Spinosa a raison

La vérité historique face à une instrumentalisation conjoncturelle de l'Histoire.

"Ne pas rire, ni pleurer, ni détester, ni maudire, mais comprendre".

Cette invite de Spinoza m'a guidée dans ma réaction au Rapport de Benjamin Stora.

Oui, Spinoza a raison. Il est vain de réagir par le sarcasme, les pleurs, l'imprécation...

L'important est de comprendre et donc de rechercher la Vérité, cette quête exigeante de l'Histoire.

La mémoire n'est pas l'Histoire.

Elle y participe, certes, dans le recueil  des données utiles et nécessaires à vérifier, croiser et recouper pour fonder une vérité historique.

Seule, cette vérité là, peut frayer un chemin pour comprendre assumer et gérer des blessures mémorielles.

Toute autre démarche ne relève que d'une politique conjoncturelle.

C'est, apparemment, cette démarche là qu'a emprunté Benjamin Stora dans son rapport de mission.

Certes, il revêt l'habit d'historien pour donner à son rapport la crédibilité nécessaire d'où la profusion inutile de références à ses pairs, entachée quand- même de sélectivité et d'oublis insolites.

C'est aussi cette démarche politique qui explique sans doute ce souci prégnant de privilégier les mots les plus anodins pour qualifier les pires maux.

Impossible, en effet, de  ne pas relever l'utilisation systématique d'euphémismes et de termes édulcorés pour rendre compte d'une réalité historique autrement plus rude.

Les exemples de cet exercice de style abondent et je ne les pas tous notés. Juste quelques exemples:

La conquête coloniale ? Une "brutalisation de la société" ! La guerre de libération nationale, un avatar malheureux d'une histoire qui aurait pu être autre s'il n'y avait pas eu toutes ces  malencontreuses "exactions". Jusqu'à utiliser le terme "d'accueil" pour évoquer le parcage de nos malheureux frères harkis dans des camps d'internement...

Malgré cet outrage fait à nos mémoires d'Algériens, suivons quand même le conseil de Spinoza !

Exigeons juste, sans acrimonie, sans dérision et encore moins sans pleurs que la Vérité historique soit rétablie.

Cette vérité est pourtant avérée.

Après plus de 40  longues années de guerre aux relents génocidaires, la résistance du peuple algérien a finalement été vaincue.

Enfin a été ouverte la voie d'une colonisation pleine et entière.

Une colonisation de peuplement, le fameux "grand remplacement" qui hante, comme un fantasme inassouvi, et qui ressurgit aujourd'hui comme un refoulé. 

Réactivé par tous ces vaincus de l'Histoire, des paranos ridicules s'ils n'étaient pas dangereux qui projettent sur l'Autre leur ancien rêve: leur Algérie à eux, avec juste quelques fatmas et quelques boys pour les servir... 

Une  fantasmagorie a effectivement longtemps prévalue. Celle d'une contrée inculte, arrachée de haute lutte par de valeureux soldats à une peuplade qui la laissait en friche et qui a été cultivée et développée grâce au courage et à la sueur de pionniers...

Normal que ce mythe ait pu être entretenu aussi longtemps? 

Il a fallu quand même de longues décennies pour ébrécher cette fantasmagorie malgré les travaux des historiens. 

Est-ce normal?

C'est la question que je pose aux citoyens français et surtout aux intellectuels de l'époque.

Ne savaient-ils pas que ces trois départements de la République française n'étaient pas soumis aux mêmes règles de fonctionnement que les leurs? J'en doute. Impossible de l'ignorer.

Ont-ils cherché à savoir pourquoi? Peut-être ! Mais apparemment, ça ne les a pas dérangé outre mesure...

Et pourtant, il y avait de quoi s'interroger.

Pourquoi après avoir assuré la colonisation pleine et entière, l’État français a t-il dérogé à ses principes républicains en communautarisant les habitants de cette contrée pourtant intégrée à la nation.

