Législatives : Hollande face à l'armée mexicaine

      Le paradoxe extraordinaire de ces législatives c'est qu'en cas de cohabitation l’UMP ferait désigner son chef par le Président socialiste...

      Le paradoxe extraordinaire de ces législatives c'est qu'en cas de cohabitation l’UMP ferait désigner son chef par le Président socialiste...

       L’avantage des armées mexicaines c’est que tout le monde est colonel. L’inconvénient c’est qu’elles manquent de général.

        Depuis la défaite de Nicolas Sarkozy, l’UMP, privée de Chef, et craignant une guerre des sous chefs avant les législatives, a créé un comité stratégique de quarante officiers supérieurs. C’est avec cette équipe que le parti de l’ancien Président aspire à obtenir la majorité à l’assemblée nationale.

        Le débat qui s’engage est classique. Les socialistes expliquent que la victoire de la droite, dans la foulée de celle d’un président de gauche créerait la confusion, c’est de bonne guerre. François Bayrou a dit la même chose hier, alors que le PS lui opposera une candidate, ce qui ne manque pas d’une certaine grandeur. Mais la droite soutient le contraire, et c’est parfaitement normal. Il serait quand même étrange qu’elle aille aux élections dans l’intention de les perdre.

        Il faut dire qu’elle ne manque pas d’arguments.

        C’est vrai qu’en 1986 Jacques Chirac est devenu Premier ministre de François Mitterrand, c’est vrai qu’en 1993 Edouard Balladur a été nommé à Matignon par le même Mitterrand, et c’est vrai qu’en 97, après une dissolution ratée, Jacques Chirac a nommé Lionel Jospin, et que la France n’en est pas morte.

        Mais il y a une différence.

        Dans ces trois cas, l’opposition avait un chef incontestable, et le Président de la République n’avait pas le choix.

        Cette fois, la légitimé du Président, issue du suffrage universel, n’aurait qu’un mois d’ancienneté en juin, et le conflit avec une majorité issue des législatives prendrait un tour totalement inédit.

        Et surtout cette majorité potentielle de droite a renvoyé à l’après élection le règlement de ses décisions fondamentales. Qui de Fillon ou de Copé, les deux rivaux les plus en vue pour commander l’UMP, qui de Jean-Pierre Raffarin ou d’Alain Juppé, tendance droite humaniste, ou qui de la droite populaire, aux frontières du Front national.

       Le problème du Premier ministre en cas de cohabitation en juin, donc du futur candidat potentiel de la droite à l’élection présidentielle de 2017, c’est qu’il n’émanerait pas d’une volonté de l’UMP, mais du choix du Président socialiste François Hollande, qui pourrait faire son marché, faute de général en chef, parmi les colonels de l’armée Mexicaine.

       Au-delà de la question classique d’une cohabitation qui ne serait au fond que la quatrième, le paradoxe extraordinaire de ces législatives, si les orphelins du Sarkozysme parvenaient à gagner le match de l’assemblée nationale, c’est qu’en renvoyant au mois de septembre le règlement de ses compétitions internes, pour éviter les déchirements, l’UMP aurait tout simplement confié le rôle d’arbitre, à son vainqueur du 6 Mai.

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