OSIRIS : Mystères engloutis d’Egypte

Devant l’Institut du Monde Arabe un pylône égyptien de fantaisie abrite une gigantesque stèle, entourée des colosses d’un pharaon et d’une reine, sculptés en granite rose d’Assouan. Passés les contrôles et les fouilles réglementaires, on plonge dès la première salle dans la nuit des temps et des origines immémoriales de l’ancienne Egypte.

Isis et Osiris, XXVIe dynastie saïte Isis et Osiris, XXVIe dynastie saïte

L’enchantement résulte de la beauté des objets présentés dans l’obscurité bleutée, tandis que l’ambiance musicale, la scénarisation à base de hiéroglyphes dansant sur les murs et le cadre didactique qui accompagne le cheminement favorisent une initiation aux mythes fondateurs de l’Egypte antique.

Le colosse de granite rose qui nous accueille est la plus grande statue égyptienne en ronde-bosse actuellement connue représentant un être divin. Sorti de la mer où il gisait depuis douze siècles, voici le dieu Hâpy, figure de fécondité au physique androgyne qui personnifie la crue annuelle bienfaisante du Nil, dispensatrice de vie et de récoltes abondantes. Nu à l’exception d’une bande d’étoffe nouée sous le ventre, Hâpy s’avance et présente une table d’offrandes sur ses bras qu’il tient à l’horizontale. Sur sa perruque tripartite se dresse un bouquet de papyrus, plante foisonnante des marais, emblématique du Delta et de la Basse-Egypte.

L’exposition rassemble ainsi près de 300 artefacts de toutes tailles venus des musées égyptiens. La majeure partie résulte des fouilles sous-marines menées par l’IEASM* dans le port d’Alexandrie, puis dans la baie d’Aboukir. A cette occasion ont été découvertes les villes antiques de Thônis-Héracleion et de Canope, submergées lors d’un cataclysme au VIIIe siècle de notre ère. Beaucoup des pièces exposées ici ont déjà été présentées à Paris, en 2006-2007, lors de l’exposition spectaculaire  des « Trésors engloutis d’Egypte » au Grand Palais. Mais à l’époque la mise en scène de 500 objets sortis de la mer privilégiait surtout les trouvailles archéologiques exceptionnelles et l’importance historique des découvertes.

Osiris en bronze et barque votive en plomb posés sur les fonds de la baie d’Aboukir Osiris en bronze et barque votive en plomb posés sur les fonds de la baie d’Aboukir

Aujourd’hui la nouvelle exposition plonge au cœur des mythes et des croyances religieuses de l’Egypte ancienne, tels que fixés à la fin de cette civilisation plus que trimillénaire, à l’époque ptolémaïque de la dynastie des Lagides (entre 323 et 30 avant notre ère). Ainsi, de nombreux objets de culte permettent de restituer les fêtes du mois de Khoiak qui célébraient la renaissance du dieu Osiris assassiné par son frère le dieu Seth, puis rendu à la vie par sa sœur-épouse Isis la grande magicienne. Pendant vingt-deux jours se succédaient des cérémonies, des défilés populaires, des processions et des navigations sur le canal reliant Thônis à Canope. En même temps, les prêtres effectuaient dans les temples les rites secrets des mystères d’Osiris.

Aux trésors repêchés dans la mer s’ajoutent aussi une quarantaine d’objets plus anciens soigneusement sélectionnés qui complètent cette approche des rituels osiriens. Parmi les pièces exceptionnelles, citons l’extraordinaire composition d’Osiris-Onnophris étendu sur un lit léonin s’unissant à l’Isis en forme de rapace ; le naos des Décades, brisé dans l’antiquité par les chrétiens fanatiques et reconstitué par les égyptologues comme un puzzle ; le simulacre d’Osiris végétant, momie ithyphallique dans son petit sarcophage hiéracocéphale ; la statue de l’Osiris éveillé à la vie, parée d’or et d’électrum ; le taureau Apis, grandeur nature en basalte et d’époque romaine…

On rencontre dans la visite quelques chefs d’œuvres absolus, surprises toujours renouvelées dans le parcours des grands musées égyptiens du Caire et de nos capitales. Ainsi dès la première salle on découvre deux exceptionnelles statues en grauwacke parfaitement polie représentent Isis et Osiris, tous les deux assis sur leur trône, ceints de l’uraeus pharaonique et arborant le sourire imperceptible de l’éternelle félicité. Isis est coiffée d’un modius surmonté de la haute couronne hathorique à globe et cornes de bovidé. Osiris porte la haute couronne-atef et, croisés sur sa poitrine gainée, le sceptre-heka et le flagellum-nekhakha, insignes de la royauté. Ces deux chefs d’œuvres proviennent de la nécropole de Saqqara et datent de la XXVIe dynastie saïte, période de Renaissance culturelle et de classicisme artistique.

Plus loin, la statue d’une reine lagide en granodiorite révèle les saisissantes qualités plastiques du noir lumineux. La souveraine porte une robe diaphane finement plissée qui expose son corps sensuel plus qu’elle ne le voile. Le nœud discret qui retient le châle sur l’épaule droite suggère que la reine incarne la déesse Isis. Synthèse parfaite de l’art égyptien et de l’art hellénistique, fusion intime de l’égyptienne Isis et de la grecque Aphrodite, et bien que mutilée, c’est une évocation féerique de la redoutable Arsinoé II Philadelphe, celle qui aima son frère cadet, le pharaon Ptolémée II, également Philadelphe. Ce veuf éploré divinisa sa sœur après sa disparition, multipliant ses statues dans tous les temples.

affiche-expo affiche-expo

 

Mais plutôt que d’énumérer en détail ici les principaux trésors de cette très riche exposition, un porfolio en présente par ailleurs sur Médiapart une petite sélection thématique avec les commentaires nécessaires.

On retrouvera à loisir les pièces exposées dans le catalogue établi par l’archéologue Franck Goddio et l’égyptologue David Fabre, disponible en deux versions, l’une française et l’autre anglaise (250 pages, édition Flammarion).

Attention : cette exposition à ne pas manquer se termine le 31 janvier 2016.

 

 

* Remarque : l’IEASM est l’Institut Européen d’Archéologie Sous-marine, fondé et dirigé par Franck Goddio, qui est ici le commissaire de l’exposition.


PORTFOLIO LES TRESORS D’OSIRIS :

https://blogs.mediapart.fr/horus/blog/141215/les-tresors-d-osiris

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.