mot de passe oublié
onze euros les trois mois

Restez informé tout l'été avec Mediapart

Profitez de notre offre d'été : 11€ pour 3 mois (soit 2 mois gratuits) + 30 jours de musique offerts ♫

Je m'abonne
Le Club de Mediapart ven. 29 juil. 2016 29/7/2016 Édition de la mi-journée

1er Mai : le rêve du Président sortant

      En ce 1er mai 2012, les rues de Paris seront la vivante image de la France coupée en trois, d’un côté les syndicats, à la Bastille, de l’autre le Front National, chez Jeanne d’Arc, et plus loin le pouvoir en place, au Trocadero.

      En ce 1er mai 2012, les rues de Paris seront la vivante image de la France coupée en trois, d’un côté les syndicats, à la Bastille, de l’autre le Front National, chez Jeanne d’Arc, et plus loin le pouvoir en place, au Trocadero.

      La confrontation des cortèges  a pris un tour passionnel avec l’évocation par le Président sortant d’une fête du « vrai travail », un adjectif lancé à la légère au lendemain du 1er tour, répété le mardi, puis nié le mercredi, avant d’être regretté et retiré le jeudi, car il rappelait fâcheusement le langage des ligues d’entre deux guerres.

       Exit donc la polémique sur le Maréchal Pétain, mais l’affrontement demeure entre une France présumée bruyante et syndicaliste, et une France présumée laborieuse et silencieuse.

       Cette bataille des cortèges n’a de nouveau que sa date, un 1er Mai, à cinq jours du second tour décisif, mais elle s’inscrit dans une espèce de tradition à droite. L’idée de faire descendre dans la rue le « vrai » peuple, appelé aussi « majorité silencieuse », est une constante sous la cinquième République. Elle prend sa source en Mai 68 : Après avoir flotté, et failli couler, Charles de Gaulle annonce le 30 mai de cette année là la dissolution de l’Assemblée Nationale. Le soir même un million de ses partisans défilent sur les Champs Elysées.

       On connaît la suite. Fin des grèves, élections législatives, énorme majorité Bleu horizon à la Chambre des députés, ce qu’on a appelé à l’époque la « majorité de la trouille ».

       Depuis lors, à chaque mouvement social, à chaque contestation, la Droite parlementaire rêve de refaire le coup de la contre-manifestation. C’est une spécialité gaulliste, de l’UDR au RPR, du RPR à l’UMP…

      Jacques Chirac l’a tenté en 1986, pendant le ramdam sur les lois Devaquet, Edouard Balladur a recréé des comités pendant les manifestations sur la Loi Falloux, à l’automne 93 ; l’idée a resurgi dans la France bloquée par des grèves en 1995 (Alain Juppé était Premier Ministre) ; idem en 2003 pendant les grèves sur la réforme des retraites, le principe est à chaque fois de faire défiler « des Français fatigués par les désordres ».

       En général, ces contre-mouvements, artificiels et encadrés, ne vont jamais très loin. La fameuse vague du 30 mai 1968 est restée unique en son genre.

       C’est à elle que se réfère Nicolas Sarkozy, mais avec une innovation. Cette fois, pas de mouvement social en vue, pas de grèves, pas de cortèges dans les rues, sauf ceux, rituels, de la tradition sociale du 1er Mai. Aujourd’hui la menace est électorale. Le danger est celui d’une révolte par les urnes. On est donc à l’envers de la manif de Charles de Gaulle.

      Avec son défilé, de Gaulle avait transféré le bras de fer de la rue vers le champ électoral. Avec son "contre 1er Mai", Nicolas Sarkozy veut changer, par la rue, ce qui se profile dans les urnes.

7h36 sur France Culture, 8h07 sur France musique. Twitter : @huberthuertas

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.

Tous les commentaires

      En ce 1er mai 2012, les rues de Paris seront la vivante image de la France coupée en trois, d’un côté les syndicats, à la Bastille, de l’autre le Front National, chez Jeanne d’Arc, et plus loin le pouvoir en place, au Trocadero.

