Exil fiscal : le cri des soixante-huitards

A quoi reconnaît-on un débat dominant ? A ce qu’il est repris partout, et qu’il s’incarne dans des héros, et des victimes. En ce 2 janvier 2013, le débat dominant est celui de la lucidité, ou de l’illusion, face à la crise, les héros sont François Hollande, le rêveur, et Angela Merkel, la réaliste, tandis que les victimes sont désormais « les riches », représentés ce matin par Maurice Lévy, PDG de Publicis, ou par les exilés, ce matin Jean-Michel Jarre, musicien célèbre.

A quoi reconnaît-on un débat dominant ? A ce qu’il est repris partout, et qu’il s’incarne dans des héros, et des victimes. En ce 2 janvier 2013, le débat dominant est celui de la lucidité, ou de l’illusion, face à la crise, les héros sont François Hollande, le rêveur, et Angela Merkel, la réaliste, tandis que les victimes sont désormais « les riches », représentés ce matin par Maurice Lévy, PDG de Publicis, ou par les exilés, ce matin Jean-Michel Jarre, musicien célèbre.

       Le débat a rebondi avec les vœux du nouvel An. « Merkel moins optimiste que Hollande » annonce le Figaro, tandis que « Les Echos » évoquent « deux scénarios pour la croissance » : d’un côté la « confiance » de François Hollande, et en face « la récession modérée mais durable » anticipée par certains économistes. Même thème dans Libération, sous le titre « 2013, année erratique », avec le tour d’horizon des principaux événements d’une année que « les cassandre de tout poil annoncent douloureuse », fin de citation…

       Alors, année du pire, ou année du mieux ?

       La situation politique de François Hollande étant ce qu’elle est, c'est-à-dire affaiblie, ce sont plutôt ses opposants qui ont le dessus, et ce qu’ils disent très fort c’est que les épreuves sont devant nous. Qu’il faut être churchillien, comme Mme Merkel, être courageux, serrer les dents.

       Ce discours dominant s’indigne devant les marchands d’illusion, et demande des efforts supplémentaires à un pays accusé de vivre au dessus de ses moyens, même s’il compte cinq millions de chômeurs, et si son salaire médian plafonne à 1500 euros par mois.

       Quel contraste ! l’année dernière encore, en début 2012, en pleine campagne présidentielle, ce petit salaire médian et ce chômage étaient une plaie, et les salaires du Cac 40 étaient présentés comme indécents, dans tous les discours, y compris ceux de la droite.

       Un an plus tard, même si le bataillon des chômeurs grossit de 30 000 personnes par mois, soit deux Florange par jour, le scandale n’est plus là. Il est dans les conséquences d’une politique qui s’appuierait sur l’illusion, façon Hollande, et non pas le réalisme, façon Merkel.

       Les conséquences seraient que les puissants quitteraient le pays. A chaque jour sa victime emblématique qu’il ne faut plus chercher du côté des restaus du cœur, mais au Cac 40 ou dans les paradis fiscaux. Maurice Lévy, qui a gagné 1500 Smig en une seule année, s’est senti profondément humilié quand son salaire a été dénoncé sur la place publique et le dit à l’Express. Et Jean-Michel Jarre, parait-il, va s’en aller à Londres…

       La liste s’allonge. Depardieu, 65 ans, Jarre, 65 ans, Afflelou, 65 ans, Levy, 71 ans, Halliday, 69 ans, Deneuve 70 ans, Arnaud 64 ans, c’est la jeunesse qui monte au front en ce début 2013.

       La jeunesse de mai 68…

       France Culture : 7h36 ; France Musique : 8h07 ; Twitter : @huberthuertas

      

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