«Ras-le-bol fiscal»: l'overdose

« Ras-le-bol fiscal », tel est le refrain de la rentrée, répété en boucle par les économistes exaspérés, par le Medef en fusion, par la droite en fureur, et même par certains ministres socialistes, comme Pierre Moscovici. Ras-le-bol, ras-le-bol, ras-le-bol, impossible d’y échapper.

« Ras-le-bol fiscal », tel est le refrain de la rentrée, répété en boucle par les économistes exaspérés, par le Medef en fusion, par la droite en fureur, et même par certains ministres socialistes, comme Pierre Moscovici. Ras-le-bol, ras-le-bol, ras-le-bol, impossible d’y échapper.

La preuve : en 2013, les prélèvements obligatoires augmenteront de 53 milliards d’euros, ce qui écrasant. Mais entre 2010 et 2011 ils ont grimpé de… 52 milliards, ce qui était un bonheur. Et entre 2011 et 2012 ils n’ont monté que de 38 milliards, ce qui était une douceur.

90 milliards de 2010 à 2012, ce n’était pas une claque c’était presque une caresse.

Il faut donc croire, en matière d’overdose fiscale, que l’année 2012 c’est comme la chaîne des Pyrénées : Vérité en deçà, erreur au-delà.

Mais il y a autre chose dans l’expression de cette exaspération. Les « experts » qui s’en réclament avancent au fond l’idée que les impôts,  c’est à dire la cotisation versée à l’Etat, donc à nous tous, représentent la seule douloureuse infligée aux Français.

Par exemple, en dépit des bouchons sur les routes des vacances,  nul ne parle de ras-le-bol autoroutier, et tant pis si les péages, qui ne craignent aucun excès de vitesse, pulvérisent l’inflation et permettent à leurs gestionnaires d’afficher des bénéfices en hausse de 15%.

Au seuil de l’automne, on ne parle pas non plus de ras-le-bol gazier, même si le gaz est une dépense aussi obligatoire que les impôts, et qu’il a augmenté de 80% entre 2004 et fin 2012.

Nul n’évoque davantage le ras-le-bol électrique, même si EDF a augmenté le prix du kilowatt de 7,5% en un an et ne s’engage à aucune pause pour la prochaine saison.

Car pour l’électricité c’est le courage qui commande les sacrifices, les charges de l’opérateur ayant parait-il augmenté plus vite que ses tarifs. Car pour le gaz  c’est le réalisme qui oblige à assumer les hausses. Car pour les autoroutes c’est la vérité qui parle, les investissements sont tellement lourds qu’il est juste de payer jusqu’à douze euros pour faire cent kilomètres.

Mais pour l’Etat c’est le ras-le-bol. Le courage et le réalisme qui conduisent à supporter les dépenses personnelles doivent amener à la révolte quand on touche aux dépenses collectives. Comment ? Ca va de soi ! En engageant « les réformes structurelles », comme ils disent, c’est à dire en grignotant les prestations sociales, et en taillant  dans le vif des effectifs de  fonctionnaires.

D’ailleurs c’est simple : à écouter le discours dominant, en ce jour de rentrée scolaire, il est plus supportable de régler sa note de gaz que de payer un professeur.

France Culture : 7h15 ; France Musique : 8h07 ; Twitter : @huberthuertas

       

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