@ Hubert Huertas

      En ce 1er mai 2012, les rues de France seront la vivante image de la France coupée en quatre, d’un côté les syndicats, à la Bastille, de l’autre le Front National, chez Jeanne d’Arc, plus loin le pouvoir en place, au Trocadero et à Nevers, François Hollande déposant une gerbe sur la tombe de Bérégovoy, l'initiateur en France, de la dérégulation des marchésCriantCriantCriant...!!!

Un rapport avec la prochaine nomination de Pascal Lamy aux finances ?CriantCriantCriantBouche cousue...!!!

A bientôt Sourire.

Amitié Étreinte.

 

Cet été, Mediapart vous accompagne partout !

onze euros les trois mois

À cette occasion, profitez de notre offre d'été : 11€/3 mois (soit 2 mois gratuits) et découvrez notre application mobile.
Je m'abonne

Le blog

suivi par 546 abonnés

Hubert Huertas

À propos du blog
"Qu'est-ce que tu ferais à ma place ?". Depuis lundi la question m'est souvent posée par des proches et des amis d'Avignon, Toulon, ou Marseille. Il se trouve que j'ai longtemps, très longtemps, vécu et travaillé en Provence Alpes Côte d'Azur. J'y ai voté Chirac en 2002. Ce dimanche, si j''étais encore inscrit là-bas, je ne voterais pas Estrosi. Je n'aime pas le journalisme à la première personne, mais que l'on me pardonne : cette fois nous sommes dans un moment exceptionnel, il faut sortir de sa réserve et je n'écris pas un article, je m'exprime sur un blog. Observer ne suffit plus. Depuis dimanche je m'interroge. Si je votais encore dans le Sud-Est, moi qui ne vote pas à droite, je choisirais quelle ligne ? Celle de Cambadelis, ou de la canne à pêche ? Le vote "républicain", comme ils disent, c'est à dire en faveur de Christian Estrosi, ou l'abstention qui ouvrirait la porte à Marion Maréchal Le Pen ? Le choix de Sarkozy ou celui de l'extrême droite ? Mon idée c'est que cette question n'a plus grand sens. Quelle différence entre les deux ? Ils sont en compétition, parfois féroce, mais c'est le même drapeau qu'ils essaient de s'arracher. Celui de la France qui se recroqueville dans ses souffrances, ses méfiances, ou ses rejets. Les Le Pen parce qu'ils se sentent propriétaires des des peurs, celle des étrangers entre autres, la droite forte parce qu'elle se croit dépossédée de son bien et compte récupérer ses électeurs en enfiévrant les mêmes colères. Le discours est identique : cinquième colonne, pain au chocolat, cantines, canalisations, famille réduite au refus des homos. Leur seul point de divergence, au fond, le Figaro l'écrit d'ailleurs chaque jour, c'est le programme économique ! Et encore... Marine Le Pen voudrait sortir de l'Europe tout en comptant y rester tandis que les Sarkozystes en appellent à un monde ouvert mais hérissé de frontières. Enfin le candidat, sa vie, son oeuvre... Un recours Christian Estrosi ? L'ultime rempart de la République ? Il a bonne mine ce mur de Jéricho avec ses couvre-feux pour les mineurs, ses arrêtés anti-mendicité, anti youyou, anti bivouac, ses 1250 caméras soit une pour 283 habitants, ses demandes d'incarcérations préventives, ses négociations successives avec Jean-Marie Le Pen, en 1992 et 1998 en vue d'accord pour les régionales avec vice-présidence à la clé. Ce rempart est aussi hermétique aux idées de sa jeune adversaire qu'un réservoir à son vase communiquant. Mais je sais, et tant d'amis me le répètent depuis lundi. Je ne vote plus en Provence Alpes Côte d'Azur, ils sont d'accord avec mes objections, ils les connaissent, il les partagent, mais eux ils votent ici, et s'ils suivent ce raisonnement Marion Maréchal Le Pen, petite fille de Jean-Marie et nièce de Marine deviendrait la Présidente de la Région. Présidente ! Pourtant je persiste. Je ne voterais pas Christian Estrosi. Non pas pour éviter la confusion entre la gauche et la droite, mais pour ne pas cautionner le mélange avancé de la droite et de l'extrême droite. Quoi, mardi, à Rochefort, Nicolas