Personne n’a vu venir l’ampleur du coup. Le résultat serré de la Présidentielle avait laissé penser que les Français avaient changé, mais à reculons, du bout des lèvres. Les doutes sur la compétence, et la personnalité de François Hollande avaient amorti le rejet de Nicolas Sarkozy.
Mais une fois franchi le Rubicon les français se sont lâchés. Ce qu’ils ont exprimé hier soir est quasiment violent. D’abord ils se sont abstenu comme jamais. Ils n’ont plus voulu jouer.
Ensuite ils ont laminé la droite, en infligeant la sanction qui couvait depuis dix ans, depuis le 21 avril 2002, et en sanctionnant les serviteurs les plus emblématiques du sarkozysme décomplexé.
Enfin ils n’ont pas épargné ceux et celles qui, à gauche ou au centre, se prenaient pour des hommes ou des femmes providentiels.
Commençons par la droite : ce matin le Figaro évoque cinq années de défaites électorales. Le diagnostic est incomplet. C’est de dix ans qu’il faut parler. Régionales de 2004, européennes dans la foulée, référendum de 2005, municipales de 2008, régionales de 2010, sans parler des mouvements sociaux majeurs, CPE, retraites, chaque fois des millions de personnes dans les rues.
Seul le flair de Nicolas Sarkozy, en 2007, avait maquillé cette lame de fond en victoire de la droite. Il s’était présenté comme un opposant, et c’est sa rupture qui avait été plébiscitée, en aucun cas son virage vers la droite décomplexée, puis vers la droite Patrick Buisson c'est-à-dire la Droite version Le Pen.
Hier les grands emblèmes du Sarkozysme ont sombré, des plus bruyants, Morano, Lefebvre, Peltier, la moitié de députés de la droite populaire, aux experts de la radicalité technique, style Guéant ou Alliot Marie. Ceux qui échappent, comme par hasard, s’appellent Guaino, Chatel, Le Maire, Accoyer, Morin, Kociusko Morizet…
Mais cette révolte anti-grosse caisse n’a pas épargné la gauche ou le centre. 2007 avait été un cru tonitruant. Une bataille de grands ego. Ils ont tous disparu. Les français en ont marre des coups et des éclats. Sarkozy, au tapis, Royal, humiliée, Bayrou qui cherchait son 18 juin et qui est tombé le 17. Et Mélenchon qui parlait fort : les électeurs lui ont coupé le micro au Premier tour. Et Marine le Pen. Elle réclamait la France, elle a buté sur une circonscription. Sa nièce Marion, balbutiante inconnue de 22 ans, a donc repris le flambeau de cette saga familiale. Même Jack Lang, personnage ondoyant et séduisant, attiré par ce qui brille, a manqué son parachutage.
Le gagnant d’hier soir c’est l’homme de la Présidentielle. Le « normal » qui veut rompre avec les coups, la com, et les éclats médiatiques. Le « présumé François Hollande ».
« Hollande » parce qu’il est président, et qu’il s’est fait élire sur cette modération. « Présumé », car il dispose de tous les pouvoirs, qu’il est au pied du mur, que l’affaire Trierweiler n’est pas un bon signal, et qu’il a intérêt, au-delà de la crise, à prouver qu’il se ressemble.