Et si le 11 novembre était une célébration fiscale ?

A l’heure du ras-le-bol fiscal, et des débordements sur l’Ecotaxe, tout le monde oublie que le 11 novembre est d’abord une cérémonie fiscale. Oui… Les victimes de la grande guerre, auquel le pays rend un hommage unanime, sont morts d’avoir payé un impôt. L’impôt du sang.

A l’heure du ras-le-bol fiscal, et des débordements sur l’Ecotaxe, tout le monde oublie que le 11 novembre est d’abord une cérémonie fiscale. Oui… Les victimes de la grande guerre, auquel le pays rend un hommage unanime, sont morts d’avoir payé un impôt. L’impôt du sang.

       Le terme d’impôt du sang remonte à l’ancien régime. Il concernait les nobles, qui ne payaient pas d’impôt d’argent, mais qui étaient appelés à faire la guerre.

       Après la révolution française, et la création des premières armées de conscriptions, l’expression s’est démocratisée. « L’impôt du sang » a été généralisé notamment pour faire face aux guerres napoléoniennes.

       La formule « Impôt du Sang » a été prononcée pour la première fois dans une enceinte politique le 28 mai 1824, par un ancien capitaine d’Empire, le Général Foy, qui l’a ainsi défini à la tribune de la Chambre : « Messieurs, il est un impôt qui ne prend pas au contribuable une partie de son revenu ou tout son revenu, une partie de son capital ou tout son capital, mais qui lui enlève la liberté et même la vie, cet impôt terrible, cet impôt du sang, est cependant le plus indispensable des impôts »

       Alors que le gouvernement d’aujourd’hui s’inquiète d’une généralisation de la révolte fiscale des bonnets rouges, la France entière va donc se rassembler autour de l’impôt le plus accablant que le pays ait jamais infligé aux citoyens. Les monuments aux morts, sont en fait des monuments au contribuable absolu. Un million quatre cent mille français ont payé de leur vie leur appartenance à la nation, trois millions ont été blessés, six cent mille sont restés handicapés.

       Si ces contribuables à qui l’on expliquait qu’il fallait sauver la France revenaient aujourd’hui et observaient leurs descendants de 2013, avec leur exil fiscal, et leurs incendies de portique, seraient-ils indignés et seraient-ils solidaires ?

Se diraient-ils, à ce spectacle, que leur sacrifice a été utile, ou penseraient-ils qu’ils se sont fait rouler en croyant à cette histoire de patrie qui n’a pas de prix, et qui vaut finalement moins, cent ans plus tard, que quelques valises d’euros ou quelques péages sur les routes nationales…

 Trouveraient-ils que les révoltés de notre époque sont durement éprouvés, ou penseraient-ils aux révoltés d’antan, les déserteurs qui ne voulaient pas payer, ou les mutins de 1917, jugés par des conseils de guerre et fusillés dans la foulée ?

       A propos des mutins, les plus politiques des poilus feraient peut-être le rapprochement entre la situation de 2013, et l’offensive du Général Nivelle, au Chemin des Dames. Une action aveugle, lancée sans plan d’ensemble, qui laisserait sur le carreau des centaines de milliers de poilus-contribuables, et provoquerait des révoltes en cascade.

       Au point qu’il fallut un remaniement à la tête des armées, Pétain à la place de Nivelle. Toute ressemblance avec les tensions fiscales d’aujourd’hui serait naturellement fortuite…      

       France Culture 7h15 ; France Musique 8h07 ; Twitter @huberthuertas

      

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