Sondages : des élections trois fois par jour ?

       Et si François Hollande battait de nouveaux records d’impopularité, que se passerait-il ? C’est la question du moment, même si tout le monde en connaît la réponse. Sauf insurrection, il ne se passerait rien du tout. Pourquoi ? Parce qu’au-delà du rejet que subit le Président, et qui est très profond, une autre vérité commence à affleurer : elle rappelle que les sondages ne sont pas des élections.

       Et si François Hollande battait de nouveaux records d’impopularité, que se passerait-il ? C’est la question du moment, même si tout le monde en connaît la réponse. Sauf insurrection, il ne se passerait rien du tout. Pourquoi ? Parce qu’au-delà du rejet que subit le Président, et qui est très profond, une autre vérité commence à affleurer : elle rappelle que les sondages ne sont pas des élections.

       On dirait une évidence, mais elle n’est pas partagée. Car une idée subreptice s’est progressivement imposée à la Science politique officielle, et aux commentateurs. Elle évoque, sans le dire, une autre légitimité.

       Prenez les derniers sondages en date : Le Chef de l’Etat étant dans les troisièmes dessous, les enquêtes d’opinion ont déjà pris sa place. Un sondage du Journal du dimanche a désigné hier le nouveau Premier Ministre. Il s’agit de Martine Aubry, qui devance Manuel Valls, et tant pis si la veille, Opinionway pour RTL,  faisait savoir que les Français, repoussaient le remaniement et optaient pour la dissolution, même si, selon une troisième enquête, les électeurs estimeraient que l’UMP ne feraient pas mieux que les socialistes, et que le Front National ferait encore moins bien.

         Ainsi, selon ces statistiques scientifiques, en cas de vote les français ne voteraient pour personne…

       Tout cela serait anecdotique, si les sondages étaient présentés pour ce qu’ils sont, c’est à dire des baromètres et pas des élections, ni des référendums.

       Or le chœur des politologues n’accrédite pas cette différence fondamentale. Il a tendance à comparer à longueur de journées les réponses livrées au téléphone ou via Internet par des échantillons de mille personnes et l’acte électoral accompli par des millions de Français, dans le secret de l’isoloir.  

        Ainsi le score sondagier de l’actuel président, quand il n’annonce pas carrément sa mise hors jeu immédiate, est projeté sur la prochaine présidentielle, pour prédire non pas sa défaite mais son naufrage absolu, comme on a comparé le résultat de son prédécesseur en 2012, et ses sondages de 2011, pour en déduire une remontée fantastique.

       Si on ajoute à cette confusion permanente les questions quotidiennes, dans le genre référendum, sur tous les sujets possibles, fraude fiscale qui serait pratiquée par 25% des français, taxe à 75% pour le foot professionnel, Immigration qui ne serait pas une chance pour la majorité, Réforme des rythmes scolaires rejetée par 69%, écotaxe qu’il faudrait abolir, inégalités qu’il faudrait réduire, chaque sujet politique est arbitré par un pourcentage.

       On glose en vain sur l’accélération du calendrier provoqué par le quinquennat, puisqu’on omet un phénomène encore plus évident : la montée en puissance des sondages impose un changement beaucoup plus radical, qui établit le principe d’une élection trois fois par jour, et crée pour ainsi dire le « semanat », c’est à dire le mandat d’une semaine. 

        France Culture : 7h15 ; France Musique 8h07 ; Twitter : @huberthuertas

       

            

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