Les pas comptés de Jean-Marc Ayrault

C’est un discours qui laisse un peu sans voix, comme si personne ne trouvait les mots pour le caractériser. D’ailleurs la presse de ce matin ne sait pas quoi en dire. Que c’était Le Bourget sans les envolées lyriques, qu’Ayrault a fait très long, que cela marque le retour de Matignon selon Libération, bien que le Premier Ministre n’ait rien ajouté aux soixante propositions de François Hollande, qu’il était appliqué selon la presse régionale, qu’il a dit « Je » 122 fois, selon le Parisien, « nous » 101 fois, « Gouvernement » 44 fois, « Social » 28 fois, «Pays » 27 fois, « Public » 26 fois, « Français » 25 fois, « République » 24 fois, « Redressement » 22 fois, « Etat » 21 fois, « Jeunesse » 18 fois.

C’est un discours qui laisse un peu sans voix, comme si personne ne trouvait les mots pour le caractériser. D’ailleurs la presse de ce matin ne sait pas quoi en dire. Que c’était Le Bourget sans les envolées lyriques, qu’Ayrault a fait très long, que cela marque le retour de Matignon selon Libération, bien que le Premier Ministre n’ait rien ajouté aux soixante propositions de François Hollande, qu’il était appliqué selon la presse régionale, qu’il a dit « Je » 122 fois, selon le Parisien, « nous » 101 fois, « Gouvernement » 44 fois, « Social » 28 fois, «Pays » 27 fois, « Public » 26 fois, « Français » 25 fois, « République » 24 fois, « Redressement » 22 fois, « Etat » 21 fois, « Jeunesse » 18 fois.

       Mais impôts pas beaucoup, cet « impôt » qui fait la une du Figaro.

       Finalement c’est le Canard enchaîné qui résume cette sensation insaisissable en parlant de « choix des maux » (M.a.u.x), comme si le choix des mots (M.o.t.s)  était d’abord de les escamoter. De ne pas nommer les choses.

       De ne pas appeler un chat un chat, et la rigueur la rigueur. Car on pourra tourner en rond pendant une heure et demi à la tribune de l’assemblée, ou pendant un quinquennat : passer de 5,4% de déficit à 0% en cinq ans c’est engager la rigueur.

       Le discours terne, mais ferme, de Jean-Marc Ayrault est d’abord un discours de sérieux budgétaire qui vise à répartir différemment l’effort, pour le rendre supportable.

       Tout est anti-luxe, anti-passion, et anti-volupté dans cette proclamation raisonnable, ce qui donne un côté décalé à la réaction de l’opposition, qui a voulu mettre de l’éclat, de la polémique, de la bataille dans l’hémicycle, en faisant passer l’horloger méticuleux de Matignon pour un serial dépensier. L’opposition, hier à l’assemblée, et encore plus au Sénat d’ailleurs, se la jouait 81, quand la gauche promettait un monde nouveau. Elle mettait autant de démesure dans sa critique que le géomètre Ayrault mettait de mesures, soixante mesures, pas une de plus, dans son panier.

       Le « malentendu » est là, et même le « pas entendu du tout ». Le « non-dit ». Officiellement la gauche éternelle a succédé à la droite de toujours, et ça devrait swinguer selon le schéma officiel, mais ça ne swingue pas du tout, et pour cause.

       Ayrault s’en tient à ce qu’a dit Hollande, et ce qu’a dit Hollande n’a pas grand chose à voir avec 81, quand Mitterrand parlait de « changer la vie ». Le projet rappelé hier est tempéré, il est, en un mot, social-démocrate, il ne vise pas à établir le bien mais à limiter le mal.

       Ce n’est pas très exaltant mais c’est une première en France. Si le pays ne le supporte pas nous sommes partis pour pas mal de convulsions, avant longtemps. S’il s’en contente, nous passerions d’une France lyrique, « aux armes citoyens », à une France mesurée, « quel déficit en 2017 » et ce serait une nouveauté majeure.

        France Culture : 7h36, France Musique : 8h07, Twitter : @huberthuertas

       

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.