Améliorons collectivement Médiapart !

 

Il faut bien le redire après la « mise au point » pro domo, sous forme d’un déni affligeant de François Bonnet. Le virulent « parti-pris » commis par Antoine Perraud et Fabrice Arfi tient de la tribune à charge digne du Monde ou du Figaro. Pire, c’est comme l’écrit avec raison Pascal Maillard dans son billet, « une exécution diffamatoire, violente et haineuse d’un  responsable politique de premier plan ». Ce brûlot provocateur est indigne de Médiapart. Il n’a pas sa place dans notre journal, mais il semble hélas davantage participer d’une campagne orchestrée par le monde politico-médiatique bien mise en évidence par Marianne.

A Médiapart cette triste et basse manœuvre a logiquement provoqué un clash violent avec le lectorat. Nul doute qu’il faille s’en réjouir : à l’évidence, les abonnés ne sont pas les moutons de Panurge. Ce sont des citoyens actifs et informés de l’internet, qui recherchent et recoupent les sources et surtout qui cogitent en toute indépendance d’esprit. Ces contributeurs remuant qui ne s’en laissent pas conter veulent un journal de qualité, sans mystification ni bourrage de crâne.

Mais quel était donc le but recherché ? Au début de sa deuxième page, François Bonnet nous révèle qu’il ne s’agit pas d’une bavure de tel ou tel membre de l’équipe, mais que c’est au cours d’une réunion de rédaction quotidienne qu’il « a été acté que nos deux confrères écriraient ce billet ». Le délicat spécialiste des porcelaines s’y est donc collé, flanqué de notre très populaire Tintin-reporter chargé de le cornaquer dans cette mission insensée. Le résultat dépasse toutes les espérances de nos apprentis-sorciers. Au risque de casser ce bel outil collectif que représente Médiapart et de provoquer des centaines de désabonnements.

Inutile de revenir ici sur les méthodes à « saute-éthique » de nos deux Dupont pris en flagrant délit de forgerie. Cette contrefaçon se trouve largement dénoncée dans les 2600 commentaires et les 15 à 20 billets consacrés à cette affaire eux-mêmes commentés.  Mais les insultes proférées et les anathèmes lancés ensuite contre les lecteurs méprisés, voire haïs par des contempteurs égarés, ont soulevés une indignation  tempétueuse. Ce peut-il que nos journalistes sous-estiment à ce point la crise de la crédibilité générale des médias dans ce pays ? Ignorent-ils que le succès de Médiapart et l’afflux progressif des abonnés, dégoutés des lâchetés et des trahisons de la presse générale et de l’audiovisuel, sont dus à un projet de journalisme participatif fondé sur une éthique professionnelle et un respect du lectorat ?

Après cet accro sérieux et cette pseudo réponse inaudible, il parait évident qu’il n’y aura pas une seule amorce d’autocritique, ni d’excuses de la part des insulteurs, puisque qu’il apert que ce sont les bataillons de lecteurs armés et incendiaires qui sont montés au front contre la liberté d’expression réservée aux seuls journalistes ! Certains abonnés, choqués et profondément déçus, décident de partir vers d’autres vecteurs critiques. Nous regretterons Pierre Avril et les autres. Mais le Monde Diplomatique, Politis, Là-bas si j’y suis, Acrimed et quelques autres ne jouent pas le même rôle et laissent peu de place à la participation. Il faut le répéter : Médiapart  reste un instrument d’information et d’échange sans équivalent dans notre pays.

Je souscris donc aux conclusions provisoires de Pascal Maillard dans son excellent billet : un appel à la mobilisation par une vigilance accrue, à la résistance individuelle et collective des abonnés. Ne laissons rien passer à la rédaction : il faut rappeler à chaque occasion nos exigences de clarté, d’intégrité et de crédibilité professionnelle. Pas question de laisser couler le navire. Pas de désertion non plus. Sans se faire d’illusion sur la position alambiquée que voudra peut-être faire connaître un de ces jours Edwy Plenel, il importe de rester des abonnés actifs à Médiapart, sur la base du projet participatif initial. Sans illusion donc, mais sans défaitisme non plus.

S’impose alors la conscience aigüe de notre responsabilité collective. Si la crise survenue le 5 mars a été déclenchée par la rédaction et ses deux kamikazes qui en porterons longtemps les stigmates, les lecteurs peuvent-ils réclamer l’application de la Charte et le respect qui leur est du sans s’impliquer davantage dans la bonne tenue conviviale et le niveau intellectuel du journal, deux objectifs auxquels ils aspirent ?

Dans leur majorité, ses blogs innombrables confèrent à Médiapart une richesse singulière avec un grand éventail thématique.  Force est de constater que les débats sont plus mitigés, parfois argumentés et de qualité, mais trop souvent pollués par des incivilités et des comportements mesquins. Que dire des invectives aussi volontaires que compulsionnelles et des logorrhées d’injures qui bloquent les discussions ? Comment par exemple peut-on caviarder un article ou un billet en annonçant qu’on ne l’a pas lu et qu’on ne le lira pas ? Ces scories dénaturent autant notre journal que nos propres ambitions. Stoppons ces délires infantiles et liberticides ! Médiapart va bientôt fêter ses 7 ans par une nouvelle maquette. Faisons le pari collectif que ce sera enfin l’âge de raison.

La liberté d’expression est un combat permanent à mener. A l’extérieur pour l’indépendance du journal et à l’intérieur pour sa dignité. C’est vrai pour les journalistes autant que pour les abonnés contributeurs. Il est grand temps d’améliorer collectivement et de régénérer Médiapart !

 

http://blogs.mediapart.fr/blog/pascal-maillard/100315/mediapart-se-porte-bien-ses-lecteurs-resistent-au-mepris

http://www.marianne.net/jean-luc-melenchon-homme-abattre-100231958.html

 

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