Anniversaire du "Hirak" algérien: un bilan mitidgé...

Une réflexion sur les 4 saisons du Hirak algérien.

Que dire de la longévité de ce mouvement qui a traversé 4 saisons autant réelles que symboliques?
Celle de l'insurrection du 22 février : une révolte nue, aventureuse, un cri ! Trop, c'est trop ! Barakat !
Nous ne sommes pas un peuple de bœufs !
C'est ce refus de l'indignité qui, du 22 février à la fin mars, a fait vibrer les avenues de toutes les grandes villes du pays, d'Alger à Adrar, de Annaba,Constantine à Oran, Mostaganem et Tlemcen . De Ouargla à Tizi-Ouzou, de Bordj -Bouaridj à Sétif et Bedjaia.
Bref, chacune des 48 willayas exprimé , chacune à sa façon ce ras le bol d'un système de gouvernance prédateur, anti national, honni par la majorité des couches sociales, y compris par celles qu'il a quelque peu soudoyées pour se maintenir.
Oui, mêmes elles, ces classes moyennes supérieures, quelque peu épargnées quant à leur train de vie, n'ont pas supporté l'indécence de tous ces nouveaux riches, sortis de nulle part, ni la médiocrité des gouvernants promus pour des allégeances occultes et encore moins la trivialité de l'action politique représentée par les Partis de " l'alliance" qui de plus, se sont affublés, toute honte bue, du nom de "famille révolutionnaire" !
Pour nous tous et toutes, toutes couches sociales confondues, du moins pour les plus de 40 ans, ce Système était effectivement une famille mais dans le sens d'une Mafia.
Le terme "révolutionnaire" abusivement accolé, n'est qu'une usurpation frauduleuse de ce que fut le FLN qui avait une raison d'être quand la patrie algérienne nécessitait un Front le plus large possible pour la libérer de l'occupation coloniale. Une fois la Libération acquise, n'est-il pas anachronique d'avoir encore un FLN ? L'Organisation des Anciens Moudjahidines n'a pas tort de dénier à ce Parti l'utilisation de ce sigle.
Cette parenthèse sur le FLN est en lien avec la deuxième saison du Hirak qui a épinglé ces partis de l'allégeance, allant même jusqu'à se défier de tout Parti agréé par le Régime, peu ou prou entachè de suspicion au nom d'un radicalisme dicté sans doute par une
crainte de récupération, ce qui fut, dans le passé, souvent le cas...
La troisième saison fut celle d'une confiance en soi. On a tenu malgré le Ramadan, malgré l'été, malgré la répression, radicalisons nos exigences !
Pas de dictat de l'Armée! Pas d'élection imposée par le système toujours aux commandes ! Ce fut la mobilisation tout azimut pour empêcher ce dictat, résultat, un semi échec. L’élection a eu lieu mais avec,quand-même, le succès d'un boycott massif.
La 4ème saison a débuté le 13 décembre au lendemain du fait accompli, l'intronisation d'un Président en concurrence avec 4 acolytes du même acabit et élu, quand-même, dès le premier tour. ( remarque subsidiaire: on n'a jamais connu un 2ème tour d'une élection présidentielle...).
Ce 13 décembre, un vendredi donc ( puisque depuis 94, on ne vote plus lors d'un jour férié mais lors d'un jour ouvrable, une aberration parmi d'autres...) le Hirak a entamé sa dernière saison de l'année: manifester sa détermination à continuer sa lutte pour aboutir à son objectif, l'éradication réelle du Système de gouvernance toujours en place malgré les replâtrages.
Signes que le Système est toujours en place: Les entraves à l'expression de la Société civile et des Partis d'opposition. Une Justice toujours aux ordres et de façon caricaturale jusqu'à sanctionner un procureur pour non allégeance. Le verrouillage des créneaux publics d'information, radio et Télé. La toute puissance de la Gendarmerie bloquant indument l'accès des citoyens à leur capitale etc...
Autant de signes qui relativisent l'apport pourtant indéniable du Hirak.
Un autre signe, à mon avis, inquiétant, c'est le silence du Hirak quant à l'impunité dont jouit l'ex Président.
Son frère, ses ministres et tous ses protégés sont astreints à rendre des comptes devant la Justice. Et pas lui, le principal responsable de toute cette gabegie ! Et, qu'on ne nous dise surtout pas: le pauvre, il est malade !
Tout malade qu'il était, il a voulu quand-même briguer un 5ème mandat, ce qui a déclenché le Hirak.
J'attends du Hirak pour boucler sa dernière saison d'exiger que cesse l'impunité dont jouit l'ex- Président qui se la coule douce dans une résidence luxueuse au frais des contribuables.

 

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