La crise et François Hollande: une épreuve ou un atout ?

       Depuis dimanche on compare volontiers le destin de François Hollande et celui de François Mitterrand, en oubliant un détail : sur le plan économique, François 2 a plus de chance que François 1er

       Depuis dimanche on compare volontiers le destin de François Hollande et celui de François Mitterrand, en oubliant un détail : sur le plan économique, François 2 a plus de chance que François 1er

       Certes, Mitterrand n’avait pas la crise, mais il est arrivé en 1981, c’est à dire trois ans après Margareth Thatcher et quelques mois après Ronald Reagan, donc au moment où les conceptions ultralibérales nées dans les années 70 se mettaient en place politiquement. C’était le temps de la phrase célèbre : « l’Etat n’est pas la solution, l’Etat est le problème ».

       Tout ce qui ressemblait à une contrainte collective, à une règle, à un contrepouvoir, était jugé parasite, les marchés allaient assurer l’enrichissement de tous en s’auto équilibrant grâce à des lois de la concurrence aussi automatiques que la loi de la gravitation.

       Et François Mitterrand a surgi avec ses nationalisations, ses lois Auroux, sa retraite à 60 ans, sa politique de la demande, tout le contraire de ce mouvement planétaire. Il l’a payé dès 1983.

       Trente et un ans plus tard François Hollande déboule dans une Europe en crise majeure, qui le contraint au programme minimum, mais paradoxalement cette crise économique le sert politiquement.

       La vague libérale des années 80, qui devait apporter la prospérité a déclenché un désastre économique. Et le remède de cheval qui a suivi, à savoir les politiques d’austérité, prouve partout ses limites, les gouvernements tombent un à un, et les appels au retour de l’état protecteur se multiplient partout. 

       C’est dans ce contexte que le nouveau Président Français a été élu. Son programme est infiniment plus modeste que celui de son lointain prédécesseur, mais beaucoup plus en phase avec le courant dominant. Son appel à la relance reçoit un écho partout, même si les pays du Nord et ceux du Sud n’entendent pas la même chose.

       Quand François Hollande a lancé sa campagne, la plupart des chefs de gouvernements des grands pays, ou des patrons des grandes institutions, ne voulaient ni l’entendre ni le rencontrer. Ils sont aujourd’hui contraints de l’écouter, ils font la queue dans l’antichambre, et cette contrainte est d’autant plus forte qu’elle ne vient pas seulement d’un événement Français, mais de sa résonnance dans leurs opinions publiques.

       Une négociation impensable il y a six mois est donc bel et bien ouverte, à propos du pacte de stabilité. Bien sûr chacun y vient avec ses refus proclamés, ce qui est classique, mais tout le monde avance avec un compromis possible. Angela Merkel refusera qu’on touche au pacte, et Hollande qu’on n’y touche pas, mais la chancelière admettra qu’on le complète, et le nouveau président pourra s’en prévaloir.

Tope là, si tout se passe bien, personne ne perdra la face,  mais l’idée selon laquelle le retour à la prospérité passe par l’appauvrissement des peuples sera morte et enterrée…        

         France Culture, 7h36, France Musique, 8h 07  twitter : @huberthuertas

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