La censure de BONTE DIVINE

  Bonté Divine est un film croate du réalisateur Vinko Bresan. Son affiche a été censurée en France, pays de la laïcité. Voici la version révisée ci-dessus. On verra plus bas le modèle initial utilisé dans 32 autres pays, sans aucun problème.

 

Version française de l'affiche du film Bonté Divine Version française de l'affiche du film Bonté Divine

 

Bonté Divine est un film croate du réalisateur Vinko Bresan. Son affiche a été censurée en France, pays de la laïcité. Voici la version révisée ci-dessus. On verra plus bas le modèle initial utilisé dans 32 autres pays, sans aucun problème.

Tournée en 2013, cette comédie sociale grinçante  à l’humour noir a connu un succès phénoménal dans son (petit) pays. Un jeune prêtre fraichement débarqué sur une petite ile croate décide de faire remonter la natalité de ses ouailles en… perçant secrètement les préservatifs vendus par le kiosque du village. S’en suit une série de naissances surprises dans les familles des bons chrétiens. D’où le slogan : la comédie qui décapote !

Il faut dire que cette satire anticléricale et antinationaliste pourfend joyeusement le clergé catholique et les xénophobes de tout poil, dans une ambiance délirante à la Kusturica. On y trouve quelques perles et des scènes aussi cocasses qu’amères. Mais le scénario brasse un peu trop large et à la fin, il délaisse le mélo pour le drame emberlificoté. Donc si ce n’est pas un grand film, c’est toutefois une comédie sympa à ne pas rater. Encore un exemple typique de ces films de critique sociale régénérée que l’Europe de l’Est nous envoie régulièrement et que l’on peut voir sur Arte... après minuit.

 

Affiche, version allemande... Affiche, version allemande...

 

Bref, ce film réjouissant, ni voyeur, ni graveleux, ni vulgaire, a remporté plusieurs prix dont le « European Film Award de la Meilleure Comédie », avant d’arriver tardivement en France. Pourquoi ce retard et cette sortie en catimini ?

Il faut dire que Charlie Hebdo s’était porté partenaire du film pour le patronner lors de la sortie nationale. Après les attentats de janvier, les autres partenaires sont partis prudemment sur la pointe des pieds. N’est pas Charlie qui le dit.

Puis les grands circuits de distribution n’ont pas voulu programmer le film qui est visible seulement dans de petites salles. Au départ 25 écrans le 1° avril, puis 35, enfin 70 maintenant, grâce au bouche à oreille. Pourtant la plupart des magasines de cinéma n’ont pas parlé du film. Télérama l’a descendu - sans le voir sans doute, puisqu’il parle « d’humour xénophobe », la rive gauche étant imperméable au second degré.

Quand à l’affiche qui a été utilisée dans les 32 pays où le film est déjà sorti, elle a été refusée en France par les grands groupes qui tiennent les supports publicitaires du cinéma : Decaux, Media Kiosque et Media Transports. Pas question pour eux de représenter un prêtre et une capote sur une affiche publique dans le pays le plus laïc du monde !

 

Affiche de la version espagnole... Affiche de la version espagnole...

 

Il reste toutefois, dans un coin de l’affiche française reproduite en haut de ce billet, et en tout petit, l’un des derniers dessins de Charb qui représente un prêtre portant une capote en guise d’auréole. Loïc Mangeron, le distributeur français, a refusé d’enlever ce discret symbole. Mais il ne figure en réalité que sur les affiches éditées pour les salles de cinéma. Celles du réseau publicitaire public sont clean et les dévots de Civitas peuvent respirer.

La censure de l’affiche de Bonté Divine est intervenue la même semaine que celle, toute aussi saugrenue mais pour d’autres raisons, de l’affiche du concert des prêtres pour les chrétiens d’orient. Si vous avez entendu parler de cette grosse bêtise de la régie du métro parisien, vous ignorez l’autre affaire, celle du film croate. Et pour cause : la presse n’en a rien dit. A l’exception de Daniel Scheidemann dans Arrêt sur images qui, lui, reste Charlie.

 

 

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