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Le Club de Mediapart dim. 29 mai 2016 29/5/2016 Dernière édition

Hollande après le débat : l'explosé vous salue bien

Nous avons sans doute assisté hier soir au meilleur débat d’entre deux tours de l’histoire de la cinquième république. Au plus dense sur le fond, et au plus tendu sur la forme. Ces jours derniers, les chaines de télévision ont passé et repassé les moments mémorables. 74 : « vous n’avez pas le monopole du cœur ». 81 : « vous êtes l’homme du passif ». 88 : « vous avez raison monsieur le Premier Ministre », etc.Des formules de cette sorte on en a eu toute la soirée. Nicolas Sarkozy avait promis d'exploser François Hollande. L'explosé se porte bien.

Nous avons sans doute assisté hier soir au meilleur débat d’entre deux tours de l’histoire de la cinquième république. Au plus dense sur le fond, et au plus tendu sur la forme. Ces jours derniers, les chaines de télévision ont passé et repassé les moments mémorables. 74 : « vous n’avez pas le monopole du cœur ». 81 : « vous êtes l’homme du passif ». 88 : « vous avez raison monsieur le Premier Ministre », etc.
Des formules de cette sorte on en a eu toute la soirée. Nicolas Sarkozy avait promis d'exploser François Hollande. L'explosé se porte bien.

    

       D’emblée, Nicolas Sarkozy, à propos des divisions dans le pays : « Il y a ceux qui parlent de rassemblement, et ceux qui l’ont fait vivre »

       François Hollande, à propos du chômage : « Avec vous, c’est très simple, ce n’est jamais de votre faute, vous avez toujours un bouc émissaire ».

       Nicolas Sarkozy : « Vous êtes un petit calomniateur »

       François Hollande : « Quoi qu’il arrive, quoi qu’il se passe, vous êtes content. Les français le sont moins »

       Qui a gagné, qui a perdu ? François Hollande entrait avec un handicap. Les électeurs l’ont placé en tête au premier tour, il mène depuis longtemps, mais il traînait une faiblesse. On le percevait comme moins solide. Il était donc le pot de terre de la soirée. D’ailleurs, ces jours derniers, après avoir réclamé deux, voire trois débats, tant il se sentait sûr de lui et de son art oratoire, Nicolas Sarkozy parlait de « l’exploser ».

       L’explosion, n’a pas eu lieu. La presse anglo-saxonne était impressionnée hier soir par la force des deux frenchys. C’est donc que l’amateur présumé, le nul, le Flanby, l’invertébré, s’était, au minimum, hissé à la hauteur de son interlocuteur.

       A ce jeu, le match nul éventuel l’avantage donc, puisqu’il n’a rien lâché sur le fond, et qu’il a prouvé dans la forme qu’il avait du répondant.

       Si dimanche soir François Hollande devait être battu, ce ne serait pas à cause du débat d’hier soir, impossible de dire moins.

       Finalement, et au-delà de la forme, cette confrontation a aussi mis en valeur un contraste étonnant. François Hollande a longtemps mûri sa campagne, sur quelques idées simples. Elle a pu en cela sembler répétitive et sans relief. Et Nicolas Sarkozy a bâti la sienne sur l’idée d’une annonce par jour. Il a parié sur la surprise

       Mais hier soir le propos du socialiste a développé les éléments de son discours des primaires, en octobre, tant sur le nucléaire, que l’immigration, le contrat de génération, ou la fiscalité. Cela donnait de la cohérence

       Par contre le Président sortant avait lancé sa campagne en parlant de référendum, de formation obligatoire des chômeurs, puis l’avait continuée par le Hallal, le permis de conduire, le blocage des loyers sur le modèle allemand, les frontières, etc. Ces thèmes ont été peu abordé, ou pas du tout. Ce qui restait de Sarkozy, c’était Sarkozy lui-même, sûr de lui mais pas dominateur, confronté qu’il était à l’assurance inattendue d’un adversaire qu’il avait sous-estimé.

