Houria Chafai
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Billet de blog 30 mars 2019

La place Maurice Audin à Alger: un symbole

Depuis plus d'un mois, le peuple algérien a entrepris d'écrire une nouvelle page, inédite, pour marquer son long et infatigable combat libérateur. La forme de lutte choisie est exemplaire tant elle donne à voir une rencontre réussie du Réel, du Symbolique et de l'Imaginaire. Le choix de certaines places de diverses villes du pays est, en lui-même emblématique. A commencer par Alger...

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Les enfants du jeune chahid Maurice Audin peuvent être fiers, malgré leur douleur.

L'engagement de leur père n'a pas été vain !

Son pays, l'Algérie, a réussi, même au prix de lourds sacrifices, à se libérer du joug colonial.

Des milliers de jeunes comme lui n'ont pas eu la chance de danser et chanter sur les places des villes, ce fameux 5 juillet 1962, où un peuple entier fêtait sa Libération.

Certes, les lendemains de l'indépendance ont été, pour le moins, problématiques. Mais, vaille que vaille, le peuple a réussi à juguler les dérives les plus dangereuses.

En effet, le soulèvement de 1954 n'était pas une simple guerre d'indépendance mais une vraie Révolution. Ce fut là l'enjeu principal de l'après indépendance. Qu'elle forme de Gouvernance adopter et surtout quel projet de Société?

Il y eut des tâtonnements mais, à mon avis, ce n'est qu'à la mort de Boumedienne, lors de cette terrible décennie 80 que la confiscation des acquis de la Révolution de Novembre s'est mise en branle en commençant par neutraliser, écarter et réprimer la majorité des acteurs sociaux susceptibles de peser pour le choix d'une République démocratique et sociale: une vraie RADP, telle qu'inscrite au fronton des édifices Publics. Résultat de cette décennie oppressive, l'insurrection de 1988 et ses suites...la décennie sanglante des intégristes, partis à l'assaut de la République pour imposer un "Khalifat" et les diverses péripéties dramatiques dont le rappel puis l'assassinat de Boudiaf, l'intronisation puis la démission de Zéroual et enfin le rappel de Bouteflika pour gérer la défaite des islamistes au mieux des intérêts de la caste au pouvoir.

Oui, contrairement à toute une propagande fallacieuse, ce n'est pas Bouteflika qui a ramené la paix. Comment aurait-il pu le faire, lui qui était depuis 20 ans à l'étranger? A cet égard et quant au regain (suspect) du respect de la Constitution, cette longue absence du pays, aurait due, à elle même , invalider sa candidature à l’élection de 1999.

Cette remarque, uniquement pour pointer l'intelligence du peuple qui, à travers ses slogans, se gausse des pseudo constitutionnalistes.

Bref, la confiscation des acquis de la Révolution de Novembre 54 et de toutes les luttes qui ont suivi n'a jamais été aussi évidente que depuis le parachutage au Pouvoir, de Bouteflika.

Oui, parachutage est le terme approprié. On se souvient que non intronisé après la mort de Boumedienne, il a  boudé et quitté le pays.

Et 20 ans après il débarque de sa sinécure et recueille plus de 80% de suffrages d'électeurs !

Le peuple algérien, peut-être davantage qu'un autre, de par les avanies subies, n'est pas amnésique ni oublieux des offenses même s'il est connu pour sa résilience et sa patience.

Ce sont ces qualités qui impriment aujourd'hui la nature originale et lucide du mouvement qu'il a enclenché et décidé de mener à son terme: une volonté libératrice qu'il sera difficile de dévier ou dévoyer.

Les formes plurielles d'expression de ce mouvement sont le gage de sa vitalité: on peut, sans être suspect d'emphase évoquer le génie du peuple qui découvre une façon inédite, moderne et créative d'abattre pacifiquement les piliers d'un pouvoir oppresseur et ses vieux parapets.

Ça s'exprime déjà par le choix  investi des lieux. 

A Alger c'est la place Maurice Audin qui est le lieu nodal. Ce n'est pourtant pas la plus grande place d'Alger, loin de là.

C'est loin d'être sans signifiant.

 Ne l'oublions pas! Cette place et ses alentours a été de 1958 à 62 le bastion des jeunes nervis de l'OAS, ceux la même qui ont commis l'acte infâme de mettre le feu à la Bibliothèque Universitaire.

Aujourd'hui cette place est depuis plus d'un mois la référence des divers et multiples rassemblements.

Il y a dix jours, dans l'escalade de la créativité de ce mouvement, (à qui, mieux, mieux), des dizaines d'étudiants ont envahi la place, placardant le portrait de Maurice Audin et collant tout autour de multiples post-in griffonnés par chacun: notre parole, en écho à celle de Maurice Audin: liberté pour ce pays.

Un éclatant symbole !

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