Et si, pour une fois, le débat était déterminant ?

C’est un débat à Front renversé. Un débat dont l’enjeu est à priori relatif, car ce rendez-vous d’entre deux tours, pour spectaculaire qu’il soit, n’a jamais changé le cours d’une élection. Mais en ce 2 mai 2012, le face à face pourrait avoir une importance plus grande que d’habitude.

C’est un débat à Front renversé. Un débat dont l’enjeu est à priori relatif, car ce rendez-vous d’entre deux tours, pour spectaculaire qu’il soit, n’a jamais changé le cours d’une élection. Mais en ce 2 mai 2012, le face à face pourrait avoir une importance plus grande que d’habitude.

      Le meilleurs atout du président sortant c’est d’être le Président, mais son principal handicap c’est d’être le Président. Il doit donc devenir le challenger. De l’autre côté de la table, l’avantage du favori, c’est d’être le président des pronostics, mais c’est aussi son boulet : il doit prouver, lui le prétendant, qu’il a le bon gabarit pour devenir le président des électeurs.

Ainsi l’homme du bilan doit passer pour une promesse, il doit rééditer son tour de force de 2007, quand avec ses galons de grand baron de la droite, il avait réussi à incarner la rupture, quasiment l’alternance.  

Et le prétendant, qui n’a jamais occupé de fonction gouvernementale, doit incarner l’envie de changement exprimée au premier tour par les français, mais aussi démontrer qu’il a l’étoffe d’un sortant, la force, l’autorité, qu’il est une perspective tranquille, et surtout pas un mirage qui pourrait se dissiper à la première épreuve.

Le Sarkozy du quinquennat finissant est en mauvaise posture, son impopularité est chronique depuis quatre ans et demi ; il a perdu toutes les élections, municipales, régionales, sénatoriales. Pour survivre il doit se réinventer, redevenir un homme neuf, mais un homme neuf façon Mathusalem, endurci par la crise et les épreuves.

Pendant ce temps, Hollande a l’avantage d’être porté par une envie de changement, le désir d’alternance est sans doute supérieur au courant qui avait amené Mitterrand au pouvoir, mais comme la crise a frappé, comme l’époque est anxieuse, il doit absolument gérer la part d’inquiétude que recèle toute nouveauté. Ce prétendant doit donc avoir la sagesse des vieux routiers.

Pas étonnant, dans ce contexte, que le 1er mai ait pris l’allure d’un chassé croisé : pendant que le Président survoltait ses partisans à la manière d’un opposant, l’opposant  s’inscrivait tranquillement dans la continuité de l’histoire de France et de la gauche, à laquelle il appartient, en célébrant Pierre Beregovoy.

Ce soir, si Nicolas Sarkozy veut renverser la vapeur, il devra dominer François Hollande. Il est réputé plus solide, plus expérimenté. Il est le pot de fer de l’affrontement.

Il n’a pas droit à la défaite, ni même au match nul. Si Hollande, présumé moins aguerri, se montre aussi solide que Sarkozy, supposé plus costaud, l’élection sera pliée.

 7h36 sur France Culture, 8h07 sur France Musique  Twitter : @huberthuertas

 

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