TOUTANKHAMON par Marc Gabolde

L’ouvrage très attendu de l’égyptologue Marc Gabolde vient de sortir dans la collection de référence « Les grands pharaons » (Pygmalion). C’est un livre capital pour tous ceux qui s’intéressent à l’Egypte ancienne, amateurs, étudiants et chercheurs, en particulier pour l’envoutante période amarnienne et la fin de la XVIIIe dynastie. Voilà enfin noir sur blanc tout ce que l’archéologie et l’histoire peuvent nous dire de Toutankhamon, le plus célèbre des pharaons. 



L’ouvrage très attendu de l’égyptologue Marc Gabolde vient de sortir dans la collection de référence « Les grands pharaons » (Pygmalion). C’est un livre capital pour tous ceux qui s’intéressent à l’Egypte ancienne, amateurs, étudiants et chercheurs, en particulier pour l’envoutante période amarnienne et la fin de la XVIIIe dynastie. Voilà enfin noir sur blanc tout ce que l’archéologie et l’histoire peuvent nous dire de Toutankhamon, le plus célèbre des pharaons.

 

Ce livre de 680 pages, aussi dense que riche en nouveautés, s’avère d’emblée passionnant. Il est illustré par de remarquables dessins, dont beaucoup de la main de l’auteur. On y découvre les extraordinaires scènes sculptées en bas-reliefs, les textes hiéroglyphiques parfaitement lisibles, les plans archéologiques bien plus clairs que sur des photos. Les notes copieuses en fin de volume fournissent toutes les références bibliographiques et muséales nécessaires, ainsi que tous les arguments et contre-arguments utiles à la compréhension du lecteur exigeant. S’y ajoutent la clarté du style qui rend compréhensible des choses compliquées et l’humour dont l’auteur agrémente son ouvrage.

La période amarnienne, d’autant plus confuse que les pharaons ultérieurs ont tenté de l’effacer par une monstrueuse damnatio memoriae, pose de redoutables problèmes depuis la découverte des ruines d’Amarna, la capitale dévastée d’Akhenaton. Cette période très complexe apparait comme un puzzle dont il faut assembler les pièces disparates et non jointives. La méthode légitime de Marc Gabolde, pour chaque question à résoudre, c’est de mener une enquête minutieuse et rigoureuse. En collationnant tous les indices et tous les textes passés au crible de l’analyse épigraphique, il étudie toutes les hypothèses pour retenir la plus simple et la plus plausible. Quelques exemples.

Ainsi, dès le premier chapitre, l’auteur nous fait suivre pas à pas les étapes de la découverte du tombeau par Howard Carter en novembre 1922. Il ne s’agit pas ici, encore une fois, de se réjouir dans la contemplation du plus fabuleux trésor antique jamais mis au jour. Mais la démarche permet de comprendre comment des pièces significatives ont pu être soustraites de la tombe pendant l’hiver 1922. La dernière partie de l’ouvrage (annexe 2) traque en effet les pièces dérobées, restées insoupçonnées et aujourd’hui encore dispersées dans les plus grands musées du monde et dans quelques collections privées. Cette partie de l’enquête va donner quelques sueurs aux conservateurs de ces artefacts dérobés à la science historique.

Autre exemple, celui de l’imbroglio qui succède à la mort de Néfertiti, puis d’Akhenaton, après un règne de 17 ans. La mystérieuse reine-pharaon Ankhe(et)kheperourê-Neferneferouaton qui prend la suite, avec un règne attesté de 3 années, n’est autre que la princesse Merytaton, fille ainée du couple royal. Quand au roi fantôme, Ankheperourê-Smenkhkarê qui lui est associé brièvement, c’est probablement le prince hittite Zannanza venu pour épouser la princesse Merytaton, mais rapidement assassiné avant même son couronnement.

Peu à peu s’éclairent l’origine et la vie du roi enfant Toutankhaton devenu Toutankhamon- Nebkheperourê, en examinant les documents de son règne provenant de son tombeau ainsi que les témoignages épigraphiques jusqu’alors peu sollicités retrouvés sur plusieurs sites d'Égypte et de Nubie, avec notamment les monuments de Faras . Les études ADN et les autres investigations utilisant des technologies modernes sont ici exploitées, en dehors de tout sensationnalisme, pour éclairer les liens de sang dans la famille royale amarnienne élargie au groupe originaire de la ville d’Arkhmîm.

Il y a bien d’autres découvertes surprenantes dans cet ouvrage, comme le grand temple mémorial édifié par le pharaon Aÿ, successeur de Toutankhamon et dernier membre de la famille amarnienne. Des éléments fragmentaires de ce monument dédiés au jeune roi disparu ont été retrouvés à l’intérieur du IIe pylône de Karnak. Ils sont en cours d’étude par Marc Gabolde qui tente d’en faire une reconstitution virtuelle et d’en exploiter les inscriptions hiéroglyphiques lacunaires.

En fin de compte, l’auteur fait émerger la personnalité de Toutankhamon longtemps cachée par le fabuleux trésor et la prétendue « malédiction » qui lui est associée. Ses dix années de règne, pendant cette période de crise, s’avèrent riches en productions architecturales, textuelles et artistiques, qui vont bien au-delà des merveilles et des mystères de sa tombe.

 

→ Marc Gabolde, sur le chantier de fouille d’Amarna. → Marc Gabolde, sur le chantier de fouille d’Amarna.

 

Marc Gabolde est titulaire d’un doctorat de l’Université Lumière Lyon II. Sa thèse, présentée en 1992 sous la direction du professeur Jean-Claude Goyon, avait déjà pour sujet « Le père divin Aÿ ». Ancien membre scientifique de l’IFAO (Institut français d’archéologie orientale établit au Caire) de 1993 à 1997, il a participé à plusieurs chantiers de fouilles en Egypte, en particulier dans la nécropole royale d’Amarna. Il est l’auteur de nombreux articles d’égyptologie et de deux ouvrages de référence sur la fin de la XVIIIème dynastie : « D’Akhenaton à Toutankhamon » (Lyon, 1998) et « Akhenaton. Du mystère à la Lumière » (Découvertes Gallimard, 2005). Maître de conférences à l’Université  Paul Valery Montpellier III depuis 1999, il est aussi habilité à diriger les recherches. Ses travaux récents s’attachent à mettre en perspective l’histoire égyptienne dans le cadre plus large de l’histoire mouvementée du Proche Orient à la fin du XIVe siècle avant notre ère.

 

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