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Billet de blog 23 mars 2015

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Un scarabée en or de Néfertiti

 C’est un petit scarabée égyptien en or qui a permis de dater l’épave d’un navire antique découverte en 1982 au sud de la ville turque de Kas, à l’est de la ville actuelle de Bodrum, l’ancienne Halicarnasse. Au revers, il porte le cartouche de la reine Néfertiti, la célèbre épouse du pharaon Akhenaton.

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C’est un petit scarabée égyptien en or qui a permis de dater l’épave d’un navire antique découverte en 1982 au sud de la ville turque de Kas, à l’est de la ville actuelle de Bodrum, l’ancienne Halicarnasse. Au revers, il porte le cartouche de la reine Néfertiti, la célèbre épouse du pharaon Akhenaton.

L’épave a été fouillée de 1984 à 1994 par une équipe d’archéologues turcs et allemands. Le navire reposait sur une pente de 42 à 61 m de fond. Le matériel recueilli et le bois du bateau sauvegardé se trouvent maintenant au musée d’archéologie sous-marine de Bodrum, dans le château Saint-Pierre. Cette embarcation de l’âge du Bronze est la plus vieille épave fouillée in situ dans le monde.

UN NAVIRE DE COMMERCE PHENICIEN :

Large et rond comme un navire marchand, le bateau mesurait 9 m de long. Il était doté d’une importante quille lui permettant de naviguer en mer, contrairement aux navires fluviaux à fond plat. La coque en bois était assemblée par tenon et mortaise, selon la technique phénicienne.

La cargaison a été estimée à 13 tonnes de marchandises. Mais il faut lui ajouter plus de 3 tonnes pour les 24 ancres en pierre percée. Elle comprend :

1) du métal : 354 lingots de cuivre en forme de « peau de bœuf », 121 lingots de cuivre de forme dite « plano-convexe », 68 lingots d’étain, soit plus de 11 tonnes au total.

2) du verre : 175 galettes de verre bleu de 2 kg destinées à la refonte, 26.000 perles de verre, 70.000 perles de faïence.

3) des produits de teinture : orpiment et des milliers de Murex Opercula.

4) des produits liquides contenus dans 150 amphores cananéennes pour l’huile, les épices, les olives et l’essence de térébenthine.

5) du bois précieux d’ébène, de l’ambre, des œufs d’autruche.

6) des outils et des armes en bronze.

7) de la vaisselle en faïence, en cuivre, en bronze.

8) des objets de prestige en ivoire d’éléphant et d’hippopotame, ainsi que des parures et des bijoux en or inspirés par un goût égyptien qui révèle les premières formes d’égyptomanie.

9) des poids (au nombre de 149) de forme géométrique et d’autres en forme d’animaux (sphinx, lion, vache).

10) enfin, une double tablette en bois recouverte de cire, probable carnet de bord du capitaine avec le répertoire de la cargaison aujourd’hui effacé.

UNE EPAVE DE L’AGE DU BRONZE RECENT :

La construction du navire a pu être datée du deuxième tiers du XIV° siècle avant J-C par dendrochronologie, technique basée sur l’étude des cernes concentriques du bois lors de son abattage. Cette datation est affinée aux alentours ou après 1350 par la présence du scarabée au nom de la reine Néfertiti. Son époux est le pharaon Amenhotep IV, devenu ensuite Akhenaton dans le cadre du culte du dieu solaire Aton. En effet ce règne, qui annonce la fin prochaine de la XVIII° dynastie, se situe aux environs des années 1360 – 1340 avant J-C, avec de légères variations selon les différents égyptologues spécialistes de la période d’Amarna.

Le navire de commerce levantin faisait route vers l’ouest. Il transportait une cargaison embarquée dans un port palestinien, puis complétée à Chypre. Il se dirigeait ensuite vers la mer Egée et les ports des principautés mycéniennes alors en pleine expansion. Son naufrage au large du cap d’Ulu Burun en fait un témoin essentiel sur son époque.

Cette épave atteste de l’importance des échanges maritimes lointains à travers la Méditerranée à l’époque du bronze récent. Ce commerce, loin de se limiter aux produits de luxe, porte principalement sur des matières premières pondéreuses d’intérêt stratégique, comme ici les 11 tonnes de cuivre et d’étain. Les échanges qui excèdent le simple cabotage se réalisent à chaque escale par le troc, sans recours à une quelconque monnaie universelle. Des sociétés différentes et éloignées pratiquent ainsi de fructueux contacts. Les objets de luxe émanent ou s’inspirent de la civilisation millénaire pharaonique qui domine alors l’espace. Mais les objets fabriqués en Egypte sont rares. Des artefacts d’égyptomanie, produits en masse par milliers dans les cités maritimes du Levant, sont alors exportés dans toute la Méditerranée.

Par les mêmes voies se propagent, à travers l’immensité maritime, les modes et les usages, les techniques et les inventions, les idées, les mythes et les croyances, facteurs multiples de la fusion d’un monde antique en gestation.  

Ces objets qui incarnent l'histoire de la Méditerranée (2)

NB : Ce billet poursuit la série consacrée aux objets emblématiques qui incarnent l’histoire de la Méditerranée, matrice complexe au long court, dans un continuum sans cesse bouleversé, entremêlant dans ses flux et ses reflux, les espaces, les peuples, les siècles, les civilisations et les mythes, des origines antiques jusqu’à nos jours tumultueux.  

(1) L’Aiguière de Saint-Denis, à voir ici.

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