Européennes : le principe de Nadine

       Qu’on la redoute, qu’on la déteste, qu’on l’espère, ou qu’on l’adore, l’Europe est partout, dans toutes les têtes, dans tous les discours, dans toutes les décisions. Partout sauf aux élections européennes. Une fois encore cette élection théoriquement fondamentale est vécue par les partis politiques comme une espèce d’issue de secours franco-française pour élus en perdition.

       Qu’on la redoute, qu’on la déteste, qu’on l’espère, ou qu’on l’adore, l’Europe est partout, dans toutes les têtes, dans tous les discours, dans toutes les décisions. Partout sauf aux élections européennes. Une fois encore cette élection théoriquement fondamentale est vécue par les partis politiques comme une espèce d’issue de secours franco-française pour élus en perdition.

       Dans cet exercice, ces temps-ci, c’est l’UMP qui tient le haut de l’affiche, en instaurant une espèce de principe de Nadine, sur le modèle du principe de Peter… Nadine Morano tête de liste, le jour même où elle a été présélectionnée par le prix Press Club de l’humour politique après avoir prononcé cette phrase historique : « On a une recrudescence de violence, par exemple le vol de portables à l’arraché. Ca n’existait pas avant que les portables existent ».

       Comme les élections européennes existent aussi, il y a donc une recrudescence de candidatures à l’arraché, d’autant plus virulente que le mode de scrutin assure automatiquement l’élection à celui qui est placé en tête de liste. Il se trouve que dans le Grand-Est madame Morano, battue aux municipales de Toul en 2008, et aux législatives de 2012, dispose donc du profil adéquat, et qu’elle a été préférée au sortant, Arnaud Danjean, lequel est pourtant très actif et très impliqué dans la vie du parlement européen, puisqu’il y préside la sous-commission de la défense…

       Il se dit que c’est Nicolas Sarkozy qui l’a choisi personnellement, ce que, naturellement, personne ne peut croire, puisque l’ancien Président ne s’occupe pas de questions aussi triviales, et que le Président de l’UMP s’appelle Jean-François Copé.

       Dans le même esprit d’ailleurs, Renaud Muselier, battu lui aussi aux législatives de 2012, a été placé en tête de liste dans la région Sud Est, également sur la demande de l’ancien Président de la République qui ne s’en occupe jamais, tandis que le Directeur de Cabinet de Jean-François Copé, Jérôme Lavrilleux, très actif lors de la transparente élection de son champion à la Présidence de l’UMP, mènera la liste dans la région Nord-Ouest…

       Ces ententes entre amis provoquent bien-sûr quelques énervements, et l’ancien Président de l’assemblée Nationale, Bernard Accoyer, a créé la sensation, hier, en critiquant vertement la « nomination de convenance » de Nadine Morano.

       Mais attention. Si l’UMP excelle, on aurait tort de croire qu’elle soit la seule à maîtriser l’usage national des élections européennes. A Europe Ecologie aussi, l’ancien secrétaire national Pascal Durand a été évacué vers la tête de liste en Ile de France après son éviction de la direction du parti. Et au Parti Socialiste, Harlem Désir, dont les jours sont comptés à Solferino, est d’ores et déjà candidat à sa succession au parlement européen.

       C’est donc ainsi que les partis politiques, Front National compris, se passionnent pour l’enjeu continental, et qu’ils s’étonnent, dans la foulée, que les électeurs s’abstiennent, ou qu’en termes de résultat, le bébé se présente par le siège…     

      France Culture 7h15 ; France Musique 8h07 ; Twitter : @huberthuertas

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