       7h36 sur France Culture, 8h07 sur France musique  Twitter : @huberthuertas

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Ah ! oui, la crise; mais la crise de qui, de quoi ? Ne serais-ce pas la crise du système néolibérale sur lequel il s'appuyait en 2007,

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Pourquoi je ne voterais pas pour Estrosi

À propos du blog
"Qu'est-ce que tu ferais à ma place ?". Depuis lundi la question m'est souvent posée par des proches et des amis d'Avignon, Toulon, ou Marseille. Il se trouve que j'ai longtemps, très longtemps, vécu et travaillé en Provence Alpes Côte d'Azur. J'y ai voté Chirac en 2002. Ce dimanche, si j''étais encore inscrit là-bas, je ne voterais pas Estrosi. Je n'aime pas le journalisme à la première personne, mais que l'on me pardonne : cette fois nous sommes dans un moment exceptionnel, il faut sortir de sa réserve et je n'écris pas un article, je m'exprime sur un blog. Observer ne suffit plus. Depuis dimanche je m'interroge. Si je votais encore dans le Sud-Est, moi qui ne vote pas à droite, je choisirais quelle ligne ? Celle de Cambadelis, ou de la canne à pêche ? Le vote "républicain", comme ils disent, c'est à dire en faveur de Christian Estrosi, ou l'abstention qui ouvrirait la porte à Marion Maréchal Le Pen ? Le choix de Sarkozy ou celui de l'extrême droite ? Mon idée c'est que cette question n'a plus grand sens. Quelle différence entre les deux ? Ils sont en compétition, parfois féroce, mais c'est le même drapeau qu'ils essaient de s'arracher. Celui de la France qui se recroqueville dans ses souffrances, ses méfiances, ou ses rejets. Les Le Pen parce qu'ils se sentent propriétaires des des peurs, celle des étrangers entre autres, la droite forte parce qu'elle se croit dépossédée de son bien et compte récupérer ses électeurs en enfiévrant les mêmes colères. Le discours est identique : cinquième colonne, pain au chocolat, cantines, canalisations, famille réduite au refus des homos. Leur seul point de divergence, au fond, le Figaro l'écrit d'ailleurs chaque jour, c'est le programme économique ! Et encore... Marine Le Pen voudrait sortir de l'Europe tout en comptant y rester tandis que les Sarkozystes en appellent à un monde ouvert mais hérissé de frontières. Enfin le candidat, sa vie, son oeuvre... Un recours Christian Estrosi ? L'ultime rempart de la République ? Il a bonne mine ce mur de Jéricho avec ses couvre-feux pour les mineurs, ses arrêtés anti-mendicité, anti youyou, anti bivouac, ses 1250 caméras soit une pour 283 habitants, ses demandes d'incarcérations préventives, ses négociations successives avec Jean-Marie Le Pen, en 1992 et 1998 en vue d'accord pour les régionales avec vice-présidence à la clé. Ce rempart est aussi hermétique aux idées de sa jeune adversaire qu'un réservoir à son vase communiquant. Mais je sais, et tant d'amis me le répètent depuis lundi. Je ne vote plus en Provence Alpes Côte d'Azur, ils sont d'accord avec mes objections, ils les connaissent, il les partagent, mais eux ils votent ici, et s'ils suivent ce raisonnement Marion Maréchal Le Pen, petite fille de Jean-Marie et nièce de Marine deviendrait la Présidente de la Région. Présidente ! Pourtant je persiste. Je ne voterais pas Christian Estrosi. Non pas pour éviter la confusion entre la gauche et la droite, mais pour ne pas cautionner le mélange avancé de la droite et de l'extrême droite. Quoi, mardi, à Rochefort, Nicolas Sarkozy, président des Républicains a pu décréter qu'il n'y avait pas de différence entre le PS et le FN, et la gauche lui permettrait, dimanche soir, de distancer son modèle par la droite, puis de se croire autorisé à pavoiser en extrémisant