Hollande : mais qui sont ces serpents qui sifflent sur nos fêtes?

        Sifflets du matin sur les Champs Elysées, huées du soir  à Oyonnax, François Hollande va décidément devoir se priver de bains de foule. Les déboires de sa journée de commémoration du 11 novembre sont naturellement l’effet de sa fragilité politique. Ils sont aussi le symptôme d’un emballement médiatique capable de transformer un groupuscule en armée majoritaire…

        Sifflets du matin sur les Champs Elysées, huées du soir  à Oyonnax, François Hollande va décidément devoir se priver de bains de foule. Les déboires de sa journée de commémoration du 11 novembre sont naturellement l’effet de sa fragilité politique. Ils sont aussi le symptôme d’un emballement médiatique capable de transformer un groupuscule en armée majoritaire…

        Il est certain que si le Président de la République n’affrontait pas l’impopularité qui lui colle au mandat, les petits commandos qui réclament sa démission se retiendraient un peu plus. Aujourd’hui, et c’est bien l’inquiétude du gouvernement, le premier éternuement peut devenir un typhon.

        Le pouvoir craint la coagulation, c'est-à-dire la convergence des loups et des agneaux, des chèvres et des choux, des carpes et des lapins, des prolétaires et des patrons, dans un mouvement qui deviendrait irrésistible...

        On verra cette semaine si les bataillons d’enseignants, classés en général à gauche, coifferont aussi le bonnet rouge au nom des rythmes scolaires.

        Donc ça chauffe, et les jours qui nous mènent au mois de décembre nous diront si cette ambiance se nourrit d’un psychodrame outrancier, ou si elle prépare une déflagration.

        Ce qu’il y a de sûr c’est que les media anticipent la seconde hypothèse. Ils ne sont plus des sismographes mais clairement des affolographes. Il fallait voir, hier matin, tomber les dépêches urgentes, et se déployer les directs à la radio et  la télévision quand une poignée de personnes a conspué le président sur les Champs Elysées. Soudain, ces, disons, cent militants, c’est-à -dire ces six fois moins que 0, 0000001% de la population sont devenus le nombril du monde, avec images en boucle. Leurs quelques voix éparses devenaient tout à coup le chœur des fédérés du Sud, entonnant la Marseillaise en 1792, aux abords des Tuileries.

        Cet effet de loupe est inévitable. La presse n’est pas là pour parler des trains qui arrivent, les horaires sont affichés partout, mais des trains qui déraillent. Et comme il faut bien nourrir les blogs et les éditions spéciales, la première anicroche devient la catastrophe du siècle.

        L’effet serait anecdotique s’il n’entraînait une conséquence majeure dans la conduite des affaires publiques. Dès lors que quelques perturbateurs parviennent à imposer leurs images, et leurs messages, en créant des incidents là où se trouvent des caméras, les dirigeants se protégeront inévitablement, en verrouillant  leur communication. On avait reproché à Nicolas Sarkozy de créer des villages Potemkine, c’est  dire de se fabriquer sa France à lui, qui l’acclamait en cadence, et au signal. Au point où il en est, François Hollande va devoir l’imiter, ou se cloitrer à L’Elysée.

        C’est le drame des dirigeants modernes quand ils traversent une mauvaise passe. Soit ils s’enferment en leur château, et on dit qu’ils s’isolent, soit ils verrouillent leurs sorties, et ils passent pour des menteurs.

         France Culture 7h15 ; France Musique 8h07 ; Twitter @huberthuertas

        

         

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