Nous avons sans doute assisté hier soir au meilleur débat d’entre deux tours de l’histoire de la cinquième république. Au plus dense sur le fond, et au plus tendu sur la forme. Ces jours derniers, les chaines de télévision ont passé et repassé les moments mémorables. 74 : « vous n’avez pas le monopole du cœur ». 81 : « vous êtes l’homme du passif ». 88 : « vous avez raison monsieur le Premier Ministre », etc.
Des formules de cette sorte on en a eu toute la soirée. Nicolas Sarkozy avait promis d'exploser François Hollande. L'explosé se porte bien.

    

       D’emblée, Nicolas Sarkozy, à propos des divisions dans le pays : « Il y a ceux qui parlent de rassemblement, et ceux qui l’ont fait vivre »

       François Hollande, à propos du chômage : « Avec vous, c’est très simple, ce n’est jamais de votre faute, vous avez toujours un bouc émissaire ».

       Nicolas Sarkozy : « Vous êtes un petit calomniateur »

       François Hollande : « Quoi qu’il arrive, quoi qu’il se passe, vous êtes content. Les français le sont moins »

       Qui a gagné, qui a perdu ? François Hollande entrait avec un handicap. Les électeurs l’ont placé en tête au premier tour, il mène depuis longtemps, mais il traînait une faiblesse. On le percevait comme moins solide. Il était donc le pot de terre de la soirée. D’ailleurs, ces jours derniers, après avoir réclamé deux, voire trois débats, tant il se sentait sûr de lui et de son art oratoire, Nicolas Sarkozy parlait de « l’exploser ».

       L’explosion, n’a pas eu lieu. La presse anglo-saxonne était impressionnée hier soir par la force des deux frenchys. C’est donc que l’amateur présumé, le nul, le Flanby, l’invertébré, s’était, au minimum, hissé à la hauteur de son interlocuteur.

       A ce jeu, le match nul éventuel l’avantage donc, puisqu’il n’a rien lâché sur le fond, et qu’il a prouvé dans la forme qu’il avait du répondant.

       Si dimanche soir François Hollande devait être battu, ce ne serait pas à cause du débat d’hier soir, impossible de dire moins.

       Finalement, et au-delà de la forme, cette confrontation a aussi mis en valeur un contraste étonnant. François Hollande a longtemps mûri sa campagne, sur quelques idées simples. Elle a pu en cela sembler répétitive et sans relief. Et Nicolas Sarkozy a bâti la sienne sur l’idée d’une annonce par jour. Il a parié sur la surprise

       Mais hier soir le propos du socialiste a développé les éléments de son discours des primaires, en octobre, tant sur le nucléaire, que l’immigration, le contrat de génération, ou la fiscalité. Cela donnait de la cohérence

       Par contre le Président sortant avait lancé sa campagne en parlant de référendum, de formation obligatoire des chômeurs, puis l’avait continuée par le Hallal, le permis de conduire, le blocage des loyers sur le modèle allemand, les frontières, etc. Ces thèmes ont été peu abordé, ou pas du tout. Ce qui restait de Sarkozy, c’était Sarkozy lui-même, sûr de lui mais pas dominateur, confronté qu’il était à l’assurance inattendue d’un adversaire qu’il avait sous-estimé.

       7h36 sur France Culture, 8h07 sur France musique  Twitter : @huberthuertas

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Ah ! oui, la crise; mais la crise de qui, de quoi ? Ne serais-ce pas la crise du système néolibérale sur lequel il s'appuyait en 2007,