Le problème Spinoza. Athéisme et laïcité.

  Pour ceux qui peinent à suivre les « débats » relatifs à la laïcité sur Médiapart, hélas trop souvent marqués par l’agressivité et l’incivilité, voici un détour agréable et instructif. Il s’agit de remonter aux sources modernes de la laïcité et de l’athéisme, puisque les deux sont liés historiquement. C’est la lecture réjouissante d’un roman pédagogique qui va nous le permettre.

 

 

Pour ceux qui peinent à suivre les « débats » relatifs à la laïcité sur Médiapart, hélas trop souvent marqués par l’agressivité et l’incivilité, voici un détour agréable et instructif. Il s’agit de remonter aux sources modernes de la laïcité et de l’athéisme, puisque les deux sont liés historiquement. C’est la lecture réjouissante d’un roman pédagogique qui va nous le permettre.

L’auteur, Irvin Yalom est un psychiatre et un écrivain américain renommé. Professeur à l’université de Stanford, il a élaboré la théorie de la « psychothérapie existentielle ». Outre ses ouvrages théoriques, il a publié quelques romans devenus des best-sellers. Il y utilise son expérience professionnelle de la psychiatrie pour imaginer le monde intérieur de ses personnages de fiction élaborés à partir de solides éléments historiques et littéraires.

Un film documentaire intitulé « Irvin Yalom, la thérapie du bonheur » vient de sortir le 20 mai en France. Il a été réalisé par la cinéaste suisse Sabine Gisiger qui montre la vie et la pratique clinique du psychothérapeute. Mais ce n’est pas de ce film dont il sera question ici. C’est son dernier roman, publié en 2012 et traduit en français en 2014, qui justifie ce billet.

« Le problème Spinoza » met en scène deux personnages historiques. Le premier est Baruch Spinoza, le grand penseur hollandais (1632-1677), précurseur des Lumières. Le second est Alfred Rosenberg, dignitaire et pseudo intellectuel nazi, jugé et condamné à mort lors du procès de Nüremberg. Du lien entre les deux personnages ayant réellement existé à trois siècles d’écart, il ne sera rien dévoilé ici, l’auteur en jouant avec maestria dans un roman didactique, dense mais attachant.  

Issu d’une famille d’origine juive marrane ayant fuit le Portugal en raison des persécutions de l’Inquisition, Baruch Spinoza devient à Amsterdam un savant et un penseur majeur, le premier à avoir ouvertement vécu en dehors de toute religion. Il rejette les superstitions, les dogmes et les rites, la croyance dans l’au-delà, et l’existence de toute divinité distincte de la « nature ». Il démontre par l’analyse critique de son contenu que la Bible est un texte tardif rédigé par les prêtres. Il professe que seule une éthique rationnelle non religieuse peut mener l’homme à la liberté. On peut le considérer comme le fondateur de l’athéisme.

Au plan politique, Spinoza développe une théorie de la liberté. Les religions doivent être soumises aux lois communes et l’Etat doit protéger la liberté de penser et d’opinion en vue de la paix civile. Telle est la condition pour dépasser les conflits et en finir avec les guerres de religion. On peut le considérer comme le fondateur de la laïcité.

En 1656, à l’âge de 24 ans, Spinoza est excommunié par la communauté juive pour hérésie. Ses livres, tous ultérieurs et rédigés en latin, échappent de peu à la destruction, les religions monothéistes étant promptes aux autodafés de ce qu’elles appellent hérésies, apostasies et autres blasphèmes…  

 

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