Brésil-UMP : les vérités de Nadine Morano

Une fois n’est pas coutume, rendons hommage à la lucidité de Nadine Morano. Impressionnée par les dettes de son parti, et par la cascade de révélations sur les dépenses étonnantes qui ont saigné son budget, elle a eu cette phrase d’experte : “L’UMP c’est comme la déculottée du Brésil,

Une fois n’est pas coutume, rendons hommage à la lucidité de Nadine Morano. Impressionnée par les dettes de son parti, et par la cascade de révélations sur les dépenses étonnantes qui ont saigné son budget, elle a eu cette phrase d’experte : “L’UMP c’est comme la déculottée du Brésil, sauf que c’est nous qui marquons contre notre propre camp”...

    Elle a raison la députée Européenne. Ce n’est pas François Hollande, François Bayrou, Jean Luc Mélenchon, ni Marine Le Pen, qui ont provoqué en 2012 un trou énorme dans le budget de son parti. C’est l’entraîneur, Nicolas Sarkozy, le Scolari de l’UMP… Et ce ne sont pas les juges, même rouges, qui ont dépensé sans compter pour financer leur avant centre, Geoffroy Didier, ou leur ailier, Rachida Dati, ou les billets d’avion de leur supporter numéro un, Nadia, femme du premier adjoint, par ailleurs rémunérée par la Fédération (l’Assemblée Nationale)...

Elle est dans le juste Nadine Morano, même si, à priori, elle n’accuse pas ceux qui ont mis les buts, mais ceux qui les commentent ou les révèlent à la presse, tel le chroniqueur Fillon.

Entre le naufrage de la Seleçao et le Titanic de l’UMP le parallèle est éloquant. Même absence de jeu collectif, mêmes fautes défensives, même absurdité tactique, même cascade de catastrophes.

Au soir du 7 à 1 cataclysmique, l’observateur notera pourtant une différence majeure. Elle tient à la manière dont les responsables, ceux de l’UMP et ceux de l’équipe brésilienne ont réagi à chaud. Les footeux pleurent en demandant pardon, et reconnaissent leurs fautes. Au contraire, les politiques se présentent comme des sauveurs, et des procureurs. Ils admettent que l’UMP a pris un carton historique, mais nient toute implication personnelle, et proposent tout simplement de revenir aux commandes de l’épave.

Ecoutons par exemple Luiz Felipe Scolari, le patron de l’équipe Brésilienne : “Je demande pardon à tout le monde. S’il y a un responsable, c’est moi. C’est moi qui ai fait l’équipe, c’est moi qui suis le responsable. Le résultat est catastrophique. Peut-être que les responsabilités sont partagées mais c’est moi qui décide donc c’est moi qui assume”...

Et comparons maintenant avec les déclarations du patron de la droite en 2012, président de la République, et candidat à sa réelection, donc l’homme qui avait fait l’équipe de l’UMP. Déclaration à peine retouchée : “Si la justice avérait que l’équipe adverse (“la société Bygmalion”) a mis sept buts au club que je présidais ( “si Bygmalion a prélevé de l’argent à l’UMP), les dirigeants du club (“de l’UMP”) seraient alors en droit de porter plainte. Il ne s’agit pas de mon match (“de ma campagne”). Les 7 buts (“les 17 millions”) qu’on prétend dépendre de mon match (“de ma campagne”) c’est une folie. Je n’ai pas encaissé un seul but (“Ma campagne n’a pas coûté un centime au contribuable”).

Et rapprochons maintenant les réactions des capitaines : David Luiz pour la Seleçao, et Jean-François Copé, pour l’UMP, juste après le désastre.

David Luiz : “On voulait faire plaisir au peuple Brésilien mais on n’y est pas arrivé. Je demande pardon à tout le peuple brésilien. Le rêve est fini”

Jean-François Copé : “Ce résultat (“cet audit” confirme que la situation de notre équipe (“notre parti”) est tout à fait viable, à condition de poursuivre vigoureusement les actions de redressement que j'avais initiées". En clair : “On a en pris 7 mais j'en ai marqué 1”...

Faut-il encore comparer les commentaires du pauvre Julio César, le gardien brésilien, et ceux de Rachida Dati. Le premier parle d’un KO collectif : “après le premier but on a eu un trou noir”. La seconde accuse ses coéquipiers : “voyous et délateurs qui “balancent” de manière calomnieuse des mensonges pour salir et détruire ».

Nadine Morano a donc à la fois raison et tort. Raison de comparer la catastrophe brésilienne et l’état de son parti. Tort de rapprocher une équipe de football et un parti. Au foot, où l'on ne fait que jouer, une raclée c’est une raclée, tandis qu’en politique, où l'on s'occupe de choses sérieuses" une déroute c’est une conquête. 

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