En effet, les habitants ont étés classés en deux communautés: celle des français regroupant tous les nouveaux arrivés et  celle  étiquetée "indigènes" comprenant tous les autochtones, berbères, arabes et juifs.

Qui a communautarisé une population annexée de fait à la Nation française?

C'est un État Républicain anti communautariste.

Bien pis, ce même État Républicain a aggravé  davantage la communautarisation en scindant cette communié. 

Et, au nom de quoi? Incroyable mais vrai ! Au nom de la religion !

Deuxième accroc dans le reniement des valeurs républicaines : la prise en compte de la religion des citoyens qui contredit pourtant le principe de la laïcité.

Oui, ce passé historique a de quoi nous faire  rire face au déferlement actuel  pour la sauvegarde menacée des valeurs de la République : laïque et anticommuniste.

Mon œil, dirait mon petit fils, mais restons fidèle au conseil de Spinoza, ne pas en rire ni en pleurer...

Notre exigence est claire. celle de la vérité historique. Uniquement !

On la doit à nos aïeux. 

Moi, personnellement à mon arrière grand-mère rescapée d'une enfumade où a péri tout son douar, d'autres plus jeunes à des pères, frères ou sœurs broyés dans cette guerre de libération horrible et pourtant, oh combien nécessaire.

Oui, Novembre a été pour nous un espoir de lendemains meilleurs. Le 11 décembre , occulté, a été  pourtant l'aurore de la fin de 

notre asservissement.

Nous, victimes mais aussi acteurs et actrices  de cette Histoire, sommes indignés à juste titre de ce rapport qui s'apparente à une prise d'otages.

Les otages, ce sont les milliers de nos frères et sœurs qui se sont retrouvés dans le pays de l'ex colonisateur. Beaucoup sont enfants ou petits enfants d'algériens ayant fui la misère du temps colonial.

D'autres, ont fui la déferlante islamiste partie à l'assaut de la République pour instaurer un Khalifat. 

Utile de rappeler , pour l'Histoire que cette mouvance a été soutenue par Mitterrand au nom des intérêts de la France.

Effectivement, son engagement néolibéral avait de quoi séduire.

  Qu'importe le prix qu'allait payer le peuple algérien en régression. Les intérêts de la France, avant tout !

La France a quand même bénéficié de cet épisode: des centaines de professionnels de haut niveau formés par l'Algérie sont venus compenser ses déficits. Je pense, entre autres à l'appoint des médecins et psychiatres.

Bref, on néglige tous ces aspects pour n'en  retenir qu'un, imposé par l’extrême droite : les immigrés vous pompent vos boulots ce qui n'est, a l'évidence pas le cas.

Autre antienne : leur réticence à la laïcité érigée, on ne sait pourquoi comme une valeur suprême.

Autre biais de cette prise d'otage: nous culpabiliser par rapport aux harkis pour évacuer leur propre culpabilité face à la façon dont ils ont "accueillis" comme dit Stora dans ses multiples euphémismes ces indigènes qui les ont secondés dans leur mission pacificatrice.

Non!  Les immigrés de tous bords et y compris quelques vieux harkis et leurs enfants font partie de notre Histoire et c'est à nous à prendre en compte la meilleure façon d’accueillir leurs demandes.

Vous êtes disqualifiés pour les représenter, donc la prise d'otage n'a plus lieu d'être.

Que dire encore de ce  rapport ?

Juste, que loin d'apaiser les blessures mémorielles il les a revivifiées.

En témoigne cette réaction partagée entre nous tous et toutes et que ma copine Fadila Chitour  a exprimé : nous avons gagné la guerre contre l'occupant colonialiste, nous l'avons bouté et récupéré notre Pays.

Ce n'est pas au vainqueur à demander des excuses. Reste au vaincu à faire son devoir. 

 

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bradée par des  imprègne encore l'imaginaire  

 

 

 

 

 

 

 

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