Le secrétaire d’Etat choqué à juste titre par les zones anti-LGBT en Pologne

La décision honteuse du gouvernement polonais d’empêcher un représentant gouvernemental gay de se rendre dans certaines parties du pays rappelle de manière cinglante combien les politiques du parti populiste au pouvoir, Droit et Justice (PiS), affectent les droits des personnes LGBT. La France et d’autres pays de l’UE devraient agir de manière décisive pour protéger les droits dans l’UE.

Par Bénédicte Jeannerod et Philippe Dam

« J’irai en Pologne dans une ‘’zone sans LGBT’’ », avait affirmé Clément Beaune, le Secrétaire d’Etat français aux Affaires européennes, dans une récente interview au magazine Têtu dans laquelle il a publiquement révélé son homosexualité. Mais quand il a demandé à visiter Kraśnik, les autorités polonaises s’y sont opposées. Kraśnik est l’une des quelque 100 régions et municipalités en Pologne qui ont pris des mesures ostensiblement discriminatoires à l’encontre des personnes lesbiennes, gay, bisexuelles et transgenres en s’auto-déclarant zones « sans idéologie-LGBT » ou en adoptant des « chartes » qui promeuvent un modèle de famille exclusivement hétérosexuel. 

La décision honteuse du gouvernement polonais d’empêcher un représentant gouvernemental gay de se rendre dans certaines parties du pays, vraisemblablement en raison, du moins en partie, de son orientation sexuelle, rappelle de manière cinglante combien les politiques du parti populiste au pouvoir, Droit et Justice (PiS), affectent les droits des personnes LGBT. Les militant.e.s LGBT font de plus en plus souvent face à des arrestations et à de fausses accusations pour des actes non-violents, comme le fait de placer un drapeau arc-en-ciel sur des monuments publics.

La croisade du gouvernement contre une soi-disant "idéologie de genre" vise également les droits des femmes. Lors de la Journée internationale des droits des femmes, des manifestations massives ont eu lieu contre l'application d'une décision d’un Tribunal constitutionnel politiquement compromis qui a quasiment supprimé l’avortement légal dans le pays. Les militant.e.s des droits des femmes font face à des risques croissants d'arrestation, de harcèlement, et même de menaces physiques.

Les attaques contre les droits des femmes et des LGBT s'inscrivent dans un contexte d'érosion plus large de l'indépendance de la justice et de pression sur les médias et les groupes de la société civile qui critiquent les politiques du PiS.

La visite de Beaune en Pologne rappelle aussi que la France, qui assurera la présidence tournante de l'UE de janvier à juin 2022, pourrait faire beaucoup plus pour contrer les reculs démocratiques en Pologne et dans d'autres pays de l'UE. Outre la répression de Viktor Orbán en Hongrie, la Slovénie a récemment attiré l’attention en raison des agissements de son Premier ministre Janez Janša visant à restreindre la liberté des médias et à intimider les journalistes.

La présidence française de l'UE devra impulser des réponses claires à ces attaques contre l'État de droit au sein de l'UE. Cela devrait commencer par pousser le Conseil européen à relancer l'examen de la situation en Pologne et en Hongrie dans le cadre de la procédure de l'article 7 - le mécanisme du traité de l’UE pour répondre aux gouvernements de l'UE mettant en péril les valeurs fondatrices de l'Union - et à faire pression sur la Commission pour qu'elle conditionne l'accès aux fonds européens au respect de l'État de droit.

La France devrait s’assurer que sa présidence se traduise par de réels efforts pour défendre les droits humains partout dans l’UE.

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