Le blues électoral des télés tout-info

Ca sent la décompression. Pendant la campagne présidentielle, les chaînes de télé tout-info sont devenues un phénomène. Une agora politique qui a fait sauter les murs des meetings. Là où se rassemblaient des milliers ou des dizaines de milliers de participants, tous militants, tous convaincus, les télés en continu ont fait entrer des millions de citoyens.

Ca sent la décompression. Pendant la campagne présidentielle, les chaînes de télé tout-info sont devenues un phénomène. Une agora politique qui a fait sauter les murs des meetings. Là où se rassemblaient des milliers ou des dizaines de milliers de participants, tous militants, tous convaincus, les télés en continu ont fait entrer des millions de citoyens.

       Discours, interviews, commentaires d’interviews, ce flux permanent de mots et d’image a imposé son rythme à l’événement électoral, pour le meilleur et pour le pire. Au point de vous faire pousser parfois des soupirs de lassitude : "y’en a marre de la politique !"

       Sauf que les grands rendez-vous sont derrière nous, que les grandes décisions sont devant, et que les conséquences sont pour plus tard, disons l’automne ou l’hiver. Nous sommes donc dans le « pot au noir » comme disent les marins, c'est-à-dire une situation peu claire et dangereuse, et ça se voit sur ces fameux écrans.

       La politique y a cédé la place à autre chose.

       Hier, sur BFM, Itélé, LCI, l’autre chose c’était une prise d’otage à Toulouse montée en mayonnaise parce que l’homme a parlé de Mohamed Mérah. A dix heures trente l’agresseur de 26 ans, qui se réclamait d’Al Qaïda, est entré dans une banque, en menaçant les personnes présentes.

       Il s’agissait en fait d’une personne schizophrène, qui avait arrêté son traitement. Le GIPN a donné l’assaut, l’a blessé, et les otages, forcément choqués, ont pu rentrer chez eux.

       Mais la campagne électorale ayant libéré les espaces, il fallait bien les occuper. Les éditions spéciales se sont donc mises en place, en se prolongeant bien après l’épilogue. Résultat : défilé des psychologues, qui confirmaient que l’homme était malade, témoignage des patrons et anciens patrons des groupes d’intervention, qui confirmaient que les opérations s’était correctement passées, interview des spécialistes du terrorisme qui soulignaient que ça n’avait rien à voir, envoyé spécial qui faisait ce qu’il pouvait, et sur le plateau des meneurs de jeu, aussi graves que si les tours du World Trade Center venaient d’être percutées par des avions détournés.

       Deux heures, trois heures, des titres, des annonces de témoignage, et l’image de l’ambulance en boucle, précédée de deux motards. La star était une rue, une image fixe, une espèce de carte postale. Une rue toulousaine immobile, bouclée par la police.

       A un moment l’image s’est quand même animée au premier plan. Un chien a traversé l’écran de gauche à droite, en remuant la queue.

       Vers le soir on a retrouvé nos politiques. Après des heures d’image fixe, agrémentées par le passage du chien, les invités parlaient du perchoir, Glavany, Guigou, Bartolone, Vaillant et c’était comme un soulagement. La politique ce n’est pas toujours passionnant, c’est vrai, mais le pire c’est quand même ça s’arrête…      

        France Culture 7h36, France Musique 8h07, Twitter : @huberthuertas

       

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