Sarkozy sous le choc de la vraie France

Si le quinquennat qui s’achève doit rentrer dans l’histoire électorale, il restera comme celui du bourrichon qu’on se monte, et de l’auto-bourrichon. Depuis, quatre ans et demi, à l’évidence, quelque chose ne collait pas entre M. Sarkozy et le peuple Français.

Si le quinquennat qui s’achève doit rentrer dans l’histoire électorale, il restera comme celui du bourrichon qu’on se monte, et de l’auto-bourrichon. Depuis, quatre ans et demi, à l’évidence, quelque chose ne collait pas entre M. Sarkozy et le peuple Français. On ne peut pas traîner une telle impopularité, un tel rejet, perdre toutes les élections, les municipales, les régionales, les départementales, les sénatoriales, et s’auto-persuader, en persuadant ses troupes, que le mur vers lequel on fonce va s’ouvrir comme les eaux de la Mer rouge sous l’effet de la magie du maître.

       Il était bien évident que le style de l'homme, et pas seulement le style, ne convenait pas à une bonne partie de la droite, allergique à ses paroles à l’emporte-pièce, à ses errances idéologiques, à ses discours de Grenoble, à son apologie de la victime absolue jointe à un hymne anti-assistanat qui pointait du doigt les cabossés de la crise.

       Mais il y avait le bourrichon. La formidable capacité du Président en place à se convaincre de son renouveau, la semaine prochaine, le mois d’après, à l’occasion du Nième sommet historique, ou après une interview sur huit chaînes mise au point par des sorciers de la communication. « Ca passera, ca passera, je vous dis que ça passera ».

       Il était dans l’autosuggestion, au point de ne pas voir que c’est le temps qui passait, que l’échéance approchait, que Hollande n’était pas le benêt des Guignols de l’info... Et cette méthode Coué à la puissance Sarkozy faisait aussi son effet sur les parlementaires de droite.

       Dans les couloirs et dans les confidences, ils disaient la même chose que les commentateurs, ces ennemis parait-il coalisés dans la pensée unique. Mais ils étaient convoqués, une fois par mois à l’Elysée, et en sortaient éblouis, « bourrichonnés » jusqu’à l’extase. « Le Président est en pleine forme, il a une énergie extraordinaire » disaient-ils en lévitation, et ils repartaient contents.

       Vers la fin, quand les courbes qui devaient se croiser en fin janvier se sont décroisées en mars, l’UMP s’est mise à accuser le monde entier de harcèlement et de complot. Le harcèlement du réel, et le complot du calendrier. Mais c’est comme ça. Quand le bourrichon croise la réalité, et qu’il veut encore croire à son film, il devient un enfermement.

       Mais ce matin, nous y voilà. La défaite annoncée est là, elle est là pour cinq ans, et le score finalement serré n’en est que plus cruel. Il indique que Le Sarkozysme était rejeté, mais pas forcément la droite qui lui collait aux basques en le prenant pour un Messie. Qui sait qui serait président, ce matin, si l’un des barons d’un mouvement qui se réfère au gaullisme avait osé lui dire Non, en lui demandant de s’en aller.

      La droite aurait-elle perdu, si un groupe de rebelles, mené par un Chirac des années 74, l’avait ramené sur terre, au lieu de l’applaudir en cadence, en préparant pour lui, deux fois par semaines, des descentes en Sarkozy, qu’il prenait pour des visites en France.

      La vraie France, au bout du compte, il l’a rencontrée le 6 mai.

 

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