Manuel Valls ou la mystique de La Redoute

Manuel Valls est convaincu d'incarner la France, seul contre tous. Il est sûr que les partis censés représenter la gauche ne représentent plus rien, et que les partis  représentant la droite sont vampirisés par l'extrême droite. Il a la certitude que les schémas de 1789 vont exploser, qu'il n'y aura bientôt plus de droite et de gauche mais des lucides et des illuminés, des entreprenants et des planqués. Sauf que...

Manuel Valls est convaincu d'incarner la France, seul contre tous. Il est sûr que les partis censés représenter la gauche ne représentent plus rien, et que les partis  représentant la droite sont vampirisés par l'extrême droite. Il a la certitude que les schémas de 1789 vont exploser, qu'il n'y aura bientôt plus de droite et de gauche mais des lucides et des illuminés, des entreprenants et des planqués. Sauf que...
Il est sûr qu'il est en phase avec la France réelle, et que cette France a besoin d'un patron.
Dans la presse et chez les politologues on salue plutôt sa manière d'avoir dégainé le 49-3, en imposant son consulat sans troupe à une bande de frondeurs déboussolés. On se montre impressionné par son Blitzkrieg à la hussarde qui pourrait même embarquer le congrès du PS. Cette action commando aurait renvoyé son aile gauche à son inexistence, et le jeune Macron dans sa pouponnière.
Manuel Valls en torero, en César, en superstar, sauf que...

Sauf que depuis un an sa mâchoire d'acier n'a rien croqué du tout, ni électeurs, ni Europe, ni majorité, et qu'il n'a pas élargi sa base des 5% de la primaire de 2011.
Sauf que depuis un an il a viré Montebourg et Hamon dans un choc de testostérone, salué par les commentateurs, mais qu' il a plongé dans les sondages le mois suivant, et n'est remonté qu'à la faveur de Charlie.

Manuel Valls c'est le tambour de Déroulède et le talon des combattants, mais son armée n'existe pas, ou pas encore : elle est censée surgir un jour de l'opinion publique dont il serait le porte-voix, comme l'ont été avant lui Raymond Barre, Edouard Balladur, Michel Rocard, ou Nicolas Sarkozy en 2012, tous convaincus que la France réelle terrasserait la fausse France endormie. Au fond Manuel Valls véhicule une espèce de mystique. Il y croit. Il est l'homme qui communique avec des forces invérifiables
Au point que les sceptiques se posent des questions incongrues.

Est-ce qu'il n'en fait pas trop ?
Est-ce qu'il ne surjoue pas ?
Est-ce qu'il ne prend pas la pose en exaltant le mouvement ?
Est-ce qu'il ne confond pas l'emphase et la grandeur, l'apartheid et l'abandon, la réforme et les horaires de bus ?
Est-ce qu'il ne se fabrique pas des Pont d'Arcole de poche pour jouer les Bonaparte ?
Est-ce qu'il ne commet pas la même faute qu'un autre exalté du chef, Dominique de Villepin qui prit un épopée comptable, le CPE, pour une affaire de Titan.

Est-ce qu'il ne se prend pas pour Charles de Gaulle à Londres (aujourd'hui siège de la City et capitale de Tony Blair), en omettant un petit détail : entre le 18 juin 40 et le fourre-tout vaguement libéral de la Loi Macron, il existe une nuance. De Gaulle alliait la grandeur du verbe et les convulsions de l'histoire. Avec son 49-3, Manuel Valls brandit un catalogue de la Redoute:  douze dimanche par an, des privatisations, des tarifs, et des liaisons par autocar.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.