait plusieurs variétés de pierres antiques puis médiévales est maintenant proscrit en archéologie, car trop imprécis.

UN MONUMENT HELLENISTIQUE EXCEPTIONNEL :

Notre vase a été découvert en 1857 à Bodrum (Turquie) dans les ruines du fameux Mausolée d’Halicarnasse, lors de fouilles de Charles Thomas Newton, archéologue et conservateur du British Muséum. A l’époque il ne s’agit pas encore de recherches archéologiques au sens scientifique, mais seulement de la collecte des beaux objets enfouis dans les ruines antiques. Londres a ainsi recueilli sur le site du Mausolée de magnifiques statues, dont celles du roi Mausole, de la reine Artémise, d’un cheval du quadrige sommital, d’un grand lion servant d’acrotère, etc.

Depuis quelques années les archéologues turcs ont entrepris des fouilles plus sérieuses et le site enserré par la ville moderne est maintenant aménagé pour la visite. Il reste hélas peu de chose du Mausolée, l’une des sept merveilles du monde gréco-romain, qui donna ensuite son nom générique aux plus grands monuments funéraires. Une maquette un peu sommaire laisse imaginer la splendeur de ce monument d’architecture hellénistique sans équivalent, mélange improbable d’influences égyptiennes, grecques, anatoliennes et perses. Mais aujourd’hui les pauvres ruines éparses et les cryptes éventrées peinent à évoquer la merveille décrite par les auteurs anciens.

→ Maquette du Mausolée, sur le site d’Halicarnasse, actuelle Bodrum (Turquie)

Satrape et dynaste de Carie depuis 377, lorsqu’il avait succédé à son père Hékatomnos, Mausole était à la fois le potentat et le gouverneur de ce petit royaume annexé par l’immense empire perse depuis plusieurs générations. Les souverains achéménides avaient en effet pour règle de respecter une certaine autonomie locale des provinces périphériques. En conservant leur religion polythéiste et leurs privilèges bureaucratiques, les élites restaient fidèles au Grand Roi. A la mort de Mausole en 353, c’est Artémise II, sa sœur et épouse, qui lui succède et qui fait achever le monument funéraire par les plus grands sculpteurs grecs de l’époque.

Le trésor enfoui dans la tombe a été pillé rapidement dès l’antiquité et le monument s’est dégradé peu à peu, malgré sa notoriété et les visites des empereurs romains venus l’admirer. Puis au Moyen-âge il a servi de carrière de pierre, notamment lors de la construction de la ville, puis du château Saint-Pierre édifié par l’ordre des Hospitaliers de Saint-Jean, de  1404 à 1520. On peut d’ailleurs voir inclus dans ses murailles des bas-reliefs et des statues qui proviennent du mausolée.

Le vase en calcite qui porte le cartouche de Xerxès a été retrouvé dans les salles souterraines de l’appartement funéraire, là ou se trouvait le trésor.  Or cet alabastre a été sculpté environ 120 ans avant les funérailles de Mausole. Il s’agit probablement d’un cadeau du Grand Roi à Artémise I°, elle aussi reine de Carie et éducatrice des enfants de Xerxès. On peut penser que cet objet précieux est ensuite resté dans le palais royal, transmis de génération en génération, jusqu’à ce que, bien plus tard, la reine Artémise II le juge digne de figurer dans le trousseau funéraire de son époux.

On peut même imaginer que le grand Hérodote, le « Père de l’histoire », qui est né dans la cité d’Halicarnasse vers 483 avant notre ère, ait pu voir dans sa jeunesse cet alabastron de  Xerxès exposé parmi les objets de prestige de la première reine Artémise.

Ces objets qui incarnent l'histoire de la Méditerranée (6)

NB : Ce billet poursuit la série consacrée aux objets emblématiques qui incarnent l’histoire de la Méditerranée, matrice complexe au long court, dans un continuum sans cesse bouleversé, entremêlant dans ses flux et ses reflux, les espaces, les peuples, les siècles, les civilisations et les mythes, des origines antiques jusqu’à nos jours tumultueux.  

(1) L’Aiguière de Saint-Denis, à voir ici.

(2) Un scarabée en or de Néfertiti, à voir ici.

(3) Les saintes déesses de Sicile, à voir ici.

(4) Les tétins de Sainte Agathe, à voir ici.

(5) Le retour de la Victoire de Samothrace, à voir ici.

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