Sénat : qui suis-je, où cours-je, et dans quel Etat j'erre ?

       Le sénat a donc rejeté le budget après un vote commun du parti communiste, de l’UDI et de l’UMP, comme l’année dernière d’ailleurs, et l’événement fait autant de bruit qu’une annonce nous informant que la pluie serait mouillée, puisque l’Assemblée nationale passera le séchoir, et que la loi sera finalement votée. De rejet en rejet, la question est maintenant de savoir si le Sénat ne s’assèche pas lui-même…

       Le sénat a donc rejeté le budget après un vote commun du parti communiste, de l’UDI et de l’UMP, comme l’année dernière d’ailleurs, et l’événement fait autant de bruit qu’une annonce nous informant que la pluie serait mouillée, puisque l’Assemblée nationale passera le séchoir, et que la loi sera finalement votée. De rejet en rejet, la question est maintenant de savoir si le Sénat ne s’assèche pas lui-même…

       C’est devenu rituel. Le Sénat rejette les textes en s’appuyant sur des alliances dans lesquelles la droite manifeste son opposition, et le Front de gauche, ou parfois les radicaux, expriment leur désapprobation.

       C’est ainsi qu’ont été retoqués, entre autres, le budget de la Sécurité sociale, la Réforme des retraites, la tarification de l’énergie, le scrutin binominal aux élections cantonales instaurant un binôme homme-femme, ou encore la loi sur le non-cumul…

       La plupart de ces textes sont ensuite revenus devant l’assemblée, qui a le dernier mot, et qui les a donc revalidés.  

       Cela pose un problème au gouvernement, mais au Sénat lui-même, car si les sénateurs aboient, et que la caravane passe quand même, les procès en inutilité, ou en conservatisme, instruits contre la Chambre Haute sont forcément réalimentés …

       Il est vrai que la marge de manœuvre est étroite pour toute majorité sénatoriale, et elle l’est encore plus quand cette majorité est la même que la majorité à l’Assemblée. Comment peser sur les grandes décisions ? Comment exprimer des options différentes sans basculer dans une opposition dont les tonnerres finissent par se réduire à des pétards de moins en moins sonores, pour cause de répétition…

       La précédente majorité de droite, sous la Présidence de Gérard Larcher et l’impulsion de Jean-Pierre Raffarin avait trouvé un subtil dosage. Elle parlait haut, menaçait de rompre, puis négociait, obtenait des aménagements, voire des retraits comme la loi sur l’ADN, et rentrait ensuite dans le rang, au moment du vote.

       En ne menaçant pas, mais en passant à l’acte, l’acte d’opposition, la gauche sénatoriale a choisi une autre voie, qui ressemble à une impasse. Son obstruction, puissamment médiatique les premiers temps, ne pèse plus que quelques brèves et deux ou trois dépêches.

       Pire encore, elle a l’air d’anticiper un changement de majorité. Après les municipales, qui seront difficiles à gauche, auront lieu les sénatoriales, et la Droite a des chances de reprendre la présidence.

       Un événement surréaliste achèverait alors de discréditer l’Institution : à la suite d’une alternance l’opposition prendrait la majorité et ça ne changerait pas grand chose, puisqu’elle en dispose déjà…     

   

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