encore son discours, pour battre les Le Pen sur le terrain des Le Pen ? Oui, insistent mes amis... Mais Marion Maréchal Présidente de la Région Paca, est-ce que ce ne serait pas pire encore, et pour cinq ans ? Cinq ans ! Peut-être. Mais il y a pire que ce pire là. Pire que Paca, pire que le Nord, pire que l'Alsace et la Lorraine. Il y a la France. Pardon du mot, mais l'infection marine depuis trente ans. Depuis trois décennies aucune digue n'a résisté. Les partis classiques ont sonné le tocsin pour éviter qu'un élu Front National ne s'empare d'un canton, et des cantons sont tombés, à l'unité puis par dizaines. Les villes ne devaient pas céder, et plusieurs ont succombé sans le regretter, des députés ne pouvaient pas être élus au scrutin majoritaire (cinquante pour cent des suffrages c'était parait-il inaccessible pour l'extrême droite) et des circonscriptions sont allées à l'extrême droite. Nous voici au bord des régions. De barrages passoires en barrages vermoulus faut-il aller jusqu'au pouvoir suprême en laissant à ce parti qui dit n'importe quoi, et qui concentre toutes les dérives qu'il dénonce, la dictature d'une parole non confrontée à la réalité, à la complexité, aux contradictions, aux dilemmes, aux oppositions, aux révoltes ? Faut il le mettre à l'abri du pouvoir jusqu'à ce que le fruit tombe et qu'il s'empare du pouvoir suprême, dans cette France où le Président de la République les concentre tous entre ses mains ? Le mouvement est trop ancien, trop ancré, pour buter sur nos obstacles en carton. Jamais dans l'histoire les barrages n'ont fait barrage à un mouvement exponentiel. Quand le vin est tiré il faut le boire. Souvenez-vous de la gauche dans les années 70. La droite avertissait, menaçait, annonçait les soviets et les chars russes sur la place de la Concorde, mais au bout de dix ans Mitterrand a quand même été élu, et des ministres communistes ont été nommé. Il y avait à l'époque un espoir irrésistible, il existe aujourd'hui, par nos fautes, nos dénis, nos commodités, nos abandons, et parceque le monde a changé, un désespoir exponentiel. Le FN, diabolique ou dédiabolisé, s'alimente à tous les malheurs, et à toutes les contrariétés. Pire encore il est maintenant légitimé par une colère raisonnable. Une colère républicaine. Au nom de quoi, depuis trente ans, un parti fort de dix, de vingt, de vingt-cinq, de trente pour cent des voix serait-il tenu á l'écart des responsabilités ? Ça ne peut pas tenir la route en démocratie. La droite ne peut pas passer son temps à légitimer les discours successifs de l'extrême-droite, le PS au pouvoir ne peut pas mettre en oeuvre le programme de la droite, la gauche alternative ne peut pas contempler ce désastre en s'enfermant dans sa protestation polyphonique, et leurs electeurs ne peuvent plus croire qu'un vote contre nature, une fois de temps en temps, stoppera la marche d'un mouvement que tout le monde alimente. Puisque dans certaines régions le FN est majoritaire, qu'il ait la majorité, c'est aussi bête que ça. Tout effet barrage ferait grossir sa colère, donc sa puissance, pour la prochaine élection, et la prochaine c'est la Présidentielle. Marion Maréchal Le Pen présidente en Paca, Marine Le Pen dans le Nord, Florian Filippo dans l'Est, c'est effrayant. Mais Sarkozy qui ramasserait la mise grâce à cette gauche qu'il vomit, c'est de la nitroglycérine pour le Front National. Entre deux maux il faut choisir le moindre. Dimanche, si j'étais inscrit sur les listes électorales de la région Provence Alpes Côte d'Azur, je ne voterais donc pas pour Christian Estrosi. Je voterais blanc, puis avalerais trois aspirines.

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