« Allez vous faire foutre »: c’est à quelque chose près la réponse du patron d’EADS aux politiques qui s’inquiètent de son plan de restructuration. Tom Enders se fiche des gouvernements. Et si les opinions publiques, épuisées par la crise, comprenne mal son plan social, ce n’est pas son problème…
L’affaire EADS concentre pourtant tous les ingrédients du divorce, entre les citoyens et leurs élites, politiques et économiques.
Elle intervient d’abord dans un groupe ultra prestigieux.
Pour le grand public, EADS c’est Airbus, et Airbus c’est la merveille absolue. Pas un mois sans qu’on on n’annonce de ventes par des communiqués enthousiastes, le dernier datant du mois dernier, au salon de Dubaï, où une flopée de géants A380 ont été achetés pour vingt milliards de dollars.
Or c’est cette entreprise exemplaire qui va virer ses salariés. Bien-sûr ce sont les divisions Espace et Défense qui sont concernées, pas l’aéronautique, mais allez expliquer à l’homme de la rue, gorgé de bonnes nouvelles, qu’un tel groupe ne parvienne pas à recaser ses salariés…
Allez justifier les cataplasmes habituels, les mêmes que chez Goodyear ou Moulinex, et d’abord le plus usé d’entre eux : il y aurait peu de licenciement secs, trois cent en France, assure la direction, on s’apprêterait seulement à « ne pas renouveler les CDD »… Six mille postes d’intérimaire supprimés dans le groupe, six mille familles, roulez jeunesse, et la nouvelle est présentée comme un remède indolore, comme si ces mille là n’étaient pas des gens comme les autres, et ne payaient pas le même loyer…
Autre ingrédient qui apaisera l’opinion. On entend parler depuis des années de flexi-sécurité c’est à dire d’un approche intelligente des relations sociales, plus de souplesse contre plus de garanties d’emploi. Or que devient ce dispositif équilibré dans l’esprit du patron d’EADS ? Un couteau sous la gorge : Si les syndicats acceptent une augmentation du temps de travail, des baisses de salaire, et la réduction des avantages sociaux, alors on pourrait ne pas licencier, explique-t-il en aiguisant la lame…
Cette approche du dialogue social intelligent incitera sans doute à en finir avec l’idée basique du nécessaire rapport de force, et de la bonne vieille lutte des classes…
Enfin, et surtout, il y a la relation du pouvoir politique et du pouvoir économique. Les politiques s’indignent : « Cette entreprise gagne de l’argent, dit Michel Sapin. Son devoir c’est de mettre en place des dispositifs qui évitent tout licenciement »
Réponse de Tom Enders : « je suis très détendu face aux réaction politiques ». Autrement dit : « Va jouer ailleurs, petit, moi j’ai du travail »…
A l’approche des «élections européennes, et de la dérive des opinions vers un vote extrémiste, censé rappeler qui est le chef, le général Wenders joue peut-être avec des exlosifs…
France Culture 7h15 ; France Musique 8h07 ; Twitter @huberthuertas