La Table Claudienne

  En 1528, Roland Gribaux, drapier et bourgeois de Lyon, fait dépierrer sa vigne située sur les pentes de la Croix-Rousse alors non lotie. On découvre à peine enterrées dans le sol deux lourdes plaques de bronze portant des inscriptions en latin. Un « antiquaire » lyonnais, Claude de Bellièvre, identifie bientôt le texte comme un discours de l’empereur Claude. Aujourd’hui encore, une rue située à proximité du lieu de cette remarquable découverte porte le nom des « Tables claudiennes ».

 

La Table Claudienne découverte à Lyon en 1528. La Table Claudienne découverte à Lyon en 1528.

 

En 1528, Roland Gribaux, drapier et bourgeois de Lyon, fait dépierrer sa vigne située sur les pentes de la Croix-Rousse alors non lotie. On découvre à peine enterrées dans le sol deux lourdes plaques de bronze portant des inscriptions en latin. Un « antiquaire » lyonnais, Claude de Bellièvre, identifie bientôt le texte comme un discours de l’empereur Claude. Aujourd’hui encore, une rue située à proximité du lieu de cette remarquable découverte porte le nom des « Tables claudiennes ».

Il est maintenant d’usage d’utiliser l’expression « Table Claudienne » au singulier. Les deux plaques forment en effet un seul document inscrit sur une table en bronze incomplète de 1,40 m de haut sur 1,93 m de large, pour un poids de plus de 222 kg. L’inscription était probablement apposée à proximité du grand autel fédéral des Gaules où se réunissaient chaque année les délégués des soixante cités venues concélébrer le culte impérial et leur attachement à l’Empire. Cet objet se trouve aujourd’hui au Musée gallo-romain de Fourvière dont il est le document historique le plus prestigieux, au milieu de la vaste collection des trouvailles d’antiquités locales et régionales.

L’empereur Claude est né à Lugdunum le 1° août 10 avant notre ère et selon une tradition douteuse, le jour même de l’inauguration de l’autel fédéral des gaules. Il appartient à la famille des Julio-claudiens. Par son père Drusus l’Ancien, il est le petit fils de Livie, l’épouse d’Auguste. Par sa mère Antonia la Jeune, il est le petit fils de Marc-Antoine et d’Octavie, la sœur d’Auguste. Claude devient empereur le 25 janvier 41, après l’assassinat de son neveu Caligula par les prétoriens. C’est le cinquième des Douze César dont l’histoire nous est contée par Suétone, ainsi que par Tacite.

Le discours prononcé devant le Sénat de Rome en l’an 48, véritable exposé de « politique générale » consacré aux cités provinciales de l’Empire, a en effet été retranscrit par l’historien romain Tacite dans ses Annales (livre XI, chapitre XXIV). Mais la version gravée ici sur deux colonnes est incomplète, car la partie supérieure de la table a été arrachée. Il manque environ 40 % du texte initial, dont l’introduction. Cependant le rapprochement des deux versions du discours  révèle que l’historien a réécrit le texte impérial à sa manière, en le simplifiant et en éclairant le contexte politique de l’époque.

Après le désastreux règne de son prédécesseur Caligula frappé de folie, Claude propose de faire entrer au Sénat de Rome les élites des provinces qu’il désire intégrer parmi la classe politique dirigeante de l’Empire. Cette promotion ne concerne d’ailleurs pas les habitants de Lugdunum qui avaient déjà obtenu la citoyenneté romaine avec le nouveau nom complet de leur ville rebaptisée : « Colonia Copia Claudia Augusta Lugdunum ». Mais les autres cités gauloises la réclamaient, ce qui explique l’affichage du discours dans la capitale des Trois Gaules et sur le lieu même du mystérieux sanctuaire confédéral dont on reparlera sur ce blog bientôt.

 

La Fontaine romaine dédiée à l’empereur Claude, place Trion à Lyon. La Fontaine romaine dédiée à l’empereur Claude, place Trion à Lyon.

 

Il ne s’agit pas ici de faire le panégyrique de l’empereur Claude qui s’identifiait modestement au dieu Jupiter. Lyonnais par hasard, en raison de la carrière de son père alors gouverneur des Gaules, il n’était pas destiné au principat. Porté par sa culture aux études historiques, il a rédigé plusieurs ouvrages, en particulier une histoire des Etrusques aujourd’hui perdue. Après un début de règne apaisé, il n’a pas tardé à devenir un tyran sanguinaire, avant de périr en l’an 54 par le poison administré par sa quatrième épouse et nièce, la fameuse Agrippine, mère de l’abominable Néron.

A noter encore la découverte à Lyon en 1983 lors de fouilles sur le plateau de Fourvière d’un monument élevé en l’honneur de l’empereur Claude. Il s’agit d’une fontaine publique composée d’un bassin rectangulaire en calcaire et d’un pilier surmonté d’un chapiteau sur lequel se détache la dédicace en négatif. On peut en effet y déchiffrer les emplacements des lettres en bronze qui s’y trouvaient incrustées : CLAVD (ius) AVG(ustus), soit CLAUDE AUGUSTE. Cette fontaine date probablement de l’année 43 et du séjour de l’empereur dans sa ville natale, à l’aller ou au retour de son expédition militaire en Grande-Bretagne. Elle est maintenant au centre de la place Trion dans le 5° arrondissement.

 

Lyon-Lugdunum (1)

Ce billet inaugure la série consacrée à la cité romaine Lugdunum, capitale des Trois Gaules, devenue ensuite Lyon, siège de deux conciles œcuméniques au XIII° siècle, puis première ville de France au XVI° siècle, capitale de l’imprimerie, et bientôt celle de la soierie. Entre antiquité et modernité, on y observera une série de monuments et de décors d’égyptomanie réalisés à toutes les époques, mais pas que…

 

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