Coucou, revoilà la "Grande réforme fiscale"

Là voilà donc, la contre offensive du pouvoir. Dans le climat actuel de jacquerie fiscale, on se demandait d’où elle viendrait. S'agirait-il d'un remaniement limité, d'un changement de Premier Ministre, voire d'une dissolution suicide pour imposer une cohabitation à l’UMP ? Finalement l'Elysée a pris tout le monde de vitesse en ressuscitant la disparue du quinquennat : la fameuse réforme fiscale...

Là voilà donc, la contre offensive du pouvoir. Dans le climat actuel de jacquerie fiscale, on se demandait d’où elle viendrait. S'agirait-il d'un remaniement limité, d'un changement de Premier Ministre, voire d'une dissolution suicide pour imposer une cohabitation à l’UMP ? Finalement l'Elysée a pris tout le monde de vitesse en ressuscitant la disparue du quinquennat : la fameuse réforme fiscale...


     Première observation, ce chantier névralgique, aux allures de « Mission impossible » selon Brian de Palma, est annoncé par Jean-Marc Ayrault dans un entretien publié ce matin par le journal les Echos. C’est donc lui le Tom Cruise de l’opération. Autant dire qu’il est confirmé à Matignon.
     Deuxième constat Hollande essaie d’opérer son grand virage avant le ravin, comme François Mitterrand, au bout d’un an et demi de mandat, mais dans un sens exactement inverse. Mitterrand avait consacré ses premiers dix-huit mois à mettre en œuvre l’essentiel de ses 110 propositions, puis s’était heurté à la contrainte extérieure, et avait remballé son programme pour adapter la France à l’Europe des marchés.

François Hollande ne remet pas en cause ce choix, ce social-libéralisme comme on dit chez Mélenchon, mais comme il a buté sur une crise intérieure, il ressort la promesse de grand soir fiscal qu’il avait mise dans sa poche, et remplacé par une multitude d’improvisations à demi ajournées, d’innovations aux deux tiers reportées, aux trois quart revues, aux quatre cinquièmes corrigées, et au total illisible...

Comme Mitterrand, Hollande qui change de cap va expliquer qu’il le maintient. Pourtant le message initial de Jean-Marc Ayrault est une forme d’autocritique : il parle d’un « système français devenu très complexe, quasiment illisible », et de Français « qui ne comprennent plus sa logique, et ne sont pas convaincus que ce qu’ils paient est juste »…

Si c’était un message adressé à la myriade de revendications qui montent d’une multitude de groupes souvent coiffés du bonnet rouge, le propos ne serait pas différent.

        Donc le gouvernement va proposer aux partenaires sociaux de tout revoir de fond en comble, par exemple de fusionner l’impôt sur le revenu et la CSG, re-bonjour les recommandations de l’économiste Thomas Picketty.  
       Le problème de cette offensive fiscale, c’est qu’elle est défensive. Si le pouvoir la dégaine, ce n’est pas comme dit le Premier Ministre parce qu’il a fait le ménage et qu’il s’attaque maintenant à la réforme de fond. C’est parce qu’il a le dos au mur. 

        Or la réforme fiscale, si elle est lancée pour de bon, et même si elle a du sens, est un chantier immense qui suscitera des passions  considérables, auprès desquels les éclats des dernières semaines paraitront des berceuses.

        Autant dire qu’elle exigera autorité et légitimité. Deux atouts dont on dispose en général en début de mandat, plutôt qu’après un an et demi, quand on est au fond du trou.  

        

 

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