Sarkozy, président des Républicains a pu décréter qu'il n'y avait pas de différence entre le PS et le FN, et la gauche lui permettrait, dimanche soir, de distancer son modèle par la droite, puis de se croire autorisé à pavoiser en extrémisant encore son discours, pour battre les Le Pen sur le terrain des Le Pen ? Oui, insistent mes amis... Mais Marion Maréchal Présidente de la Région Paca, est-ce que ce ne serait pas pire encore, et pour cinq ans ? Cinq ans ! Peut-être. Mais il y a pire que ce pire là. Pire que Paca, pire que le Nord, pire que l'Alsace et la Lorraine. Il y a la France. Pardon du mot, mais l'infection marine depuis trente ans. Depuis trois décennies aucune digue n'a résisté. Les partis classiques ont sonné le tocsin pour éviter qu'un élu Front National ne s'empare d'un canton, et des cantons sont tombés, à l'unité puis par dizaines. Les villes ne devaient pas céder, et plusieurs ont succombé sans le regretter, des députés ne pouvaient pas être élus au scrutin majoritaire (cinquante pour cent des suffrages c'était parait-il inaccessible pour l'extrême droite) et des circonscriptions sont allées à l'extrême droite. Nous voici au bord des régions. De barrages passoires en barrages vermoulus faut-il aller jusqu'au pouvoir suprême en laissant à ce parti qui dit n'importe quoi, et qui concentre toutes les dérives qu'il dénonce, la dictature d'une parole non confrontée à la réalité, à la complexité, aux contradictions, aux dilemmes, aux oppositions, aux révoltes ? Faut il le mettre à l'abri du pouvoir jusqu'à ce que le fruit tombe et qu'il s'empare du pouvoir suprême, dans cette France où le Président de la République les concentre tous entre ses mains ? Le mouvement est trop ancien, trop ancré, pour buter sur nos obstacles en carton. Jamais dans l'histoire les barrages n'ont fait barrage à un mouvement exponentiel. Quand le vin est tiré il faut le boire. Souvenez-vous de la gauche dans les années 70. La droite avertissait, menaçait, annonçait les soviets et les chars russes sur la place de la Concorde, mais au bout de dix ans Mitterrand a quand même été élu, et des ministres communistes ont été nommé. Il y avait à l'époque un espoir irrésistible, il existe aujourd'hui, par nos fautes, nos dénis, nos commodités, nos abandons, et parceque le monde a changé, un désespoir exponentiel. Le FN, diabolique ou dédiabolisé, s'alimente à tous les malheurs, et à toutes les contrariétés. Pire encore il est maintenant légitimé par une colère raisonnable. Une colère républicaine. Au nom de quoi, depuis trente ans, un parti fort de dix, de vingt, de vingt-cinq, de trente pour cent des voix serait-il tenu á l'écart des responsabilités ? Ça ne peut pas tenir la route en démocratie. La droite ne peut pas passer son temps à légitimer les discours successifs de l'extrême-droite, le PS au pouvoir ne peut pas mettre en oeuvre le programme de la droite, la gauche alternative ne peut pas contempler ce désastre en s'enfermant dans sa protestation polyphonique, et leurs electeurs ne peuvent plus croire qu'un vote contre nature, une fois de temps en temps, stoppera la marche d'un mouvement que tout le monde alimente. Puisque dans certaines régions le FN est majoritaire, qu'il ait la majorité, c'est aussi bête que ça. Tout effet barrage ferait grossir sa colère, donc sa puissance, pour la prochaine élection, et la prochaine c'est la Présidentielle. Marion Maréchal Le Pen présidente en Paca, Marine Le Pen dans le Nord, Florian Filippo dans l'Est, c'est effrayant. Mais Sarkozy qui ramasserait la mise grâce à cette gauche qu'il vomit, c'est de la nitroglycérine pour le Front National. Entre deux maux il faut choisir le moindre. Dimanche, si j'étais inscrit sur les listes électorales de la région Provence Alpes Côte d'Azur, je ne voterais donc pas pour Christian Estrosi. Je voterais blanc, puis avalerais trois aspirines.

mots-clés