Une gueule de "Réduction de la dépense publique"...

       Policiers, cavaliers, poissonniers, couvreurs, toiletteurs pour chiens, plombiers, boulangers, tout le monde descend dans la rue ces jours-ci, ou affiche sur sa devanture le panneau : « Sacrifiés mais pas résignés ». Ils ont un point commun. De profondes difficultés et un air de famille. Quelque chose qui pourrait s’appeler « une gueule de réduction de la dépense publique ».

       Policiers, cavaliers, poissonniers, couvreurs, toiletteurs pour chiens, plombiers, boulangers, tout le monde descend dans la rue ces jours-ci, ou affiche sur sa devanture le panneau : « Sacrifiés mais pas résignés ». Ils ont un point commun. De profondes difficultés et un air de famille. Quelque chose qui pourrait s’appeler « une gueule de réduction de la dépense publique ».

       Les familles dont le quotient a été réduit ont également la « gueule cassée », de même que les salariés dont les heures supplémentaires ont cessé d’être défiscalisées, ou encore les contribuables qui ne sont plus exonérés de redevance télé, la liste est infinie.

       Leur problème n’est pas le ras-le-bol fiscal, même s’ils peuvent en souffrir par ailleurs, mais les effets d’un remède miracle. Une panacée. Une espèce de vache sacrée adorée par les économistes officiels.

       De fait le débat est vif depuis longtemps entre les libéraux, et les étatistes,  à propos de « la dépense publique », qui seraient le fruit de tous nos maux, endettement et déficit. Il y aurait, en France une tendance à augmenter les impôts, plutôt qu’à réduire les dépenses de l’Etat.

       Comme toujours, des sondages de derrière les fagots sont venus arbitrer la bataille entre la taxe et les économies, et devinez qui est sorti vainqueur : les « économies » prônées par les libéraux. Stupéfiant ! Les gens interrogés préfèrent que l’Etat fasse des « économies » plutôt que de payer des impôts de leur poche.

       Sauf qu’il y a un os dans le fromage, et un gros. Un tour de passe-passe. Une escroquerie sémantique. L’Etat c’est tout le monde, et ses dépenses ne sont pas essentiellement, comme le laissent penser les Une du magazine Le Point, les privilèges que s’octroient ses gestionnaires, les voitures de fonctions, les agents trop nombreux, les niveaux de compétence inutiles, tous ces trucs sensés ne servir à rien, et qui coûteraient des fortunes.

       Non, dans une proportion majeure, les dépenses de l’Etat c’est vous. C’est la fameuse réduction de TVA qui sera reprise en janvier, ce sont des allocations supprimées, ce sont les milliards d’allègement à gratter sur les entreprises, les subventions à la Culture, donc à ces festival qui font travailler le commerce, ce sont les dépenses de santé, les bourses, les hôpitaux, les écoles, les commissariats, les pompiers, les tribunaux, les universités.

       La Réduction des dépenses est en réalité, pour la plus grande partie, la réduction de vos ressources. Si bien que l’alternative entre « plus d’impôts » ou « moins de dépenses » c’est l’histoire de Belle au Bois dormant, car les taxes c’est « donnez-moi dix francs » et les économies c’est « je vous reprends dix francs ».

       Quand la belle le réalise, elle se met en colère, et c’est ainsi que les policiers, les poissonniers, les cavaliers, les couvreurs, les toiletteurs, qui approuvaient très logiquement la réduction de « la dépense publique », se mobilisent désormais, comme un seul homme, pour que l’Etat n’y touche pas…

        France Culture 7h15 ; France Musique 8h07 ; Twitter @huberthuertas

       

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