CDD : la cadence infernale

        Attention un train de plans sociaux peut en cacher un autre. C’est ce que révèlent des données publiées hier par le Ministère du travail. Elles soulignent que derrière la réalité visible et brutale des licenciements, se cache une vérité encore plus impitoyable. Celles des recrutements en CDD de moins d’un mois, qui ont doublé depuis dix ans, et que l’accord sur l’emploi signé en janvier dernier n’a ni interrompu, ni ralenti.

        Attention un train de plans sociaux peut en cacher un autre. C’est ce que révèlent des données publiées hier par le Ministère du travail. Elles soulignent que derrière la réalité visible et brutale des licenciements, se cache une vérité encore plus impitoyable. Celles des recrutements en CDD de moins d’un mois, qui ont doublé depuis dix ans, et que l’accord sur l’emploi signé en janvier dernier n’a ni interrompu, ni ralenti.

       Cet accord dit de compétitivité et de sécurisation de l’emploi admettait une plus grande flexibilité, en simplifiant les licenciements, mais promettait de réduire en échange la précarité, en surtaxant les CDD. A l’heure qu’il est le donnant-donnant n’a pas fonctionné. Le premier point a été appliqué, mais le second n’a pas produit d’effet.

       La surtaxe égale à un surcoût de 45 euros pour l’embauche d’un CDD n’a pas découragé les employeurs, qui considèrent que cette pénalité revient moins cher qu’un CDI. Parmi ces recruteurs,   le secteur  public supplante les entreprises privées, puisque 90% de ses embauches prennent la forme de ces contrats à très court terme.

       Au bilan, sur un total de vingt millions de nouveaux contrats signés chaque année en France, plus de treize millions concernent ces CDD de moins d’un mois.

       Ce chiffre, que le journal le Monde met à la Une de son édition datée d’aujourd’hui, est effrayant parce qu’il dépasse la statistique, pour devenir un problème politique d’autant plus explosif qu’il n’apparaît nulle part, et qu’il est silencieux.

       On ne voit pas de cortèges de CDD à la télévision, il n’y a pas de plans sociaux de CDD, ils disparaissent un point c’est tout. Il s’agit simplement de quelques millions de personnes licenciables douze fois par an.

       Pire encore, quand un drame social se produit dans une entreprise, qu’elle soit publique ou privée, et qu’on procède à des réductions d’effectifs, l’idée que les emplois pérennes puissent être préservés grâce au non renouvellement des contrats en CDD est soulignée dans un soupir de soulagement…  

       Comme si l’impossibilité d’établir sa vie, d’être sûr de payer son loyer, de prendre un prêt, ne créait pas, dans une population de plus en plus nombreuse,  ce sentiment de déclassement, de solitude, et de révolte, que les géographes constatent à la périphérie des villes, et qui fait redouter, à la veille des municipales, l’explosion d’un vote contestataire, ou d’une abstention massive.

       Ces embauches ultra-précaires, qui peuvent s’enchaîner pendant dix ans frappent d’abord les plus jeunes. Et qui sont ces plus jeunes ? Ils sont les membres de cette fameuse génération rituellement mise en avant pour justifier les plans d’austérité et des lois sur la retraite. La génération qui, parait-il, ne doit pas payer les dettes de ses aînés, mais qui lui sert de lubrifiant, dès aujourd’hui.

      

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