France-Ukraine : Dure soirée pour les déclinistes

Bon, je vais me faire engueuler, et avoir l’air bas de plafond, puisque le foot n’a rien à avoir avec la politique, mais les déclinistes ont quand même passé une soirée détestable.

Bon, je vais me faire engueuler, et avoir l’air bas de plafond, puisque le foot n’a rien à avoir avec la politique, mais les déclinistes ont quand même passé une soirée détestable. Pas le moindre dégoût à se mettre sous la langue. La joyeuse victoire des bleus, les drapeaux tricolores déployés, la Marseillaise qui faisait la « ola » dans les tribunes, le public heureux, acclamant son équipe de toutes les couleurs, voilà un spectacle qui ne collait pas avec la chère image d’un pays en débâcle et en crise d’identité.

     Je sais, ça ne guérira pas le déficit, l’endettement, la compétitivité, le chômage, les dépenses de l’Etat, les prélèvements fiscaux, les couacs, et demain ou après demain, quand les lampions seront éteints, Nicolas Baverez aura encore de beaux éditos devant lui, pour nous rappeler que la crise nous humilie, et nous divise… Mais ce matin pouce, et encore merci à l’intouchable Albert Camus de donner un alibi culturel au bonheur bêta de la chronique de ce matin. N’est-ce pas lui qui écrivait, en 1956, cette phrase qui lui valut des quolibets : « Les matchs du dimanche, dans un stade plein à craquer, et le théâtre, que j’ai aimé passionnément, sont les seuls endroits au monde où je me sente innocent ».

     Est-ce que cette ambiance, qui rappelle la coupe du monde 1998, peut redonner des couleurs à François Hollande, comme elle a relancé un Jacques Chirac humilié par la dissolution ? Rien ne l’assure. Mais est-ce que l’élimination de la France, incapable de se qualifier dans un tournoi planétaire, n’aurait pas alimenté la parabole du pays décadent, inapte à s’adapter à la mondialisation ? Ca c’est sûr et certain.

     Donc ce bonheur d’être ensemble faisait plaisir à voir, et à partager, et à la fin du match ces joueurs suspectés de ne pas aimer la France ont du contrarier la responsable politique qui étalonne jusqu’à la barbe des otages, quand ils ont pris un micro, pour chanter « Aux armes citoyens » avec le public euphorique.

     Du coup François Hollande se sentait guilleret, et établissait un parallèles discret comme un cordage de paquebot : « les victoires, en ce moment, ont les goûte particulièrement, s’est-il extasié, on dit que cette équipe elle n’y arrivera pas, et elle y est arrivé, elle nous montre l’exemple »…   

     Là où le Président va toutefois être embêté, c’est quand il va falloir imposer la taxe à 75%. Hier encore ces joueurs millionnaires scandalisaient le public avec leurs salaires mirifiques et leurs résultats médiocres. Mais en deux heures ils sont devenus des héros. Donc autant leur perspective de grève avait mauvaise presse après le 2 à 0 encaissé en Ukraine, autant le même mouvement a des chances d’être approuvé après le 1, et 2, et 3-0 du stade de France, car le talent, soudain, ça n’aurait pas prix (etc. etc.) !

     Pour peu qu’Hollande y ait pensé hier soir, et s’en soit alarmé Jean-Marc Ayrault l’aura vite rassuré. « -Pas de problème, M. le Président, on va faire la réforme fiscale ».

     Le foot c’est vraiment magique…

     

    

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