Dernier jour, dernières consignes, dernières violences

      Il faut appeler un chat un chat, et une dérive une dérive. Au-delà des jugements politiques sur la droitisation présumée de Nicolas Sarkozy dans la campagne du second tour qui s’achève ce soir, il y des faits. Des choses nouvelles à l’UMP.

      Il faut appeler un chat un chat, et une dérive une dérive. Au-delà des
jugements politiques sur la droitisation présumée de Nicolas Sarkozy
dans la campagne du second tour qui s’achève ce soir, il y des faits.
Des choses nouvelles à l’UMP.


       Jusqu’à la veille du premier tour les reporters y travaillaient dans
la courtoisie, plutôt bien accueillis, qu’ils soient du Figaro, de
Libération, ou de n’importe quel media.

       Il se trouve que dès le 23 avril le candidat président s’est mis à
faire siffler les journalistes dans ses réunions publiques. Il se
trouve que mardi 1er mai une journaliste de Mediapart, Marine Turchi,
a été agressée alors qu’elle couvrait le meeting du Trocadero. Il se
trouve qu’hier, à Toulon, deux journalistes de BFM-télé, Ruth Elkrief
et Thierry Arnaud (pas des propagandistes socialo-communistes !), ont été pris à parti par une trentaine de «
militants UMP » entre guillemets, traités de vendus, de collabos,
avant de recevoir des projectiles, et cela en direct.
       Il se trouve que ce genre d’incidents n’arrivait, dans des temps
assez anciens, qu’au Front National de Jean Marie Le Pen dans les
années 80 et 90.
       C’est sans doute une coïncidence.
       D’autres coïncidences, de nature politiques, ont convaincu François
Bayrou de voter, à titre personnel, pour François Hollande, sans
donner de consignes de vote. Il reproche au Président sortant « une
course poursuite avec l’extrême droite ».
       M. Bayrou a annoncé sa décision après de longues hésitations. Nul ne
sait si les discours récents de M. Sarkozy sont la raison ou le
prétexte de ce choix, mais cette annonce tombe mal pour le candidat
UMP au lendemain d’un débat où il n’a pas dominé le prétendant
socialiste. Il faudrait un retournement extraordinaire pour assurer sa
réélection, après demain soir.
       François Bayrou disait depuis des semaines qu’il se sentait plus
proche de François Hollande au niveau des valeurs, et plus proche de
Nicolas Sarkozy au niveau de l’économie.
       Comme il refuse toute idée de ralliement, il faut croire qu’il vient
de hiérarchiser ses rejets.
       Les valeurs étant, à ses yeux de chrétien-démocrate, plus
fondamentales que l’économie, il a d’abord choisi de contribuer à la
défaite de l’homme qui, à ses yeux, ne les respecte pas.
       S’il est logique avec lui-même, il choisira ensuite de s’opposer au
président socialiste, s’il devait être élu, dans l’espoir d’une
recomposition de la droite qui donnerait de l’air au centre.
       Le constat, c’est  qu’à tort ou à raison, tous les états-majors se
situent  déjà dans des lendemains d’alternance. L’UMP se réunira dès
lundi pour envisager l’avenir, le Parti socialiste aussi, le Modem
fait ses calculs, le Front de gauche songe à des négociations. L’après
Sarkozy est donc anticipé.
       Les électeurs diront dimanche si la page qui se tourne est tournée pour de bon.

 

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