UMP : massacres à la tronçonneuse

       L’homo politicus est décidément un étrange animal. Il perd la parole quand elle devrait avoir du poids, et la retrouve quand elle n’a plus d’effet. Une quantité de déclarations sévères, et deux livres accablants publiés ces jours-ci, illustrent ce phénomène dans l’ancienne majorité.

       L’homo politicus est décidément un étrange animal. Il perd la parole quand elle devrait avoir du poids, et la retrouve quand elle n’a plus d’effet. Une quantité de déclarations sévères, et deux livres accablants publiés ces jours-ci, illustrent ce phénomène dans l’ancienne majorité.

       Pendant des années, puis pendant toute une campagne, Roselyne Bachelot et Marc-Philippe Daubresse appartenaient à la majorité et au gouvernement. On les savait modérés, l’une plutôt chiraquienne, et l’autre centriste, les initiés n’ignoraient pas qu’ils n’approuvaient pas tout, mais de là à se montrer plus critiques que le billet du matin sur France Culture il y avait quand même un pas. 

       Or, dans « un quinquennat si tranquille », publié chez Archipel, Daubresse recense les causes de la défaite de Nicolas Sarkozy, dont il loue la stature, mais il dénonce : l’humiliation des chiraquiens, des nominations incohérentes, la précipitation, la droitisation de l’UMP, et il éreinte François Fillon, qui « courbe l’échine pour durer », qui ne joue pas son rôle, qui n’anime pas l’équipe gouvernementale et ne s’appuie que sur une poignée d’affidés dont Roselyne Bachelot, Fillon qui utiliserait, c’est écrit noir sur blanc dans ce texte, des méthodes dignes de la Reine Margot, qui maniait les poisons. Lui ce serait « le poison moral »

       Deuxième livre, publié chez Flammarion par l’une des affidées présumées, Mme Bachelot : Il est intitulé « A feu et à sang », sans doute parce que « massacre à la tronçonneuse » était déjà utilisé… L’auteur raconte une réunion du 14 mars 2012, Nicolas Sarkozy reçoit les parlementaires, et elle note que « l’inclinaison droitière de ses analyses politiques » hérisse Bruno Le Maire inquiet et pessimiste, ou Nathalie Kociusko Morizet qui s’écriera une peu plus tard au QG de campagne : « Marre de Patrick Buisson ! »

       Elle décrit le président sortant comme « un étranger qu’elle ne reconnaît plus, qui n’écoute que lui même et ses conseillers ultraconservateurs, obsessionnellement soucieux de tout maîtriser, jusqu’à transformer ses visites prétendument de terrain en simulacres de rencontres aseptisées qui le rassurent et qu’il trouve formidables et bien huilées ».

       Fin de citation, n’en jetez plus.

       Mais pourquoi ont-ils donc attendu que ces faits appartiennent au passé pour les décrire au présent ? Pourquoi cette soudaine crise de valeurs, qui monte après la bataille

       Tout cela a été dit et écrit dix mille fois, dans dix mille publications et cent mille reportages, parce que cela sautait aux yeux, et que certains ministres, certains conseillers, certains députés, le confiait aux journalistes, mais en off. Surtout répétez le, mais ne dites pas que je vous l’ai dit.

       Pour le reste, c’était silence dans les rangs. La solidarité gouvernementale sans doute. Et il faudrait avoir mauvais esprit pour songer que ce mutisme ressemble à une omerta, et cette parole retrouvée à l’aveu des repentis…

       7h36 France Culture, 8h07 France Musique, Twitter : @huberthuertas

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